Actions des marchés émergents : analyse régionale

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par Tim Love, Investment Director, Responsable des stratégies actions sur les marchés émergents chez GAM Investments

· Voici nos dernières perspectives relatives aux actions des marchés émergents, mettant en évidence nos régions préférées.

· Chine : perspectives légèrement positives, car une nouvelle relance intérieure est très probable, ce qui compenserait les tensions commerciales avec les Etats-Unis. Nous sommes également optimistes sur la Turquie, la Russie, la Hongrie, la Colombie et la Grèce.

· L’Inde est chère, même si les mesures de soutien politique et une croissance intérieure solide sont encourageantes, nous maintenons donc un positionnement neutre.

· Nous sommes prudents principalement sur l’Arabie saoudite et la Malaisie.

Les pays émergents ont été très présents dans l’actualité au premier semestre 2019 : guerre commerciale du président Trump avec la Chine et différend plus récent avec le Mexique ; difficultés de la Turquie qui continuent de bouleverser l’économie du pays ; ou succès de l’organisation des plus grandes élections démocratiques du monde en Inde. Etant donné ce contexte de marché en constante évolution pour les actions émergentes, nous avons estimé qu’il était opportun de présenter nos perspectives actuelles en matière d’allocation régionale, en mettant en évidence nos régions préférées, celles où nous maintenons un positionnement plus neutre et les régions où nous faisons preuve de prudence.

Chine

Pour commencer avec la Chine, nous sommes modérément optimistes sur ce marché et pensons que les nouvelles mesures de relance intérieure, très probables, devraient compenser les problèmes suscités par la relation de plus en plus tendue avec les Etats-Unis. Les problèmes de croissance cyclique causés par la guerre commerciale et une faible croissance externe peuvent être atténués par de nouvelles politiques monétaires, fiscales et industrielles, tandis que la réorientation structurelle vers la consommation intérieure, la stabilité des ratios d’endettement, l’amélioration qualitative aux niveaux macro-économique et micro-économique, ainsi que le soutien financier grâce à l’internationalisation des marchés de capitaux restent des facteurs favorables.

Cela dit, étant donné que l’administration Trump applique désormais des droits de douane de 25% sur pratiquement toutes les exportations chinoises vers les Etats-Unis, nous avons abaissé nos perspectives de croissance pour la Chine afin de refléter un environnement économique mondial moins favorable dans un contexte d’escalade récente des tensions commerciales et technologiques. Nous avons réduit nos prévisions de croissance du PIB de 50 points de base (pb) à 6,0% pour 2019 et de 70 pb à 5,5% pour 2020.

Etant donné les baisses récentes du marché, nous privilégions actuellement les opportunités sur les actions H (négociées à la Bourse de Hong Kong) dont les valorisations sont plus intéressantes par rapport à celles des actions A traditionnelles négociées sur le continent. Il est intéressant de noter que les indices MSCI ont commencé à être exposés aux actions A en juin 2019, nous nous attendons donc à une activité plus soutenue sur ce segment et le surveillerons de près. A court terme, nous continuons à privilégier les bénéficiaires de la relance dont la croissance repose sur le marché intérieur (assurances, immobilier, électroménager, automobile), tandis qu’une appréciation des actions orientées vers l’exportation en cas de résolution du conflit commercial reste une possibilité.

L’annonce de la restructuration de Baoshang Bank – une banque commerciale municipale située à Baotou, en Mongolie intérieure, qui avait été placée temporairement sous le contrôle des autorités pendant un an en raison du risque de crédit – nous rappelle que l’assainissement des bilans bancaires commencé il y a plusieurs années est toujours en cours. Le fait que les plus petites banques chinoises soient progressivement mais régulièrement placées sous contrôle réglementaire n’est pas, selon nous, un symptôme d’accroissement des risques financiers systémiques. Au contraire, nous considérons que cela fait partie du processus de réduction du risque lié au désendettement, au détriment de la croissance. Nous considérons que le risque systémique est faible, grâce aux efforts réglementaires précoces et coordonnés d’assainissement du secteur financier consentis depuis plus de deux ans. Les dirigeants de la Banque populaire de Chine (PBoC) ont tenté de réduire les dommages collatéraux en rassurant le marché, affirmant que la banque centrale fournira suffisamment de liquidités au système, que Baoshang Bank est un cas isolé, et qu’ils n’envisagent pas de prendre le contrôle d’une autre banque. Bref, ils ont cherché à calmer les investisseurs, déclarant que les autorités réglementaires ne prévoient pas de nouvelle intervention de ce type pour le moment.

Turquie, Russie et autres régions intéressantes

Nos perspectives sur la Turquie sont positives : nous estimons que les valorisations y sont intéressantes après les récentes turbulences du marché, car les facteurs de soutien top-down sont solides. Le risque est celui d’un durcissement du contrôle des capitaux, c’est pourquoi nous privilégions les entreprises dont les bénéfices provenant de l’étranger sont stables, qui jouissent d’un pouvoir de fixation des prix et qui ne sont pas endettées, comme la société de consommation de base Coca Cola Icecek. La Russie est un autre marché privilégié : selon nous, sa solvabilité est bonne et les fondamentaux des entreprises sont solides. Elle bénéficie en outre de rendements croissants et de bons ratios de couverture. Nous sommes optimistes sur les valeurs intérieures cycliques dans le secteur de l’acier et sur certaines valeurs pétrolières. Nous considérons que la Hongrie, la Colombie et la Grèce sont également très intéressantes en ce moment, bien que ces marchés moins liquides puissent être vulnérables aux fluctuations de la confiance envers le dollar américain dans la classe d’actifs et aux problèmes liés aux élections dans l’Union européenne.

Inde

Le marché indien a rebondi avec l’euphorie qui a suivi les élections, et les actions des entreprises qui devraient bénéficier du deuxième mandat du Premier ministre Modi se sont déjà significativement appréciées. Nous estimons cependant que ce sont les fondamentaux plutôt que les questions thématiques/politiques qui prennent de l’importance. Jusqu’à ce jour, ces fondamentaux reposent fortement sur la santé de l’économie américaine. Mais puisque le pic de la croissance américaine est vraisemblablement derrière nous et étant donné l’escalade des tensions commerciales, nous estimons qu’il faut rester vigilants vis-à-vis des risques baissiers. La solidité de la réélection de Modi a levé une grande partie de l’incertitude qui pesait sur l’économie indienne : les créations d’emploi ont affiché leur 14e mois consécutif de croissance, l’augmentation enregistrée en mai étant la plus forte depuis février. Cela reflète sans doute l’optimisme des entreprises à la suite du résultat des élections, mais aussi l’attente d’un soutien de la croissance à court terme. Nous surveillerons de près les données au cours du trimestre suivant la réélection de Modi, à l’affût de mesures de relance de marché spécifiques et d’une nouvelle impulsion au mouvement de réformes.

Nous maintenons pour l’instant un positionnement neutre sur l’Inde étant donné la forte valorisation du marché, même si le soutien politique et la solidité de la croissance intérieure sont encourageants. Nous sommes optimistes sur les banques, qui sont sorties d’un long cycle de tension et pourraient selon nous constituer à l’avenir un positionnement défensif, même si l’économie devait enregistrer un nouveau ralentissement. Elles bénéficient en effet de meilleures perspectives de croissance et d’une amélioration de leurs ratios d’endettement. De plus, la Banque de réserve de l’Inde (RBI) devrait réduire ses taux, car les chiffres de la croissance du PIB ont été faibles, l’inflation est modérée et les conditions de liquidité sont toujours restrictives.

Taïwan et Corée

Nos perspectives pour Taïwan se sont améliorées, en raison d’indicateurs top-down et bottom-up plus intéressants. Le marché souffre toujours de données mitigées et les perspectives de croissance des marchés développés lui sont encore défavorables. Par ailleurs, l’élection présidentielle prévue en fin d’année et les faibles marges de manœuvre en matière de politique monétaire ou budgétaire laissent à penser que Taïwan n’est pas dans une situation optimale. Nous restons donc relativement prudents. Certaines positions sensibles à la Chine et dans le secteur technologique profiteraient largement d’un éventuel accord entre la Chine et les Etats-Unis. Pendant ce temps, la Corée, considérée comme un bon baromètre du commerce mondial, a traversé plusieurs trous d’air liés à ses valeurs orientées vers l’exportation. Toutefois, comme les valorisations ont subi de fortes corrections, nous estimons qu’une grande partie de ces évolutions sont d’ores et déjà intégrées aux prix. Le marché reste faiblement valorisé, mais l’économie est toujours aux prises avec des problèmes liés à la croissance, au manque de marge de manœuvre politique et aux niveaux élevés de la dette intérieure. Nous restons donc neutres.

Mexique et Brésil

Nos perspectives prudentes sur le Mexique et le Brésil se sont aussi améliorées ces dernières semaines. Etant donné la possible résolution de la guerre commerciale avec le Mexique et la suspension de l’introduction de nouveaux droits de douane, nous pensons que les valorisations et le taux de change permettent d’acheter sélectivement des valeurs liquides et de haute qualité bénéficiant de flux de trésorerie disponibles positifs. Au Brésil, nous anticipons un possible regain de hausse au troisième trimestre, lorsque certaines réformes gouvernementales modestes auront été mises en œuvre.

Arabie saoudite et marchés du CCG

Nous sommes devenus plus prudents quant à l’Arabie saoudite, qui était l’un de nos marchés de prédilection ces deux dernières années. Les marchés du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont essuyé une forte correction en mai, car l’intensification des craintes d’une escalade des tensions entre les Etats-Unis et l’Iran et une conjoncture mondiale atone ont provoqué d’importantes prises de profits. L’indice S&P GCC composite a chuté de 5,43% au cours du mois. Cela s’est produit au même moment que la première étape de l’inclusion du marché dans l’indice MSCI Emerging Markets, qui a généré des négociations de près de 8 milliards de dollars américains sur la Bourse de Tadawul. L’Arabie saoudite représente actuellement près de 3% de l’indice MSCI EM, contre 3,3% pour tout le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Nous estimons que cette dernière pondération pourrait atteindre 5,4% d’ici juin 2020.

Malgré l’accroissement du risque extrême que constitue un choc d’offre potentiel sur le prix du pétrole du Moyen-Orient, nous n’y attribuons pas une forte probabilité en réalité. Nous pensons que les échanges verbaux hostiles entre les Etats-Unis et l’Iran devraient se calmer au cours des trimestres à venir, et estimons que la probabilité d’une guerre totale est faible, sans être toutefois nulle. Nous prévoyons que les marchés du CCG attacheront plus d’importance à la solide reprise de la croissance intérieure, déjà entamée. Les prix du pétrole toujours élevés et de nouveaux plans d’émissions d’obligations d’Etat ont rendu les gouvernements de la région suffisamment confiants pour qu’ils relancent leurs programmes de dépenses. Parallèlement, nous pensons que des investissements intérieurs plus conséquents devraient se traduire par une croissance des prêts bancaires et des bénéfices des entreprises cette année et l’année prochaine.

Autres régions où la prudence est de mise

La Malaisie reste une énigme. Malgré les récentes corrections, les pertes de bénéfices ne se sont pas traduites par des valorisations aussi bon marché qu’on aurait pu le penser (la chute des bénéfices par action étant rapide, comme celle des prix des actions). Le marché se prépare à faire face aux conséquences d’un changement de régime et d’une croissance économique faible, mais cela n’est pas encore prouvé, d’autant que les valorisations sont toujours légèrement élevées pour un marché tourné vers l’économie intérieure. Cependant, au niveau des titres, ce marché est difficile à analyser, c’est pourquoi nous restons prudents. L’Indonésie est un marché à forte croissance tourné vers l’économie intérieure qui vient de se doter d’un nouveau gouvernement, il est donc plus difficile à évaluer au niveau des titres. Nous appliquons des critères plus stricts lors de la sélection des titres. Les Philippines, le Pérou, le Chili, le Qatar et la Thaïlande sont des marchés que nous jugeons chers, sans catalyseurs positifs à court terme sur une base relative.

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