La volatilité est de retour

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par Pascal Blanqué, CIO Groupe, et Vincent Mortier, CIO Adjoint Groupe chez Amundi

La correction brutale des actions et la hausse des rendements à l’œuvre depuis le début de l’année ont entraîné des turbulences mettant un terme à l’« état de grâce » auquel s’étaient habitués les marchés. L’indice VIX a rebondi au-delà de 37, un niveau inédit depuis 2015. Rappelons que l’année 2017 avait été très favorable aux investisseurs: l’indice S & P est ressorti en hausse presque tous les mois de l’année dans un contexte de faiblesse exceptionnelle de la volatilité. Le VIX a atteint 18 des 20 plus bas enregistrés depuis 20 ans en 2017. La complaisance a poussé de nombreux investisseurs à passer outre les valorisations extrêmement élevées et à prendre des positions suradoptées.

Maintenant que les actions ont corrigé et que les rendements s’ajustent aux anticipations d’inflation révisées à la hausse, la principale question est la suivante : les conditions uniques qui ont favorisé cette longue période haussière peuvent-elles encore durer? Nous tablons sur la poursuite, voire l’accélération, de la croissance mondiale synchronisée, avec des dépenses d’investissement bien orientées et un rebond du commerce mondial, mais les perspectives des banques centrales semblent toutefois se compliquer. Ces dernières ont joué un rôle très important dans la rhétorique « conte de fées », et le retrait éventuel des programmes de relance massive (qui ne correspondent plus aux conditions économiques actuelles) pourrait déclencher d’autres épisodes d’agitation sur les marchés. À cet égard, la volatilité a clairement disparu en 2017 et les investisseurs ont été partiellement influencés par la complaisance du marché. En dépit des nombreuses améliorations structurelles, de la forte croissance des bénéfices dans de nombreux secteurs et des progrès considérables réalisés en termes de rééquilibrage dans les marchés émergents, nous constatons que les marchés ont souvent reflété (et reflètent toujours) des comportements asymétriques, privilégiant les nouvelles positives et négligeant les risques. Les troubles géopolitiques ont été largement ignorés. Les inquiétudes liées à d’éventuels déséquilibres à moyen terme (notamment avec l’augmentation constante de l’endettement financier ou l’allocation inadaptée des capitaux compte tenu de la faiblesse artificielle des taux d’intérêt) semblent tombées aux oubliettes et pourraient bien y faire un séjour prolongé. Les conditions financières accommodantes, la croissance mondiale et la complaisance des marchés ont tiré les valorisations à des niveaux élevés, voire excessifs (dans certains secteurs).

Dans ce contexte, le durcissement très progressif, mais inéluctable de la politique monétaire devrait s’accompagner d’une dégradation de l’environnement des marchés financiers au second semestre. Selon nous, les investisseurs vont être confrontés à des conditions plus difficiles, caractérisées par des perspectives économiques toujours porteuses, combinées à des poches de valorisations excessives et une exubérance qui pourraient mener à des corrections (les entreprises les plus endettées pourraient notamment pâtir de la hausse des taux d’intérêt). La gestion du risque et la diversification deviendraient dans ce cas des axes prioritaires. Nous entrevoyons un risque de hausse brutale des taux d’intérêt assorti d’une correction des marchés actions, dans un contexte de faible volatilité et de complaisance élevée. Les corrélations entre les classes d’actifs pourraient évoluer, avec des répercussions négatives importantes, en cas de turbulences sur les marchés. Il est donc essentiel de privilégier les stratégies d’investissement axées sur la protection du capital des investisseurs en toutes circonstances, et de définir ces dernières dès à présent, car les conditions financières sont encore favorables et il est plus facile de maintenir la liquidité des portefeuilles.

Sur le plan des obligations, cela implique de se tourner vers les stratégies à duration flexible et axées sur le risque de crédit, en cherchant à trouver le juste équilibre entre risque et rendement, tout en élargissant les sources de diversification. Sur les marchés actions, il convient de cibler les régions dans lesquelles les marchés ont le moins répercuté les scénarios positifs futurs (UE, Japon) ou qui pourraient bénéficier d’une prolongation du cycle de reflation (États-Unis). Pour ces deux classes d’actifs ainsi que pour les stratégies multi-actifs, il sera important, compte tenu de l’arrivée à maturité du cycle, de rechercher des rendements au sein des titres sous- valorisés plutôt que via des positions directionnelles alternant appétit/aversion pour le risque (risk-on/risk-off). La recherche d’un équilibre entre les stratégies tactiques et de court terme, et les investissements à long terme (y compris en tenant compte d’une prime d’illiquidité) devrait favoriser la résilience des portefeuilles.

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