La micro-finance au secours du rendement ?

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Avec une croissance mondiale qui demeure modeste et des taux d’intérêt au plus bas niveau historique, les investisseurs cherchent fébrilement des placements qui pourraient apporter un rendement acceptable. Dans ce contexte, la micro-finance fait figure de solution improbable. 
 
La micro-finance a longtemps été réservée aux investisseurs cherchant à optimiser l’impact social plutôt que le rendement financier. Muhammad Yunus, créateur de la Grameen Bank au Bangladesh, a popularisé le micro-crédit à partir des années 1970. Il a obtenu le prix Nobel de la Paix en 2006.
 
Il y aurait de plus 10.000 Institutions de Micro-Finance (IMF), prêtant un peu partout dans le monde, en particulier dans les pays du Sud, en particulier aux ruraux (52% des bénéficiaires) et aux femmes (61%). Les fonds engagés ont atteint 13,7 milliards de dollars en 2015 contre 6,4 milliards en 2010.
 
La société de gestion suisse Blue Orchard, qui s’est lancée en 2001, travaille avec plus de 300 IMF dans quelque 60 pays. Elle gère environ 1,4 milliard de dollars, prêtant en moyenne 1 million à 2 millions aux IMF qui elles-mêmes prêtent en moyenne 1.000 dollars aux entrepreneurs, selon Maria Teresa Zappia, la directrice des investissements.
 
Elle souligne que Blue Orchard veut offrir « des solutions de financement innovantes à des institutions dans les pays en développement » et générer « des rendements pour ses investisseurs », qui sont des banques internationales, des investisseurs institutionnels comme des fonds de pension d’Europe du Nord ainsi que des clients privés.
 
Au cours des dix dernières années, la micro-finance a offert en moyenne un rendement annuel de 3,65% soit à peu près la même chose que l’indice boursier MSCI World, celui-ci subissant une volatilité plus forte.
 
Le taux de défaut est particulièrement bas dans la micro-finance, les bénéficiaires mettant un point d’honneur à rembourser. Sur les 1.625 prêts accordés depuis 15 ans, Blue Orchard indique que 25 ont été remboursés avec retard et 16 seulement n’ont pas été entièrement remboursés.
 
Pour Maxime du Chayla, conseiller de la société de gestion, le vrai risque est politique. « Des incidents politiques ont eu lieu au Venezuela et dans l’Etat indien de l’Andhra Pradesh, où les autorités ont dit aux bénéficiaires de ne pas rembourser. Mais ceux qui empruntent sont conscients que s’ils ne remboursent ils auront du mal à obtenir des prêts dans le futur. »