L’heure est venue pour les petites valeurs européennes

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par Thierry Cuypers, Gérant actions senior, Responsable actions small & mid cap Europe du pôle d’expertise actions européennes chez Natixis AM

Le risque politique et les perspectives d’une croissance élevée devraient alimenter la surperformance de cette classe d’actifs par rapport aux grandes entreprises au cours des mois à venir.

Le résultat des élections aux Pays-Bas montre qu’en dépit des craintes liées à la montée du populisme dans les pays occidentaux, l’avenir n’est pas écrit. 2017 apparaît déjà sous un jour différent par rapport à 2016, le parti libéral de centre droit de Mark Rutte l’ayant emporté le 16 mars face à Geert Wilders, le candidat de la formation d’extrême droite «Parti pour la liberté».

A supposer que les élections à venir cette année en France et en Allemagne produisent des résultats tout aussi rassurants, un regain d’intérêt des investisseurs pour les petites entreprises européennes ne serait pas à exclure.

La situation politique pourrait apporter un soutien

Il est fort possible qu’un sentiment de soulagement puisse entraîner le retour en Europe des flux de capitaux qui ont basculé vers les Etats-Unis suite à la victoire de Donald Trump. Les investisseurs américains sous-pondèrent les petites valeurs européennes, et les marchés outre-Atlantique paraissent déjà onéreux.

Le ratio cours-bénéfices (PER) à douze mois des grandes valeurs américaines s’établit aux alentours de 22 à 23, niveau largement supérieur à celui des grandes valeurs européennes. Ce ratio est plus favorable encore pour les petites entreprises européennes — à 16,5 contre 14,7 pour les grandes capitalisations. Bien que les indices MSCI Europe pour l’une et l’autre catégorie soient susceptibles de connaître une croissance des bénéfices importante, les profits des petites valeurs devraient croître de 13,8 % au cours des 12 mois à venir contre 11,9 % pour ceux des grandes capitalisations (source : Factset, au 28 février 2017).

Bien placées pour tirer parti de la croissance

Les fondamentaux économiques semblent également plaider en faveur des petites valeurs européennes. La nature cyclique de l’indice des petites capitalisations fait qu’il est structurellement plus à même de tirer parti d’un contexte de croissance que les indices des moyennes ou des grandes valeurs. Les valeurs énergétiques, industrielles, de consommation et technologiques constituent environ 60 % de l’indice Small Cap, alors qu’elles représentent moins de la moitié de l’indice des grandes valeurs.

A l’inverse, ce dernier est composé à 45 % de valeurs défensives appartenant à des secteurs tels que la santé et les télécommunications.

Ce pro l est salutaire dans un contexte de crise, comme celle subie en 2008, mais ce n’est pas l’approche optimale dans le contexte actuel. La première estimation de l’indice composite des directeurs d’achats (PMI) de la zone euro pour le mois de février, couvrant à la fois le secteur manufacturier et celui des services, a dépassé les prévisions du marché tout comme le niveau du mois précédent. Un niveau supérieur à 50 signale une expansion de l’activité ; l’indice de février s’est établi à 56. Les derniers indices PMI publiés aux Etats-Unis, au Brésil, en Chine et en Inde sont eux aussi affichés un niveau supérieur à 50 points.

Dans l’édition de mars de ses perspectives économiques, l’OCDE dit s’attendre à une accélération de la croissance du PIB mondial à environ 3,5 % en 2018, contre un peu moins de 3 % en 2016. La Commission européenne table quant à elle sur une croissance des économies de tous les Etats membres de l’UE en 2017 et 2018.

Une volatilité plus faible

Il est souvent estimé à tort que les placements dans les petites valeurs sont plus volatils que ceux dans les grandes capitalisations. Or, d’un point de vue historique, les investissements dans les petites valeurs sont en fait moins volatils, car les grandes entreprises ont tendance à attirer les capitaux en provenance de hedge funds et de fonds indiciels. En achetant et en vendant régulièrement certaines actions, ces derniers alimentent la volatilité.

A l’opposé, étant donné que les placements en petites valeurs sont moins liquides, les investisseurs concernés ont tendance à investir dans une optique de long terme. Le compromis entre risque et rendement est ainsi plus attractif. Tout risque inhérent lié à la moindre liquidité des petites valeurs peut également être géré en limitant l’exposition à la classe d’actifs à un niveau d’environ 5 % à 10 % du portefeuille global. Cela permet aux investisseurs de ne pas être exposés outre mesure en cas de ventes massives provoquées par un mouvement de panique, ce qui du reste survient rarement.

Notre approche d’investissement

Etant donné que les analystes sont moins nombreux à couvrir les petites valeurs que les grandes, les opportunités sont égale- ment plus importantes — une moindre quantité d’informations étant communiquée au marché, les ajustements des cours interviennent plus lentement. Et les meilleures informations sont celles obtenues à la source : nous rencontrons régulièrement les dirigeants des sociétés dans lesquelles nous investissons, ce qui est beaucoup plus difficile à mettre en œuvre avec les grandes entreprises.

Le prix constitue un élément central de notre philosophie d’investissement. L’indice MSCI Small Cap offre la possibilité de choisir parmi 949 entreprises, contre seulement 205 dans l’indice Large Cap. Or, en dépit de ce choix plus vaste, nous n’achetons aucune action dont le ratio PEG(1) est supérieur à 2. Notre portefeuille vise à exploiter la croissance à un prix abordable.

Nous estimons que c’est le moment idéal pour acheter des actions axées sur la croissance, lesquelles ont montré des signes de redressement au premier trimestre 2017 après la domination des titres « value » constatée au deuxième semestre 2016. Ce trou d’air mis à part, les valeurs de croissance européennes se sont globalement bien comportées au cours des trois dernières années.

Selon notre analyse, divers secteurs se montrent prometteurs. Dans le segment des valeurs industrielles, les dépenses d’investissement des entreprises européennes sont susceptibles d’augmenter après plusieurs années de sous-investissement par rapport aux entreprises américaines et chinoises. Grâce à l’assainissement de leurs bilans, ces entreprises sont désormais prêtes à investir a n de rattraper leur retard.

Nous surpondérons la technologie, sachant que les éditeurs européens de logiciels donnent désormais l’impulsion dans différents domaines, tels que l’architecture et les fintechs. Le secteur des semi-conducteurs devrait connaître une forte croissance des chiffres d’affaire au niveau mondial. Les grandes entreprises technologiques en Europe ne sont pas particulièrement innovantes, si bien que les petites valeurs offrent la meilleure solution pour tirer parti de ces tendances.

Les assureurs et les établissements bancaires français pré- sentent un potentiel intéressant, bien qu’ils ne figurent pas parmi nos convictions fortes. Le relèvement des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine fait que les valeurs financières européennes se négocient avec une décote par rapport à celles des Etats-Unis. Cependant, la Banque centrale européenne étant susceptible d’être moins accommodante à terme, la pentification prévisible de la courbe de rendement contribuera au redressement des marges des établissements financiers.

La convergence de plusieurs facteurs liés notamment à la situation politique, économique et à la structure du marché fait que le moment actuel nous paraît particulièrement propice pour investir dans les petites valeurs européennes.

Le remplacement du dispositif Obamacare – qui était censé financer le plan de relance promis par Donald Trump – étant désormais renvoyé à une date ultérieure, il est permis de penser que dans un avenir proche les investisseurs aux Etats-Unis se détourneront des actions américaines au pro t des actions européennes, et en particulier au pro t des petites valeurs au regard de leurs perspectives de croissance des bénéfices par actions, dès lors que les élections présidentielles françaises seront terminées.

NOTES

  1. Le ratio PEG se calcule en divisant le PER par le taux de croissance des béné ces par action.
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