Faut-il craindre de nouveaux risques sur les marchés financiers ?

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par Laurent Gaetani, Directeur Général de Degroof Petercam Gestion

Le mois de septembre 2018 a marqué les 10 ans de la crise financière de 2008. Une question est inévitablement revenue à l’esprit de tous les investisseurs : risque-t-on un nouveau krach boursier, et comment adapter sa stratégie de gestion dans le contexte actuel ?

Une « fin de cycle » est de plus en plus probable

Cela fait déjà plusieurs années que les investisseurs s’interrogent sur la fin du cycle économique américain. Personne ne peut prévoir avec certitude à quel moment ce phénomène surviendra, mais certains éléments peuvent laisser penser qu’un renversement de tendance approche.

En effet, la normalisation de la politique monétaire de la Fed est désormais bien avancée, la situation du commerce international se détériore, les valorisations boursières sont élevées et certains indicateurs économiques paraissent en surchauffe. À titre d’exemple, la croissance des bénéfices d’entreprises est attendue à 20% cette année aux Etats-Unis : un tel rythme ne pourra pas être tenu en 2019 et un tassement s’annonce inévitable.

À noter également que la courbe des taux d’emprunt américains est désormais presque plate (le taux d’emprunt à 1 an est presque équivalent au taux à 10 ans sur les marchés obligataires), ce qui a souvent été une situation préalable aux périodes de récession. Enfin, d’autres facteurs viennent complexifier la situation, notamment la montée du populisme de part et d’autre de l’Atlantique.

L’année 2018 reste actuellement en demi-teinte

Ces éléments pèsent depuis le début de l’année sur les marchés, qui connaissent des mouvements contrastés. Les actions européennes cherchent une tendance à suivre et réalisent des performances plutôt décevantes face aux attentes optimistes de la fin d’année 2017. Les actions des marchés émergents sont les plus affectées, avec un repli d’environ 10% du MSCI Emerging Markets depuis le début de l’année. Seules les actions américaines enregistrent une performance solide avec une hausse de plus de 10% sur la même période pour le S&P 500.

Pour autant, même aux Etats-Unis, des divergences s’observent. Au premier trimestre, le S&P 500 a par exemple progressé de 2,65%, mais lorsque l’on retire la contribution des « FAANG » (Facebook, Apple, Amazon, Netflix, Google), la performance de l’indice devient négative de 0,73%. Ces cinq valeurs représentent donc à elles seules le principal moteur de l’indice. Lorsque l’on parle du S&P 500, il faudrait désormais préciser si l’on parle d’un « S&P 5 » (dominé par les FAANG) ou d’un « S&P 495 » excluant ces grandes success stories américaines.

Pour autant, malgré cette situation contrastée, les risques restent actuellement assez limités. Aucun krach majeur ne semble se profiler à court terme, même s’il est évident que les marchés traverseront des phases de consolidation dans les prochains mois et les prochaines années. Globalement, le risque pour les investisseurs est surtout de faire face à des rendements plus faibles qu’auparavant tout en subissant une volatilité accrue.

Comment gérer les risques en portefeuille ?

Dans ce contexte, la meilleure stratégie à adopter au sein des portefeuilles actions est la diversification des risques. Nous privilégions ainsi la construction de portefeuilles d’actions internationales composés de valeurs représentant les grandes tendances de demain. Cette stratégie permet d’adopter une approche de long terme tout en diluant les risques régionaux, notamment politiques.

Les secteurs à privilégier dans ce contexte sont ceux du big data, de la sécurité et de la cyber-sécurité, des nouveaux modes de consommation, de la santé, des services à la personne ou encore de la consommation domestique en Asie.

Les portefeuilles obligataires doivent quant à eux être couverts contre le risque de remontée des taux, aussi bien présent sur la dette italienne (risque politique) qu’allemande (niveaux incohérents avec les fondamentaux). Le high yield européen offre peu d’opportunités et nous en restons donc éloignés. Les obligations convertibles présentent davantage d’intérêt grâce à une exposition aux marchés actions associée à des risques limités.

Les devises « refuges » (dollar, yen, franc suisse) offrent également une protection contre les risques et notamment contre une éventuelle perturbation des marchés émergents. Enfin, l’or est un actif intéressant, aussi bien comme couverture contre l’inflation que comme source de diversification.

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