Comment mesurer le risque politique ?

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Le risque politique est l’invité surprise de l’année 2016 : le 23 juin, les Britanniques ont voté en faveur d’une sortie de l’Union européenne ; le 8 novembre, les Américains ont élu Donald Trump, un milliardaire qui prône le protectionnisme. Et ce n’est pas fini, les Italiens doivent se prononcer en décembre lors d’un referendum constitutionnel et les Français choisiront leur président de la République en mai.
 
En dépit des craintes, le Brexit puis l’accession d’un populiste à la Maison Blanche n’ont pas provoqué, en apparence de crise. Les marchés boursiers au Royaume-Uni et aux Etats-Unis ont progressé. La livre sterling a perdu 20% de sa valeur mais certains y voient un élément positif pour la compétitivité de l’économie britannique. 
 
Fin de l’histoire ? En réalité, tout commence. L’assureur crédit Coface a mis au point un indice EPU (Economic Policy Uncertainty), qui montre que le risque politique s’est aggravé de 13 points en moyenne en un an en Allemagne, France, Italie, Espagne et Royaume-Uni. Avant l’élection américaine, il estimait qu’une victoire de Trump pourrait faire perdre à l’Europe 2 points de croissance à horizon d’un an tandis que les Etats-Unis subiraient pour leur part un impact de 1,5 point. 
 
Tout dépendra des actions engagées dans les prochains mois. On a vu au Royaume-Uni que la Banque d’Angleterre avait agi très vite après le referendum du 23 juin, en baissant les taux et achetant des titres d’Etat pour éviter une récession.
 
En outre, les populistes peuvent oublier leurs promesses en route. La nouvelle Première ministre britannique Theresa May semble avoir opté pour un « Hard Brexit », refusant un statut d’association comme celui de la Suisse ou de la Norvège avec l’Union européenne, mais nombre d’économistes y voient une posture de négociation.
 
Quant à Trump, qui n’a aucune expérience politique, s’il lui prenait l’envie d’imposer des mesures protectionnistes, les partenaires commerciaux des Etats-Unis riposteraient. La Chine a déjà mis en garde contre une hausse des tarifs douaniers visant ses produits. Ce pays et le Japon détiennent environ la moitié de la dette américaine. S’ils décidaient de céder massivement des actifs en dollars, ils provoqueraient une récession mondiale. Autant dire qu’ils disposent d’une arme de dissuasion contre la nouvelle administration.
 
Dans cet environnement incertain, l’Europe apparaît comme un havre de stabilité. Mais des échéances politiques risquent de provoquer des turbulences. L’Italie organise en décembre un referendum sur la limitation des pouvoirs du Sénat et le président du Conseil Matteo Renzi menace de lier son sort au résultat). La mise en œuvre effective du « Brexit », avec le déclenchement de l’article 50, en mars devrait provoquer des crispations d’autant que les Européens n’ont pas encore adopté une position commune face au Royaume-Uni. Enfin, la France choisit son président de la République en mai et, après la victoire du « Brexit » et de « Trump », personne ne peut exclure à coup sûr l’accession à l’Elysée de la candidate de l’extrême-droite, Marine Le Pen.
 
Pour Laurent Geronimi, directeur de la gestion taux chez Swiss Life Banque Privée, la BCE va devoir gérer ses mesures d’assouplissement dans un contexte post-Brexit et de consultations électorales. Pour autant, il dit privilégier la zone euro du fait de sa décote. Une expansion des multiples n’est pas exclue si les profits suivent.
 
Au-delà, les dirigeants politiques ont une responsabilité : celle d’engager des réformes. Il juge ainsi que le futur président en France devra réduire les dépenses publiques et libéraliser le marché du travail afin de ramener la confiance dans la zone euro.
 
La France a bénéficié depuis 2012 de l’indulgence des investisseurs internationaux alors que la politique monétaire des banques centrales a été considérablement assouplie. Les marchés estimaient aussi que l’Allemagne ne pouvait pas laisser tomber la France sans risquer de provoquer l’éclatement de la zone euro. Cela va peut-être changer.
 
Mais des tensions sont apparues ces derniers mois sur les marchés obligataires. Le 10 ans français était tombé à 0,15% début juillet et se traite désormais entre 0,70 et 0,80%. Sur la même période, le Bund allemand est passé de -0,20% à 0,30%.
 
Le risque politique peut être neutralisé mais cela dépend de la stratégie des dirigeants politiques.