Du mieux partout... ou presque

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par Jean-Luc Proutat, Economiste chez BNP Paribas

Les indicateurs d’activité s’améliorent dans la plupart des pays développés.

Proche de 2% par an au premier trimestre de 2017, la croissance en zone euro est plus dynamique.

Elle est aussi mieux répartie, les cycles conjoncturels des Dix-Neuf tendant à s’harmoniser.

Les Etats-Unis enregistrent une reprise des activités liées au pétrole et gaz de schiste ; l’investissement des entreprises devrait y avoir rebondi en début d’année.

Une fois n’est pas coutume en ce début d’année 2017, les tendances économiques correspondent de part et d’autre de l’Atlantique, et elles sont plutôt bonnes. Certes, la zone euro accuse toujours un déficit d’activité et d’emplois important vis-à-vis des Etats-Unis. Son taux de chômage (9,6% en janvier) est deux fois plus élevé, son produit intérieur brut (PIB) a mis du temps à retrouver son niveau d’avant la crise (graphique). Il n’a toujours pas rejoint son potentiel, alors que c’est chose faite aux Etats-Unis. Mais la croissance européenne accélère ; au premier trimestre de 2017, elle aurait égalé, voire dépassé, celle de l’économie américaine.

La zone euro sur une pente à 2%

Les données de conjoncture ont été satisfaisantes ces derniers mois dans la zone euro. C’est notamment le cas de l’indice des directeurs d’achat (PMI) qui, à plus de 55 points en moyenne sur janvier-mars, est compatible avec un rythme d’expansion de l’activité de 2% par an, voire un peu plus. Les performances des uns et des autres ont, par ailleurs, cessé de faire le grand écart ; elles affichent même un degré de convergence inédit depuis la création de l’Union économique et monétaire (UEM)1. La locomotive allemande n’est donc plus seule à tirer le convoi. L’Italie et l’Espagne, ont participé à l’embellie du premier trimestre. En France, les données d’enquêtes qui composent notre indicateur coïncident du PIB, marquent un renforcement de la croissance2.

C’est la demande intérieure qui soutient l’activité européenne, en premier lieu celle des ménages. Leur consommation ne fléchit pas, en dépit d’une facture énergétique qui grimpe, ce qui s’explique à la fois par le recul du chômage (il suscite moins d’inquiétudes dans les enquêtes de la Commission européenne) et le renforcement du crédit. Là encore, la dynamique se généralise. Longtemps insensible à l’amélioration des conditions de financement dans l’UEM, l’Espagne voit, par exemple, ses prêts à la consommation croître de 4% par an ; elle comble ainsi, peu à peu, son déficit de demande.

L’investissement des entreprises obéit au principe d’accélérateur ; les entrées en commandes ayant été nourries en début d’année, il devrait s’être montré plus dynamique. C’est aussi ce que suggère la remontée du taux d’utilisation des capacités de production dans l’industrie.

Etats-Unis, au-delà de l’effet « Trump »

Les mêmes tendances sont observables aux Etats-Unis, qui ne se résument pas à un simple effet « Trump ». A en juger par l’indice de référence de l’Institute for Supply Management (ISM), notamment sa composante « commandes », les entreprises américaines ont, elles aussi, renforcé leurs dépenses d’équipements au premier trimestre. Non pas tant pour répondre à un surcroît de consommation privée (les ventes d’automobiles marquent le pas), que de demande étrangère.

Le fait est que les volumes d’importations des pays émergents augmentent beaucoup depuis quelques mois, en partie sous l’impulsion de la Chine, qui renoue avec une politique expansionniste3. Outre des effets d’entrainement classiques, cela induit une remontée des prix du pétrole qui profite aux Etats-Unis. Aux cours actuels du brut (environ 50 dollars par baril), la production américaine d’huiles et gaz de schiste redevient, en effet, rentable, d’autant que ses points morts ont été abaissés. Elle est en forte hausse depuis le début de l’année, au même titre que le nombre de forages. Le secteur des énergies non conventionnelles ayant accumulé beaucoup de dette, ce retour à meilleure fortune entraîne pour les entreprises une compression des spreads (écarts de taux d’intérêt vis-à-vis des emprunts d’Etat). C’est un facteur de plus qui sous-tend la reprise de l’investissement.

NOTES

1 Guillet, T., Lalande, E. : Les cycles conjoncturels au sein de la zone euro convergent à nouveau, INSEE, Note de Conjoncture, mars 2017.

2 Au premier trimestre de 2017, notre modèle nowcast indique une croissance de +0,4% (+1,6% en rythme annualisé), un chiffre légèrement supérieur à celui de l’Insee (+0,3%). Pour une présentation plus détaillée, cf. Baudchon, H., Proutat, J.L. : France, reprise sous surveillance, BNP Paribas, Eco Week n°15-36, octobre 2015.

3 Depuis le printemps 2016, la politique des autorités chinoises est à nouveau clairement expansionniste. Cf. Peltier, C. : Chine : La stabilité, un objectif compliqué, BNP Paribas, Eco Emerging, 1er trimestre 2017.

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