Le XIXe congrès du Parti communiste : l’heure du sacre de Xi Jinping

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par Laetitia Baldeschi, Co-responsable des Etudes et de la Stratégie chez CPR AM

M. Xi Jinping ressort-il plus fort de ce congrès ? C’est une évidence : après un discours introductif de 3 heures 23 minutes, Xi Jinping a obtenu que son nom soit inscrit dans la constitution du Parti, ou plutôt « la pensée de Xi Jinping », celle « sur le socialisme à caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère », par un vote unanime des 2300 délégués du Parti. Cette pensée vient ainsi s’ajouter à « la pensée de Mao Zedong » et à « la théorie de Deng Xiaoping », élevant Xi Jinping, encore en fonction, au plus haut niveau hiérarchique du Parti. En effet, Mao n’avait obtenu cet honneur que vingt-quatre ans après son accession aux plus hautes fonctions politiques du pays et pour Deng Xiaoping, l’honneur avait été posthume.

Au-delà de cet honneur suprême, à quoi peut-on mesurer le pouvoir politique de M. Xi Jinping ?

Le XIXe Congrès du Parti s’est conclu par la nomination du Comité central du Parti, puis du Bureau politique du Comité central et pour nir du Comité permanent du Bureau politique, qui concentre l’ensemble des pouvoirs. Plusieurs choses sont à retenir. M. Xi Jinping a placé nombre de ses partisans dans les deux premières instances. Au sein du Comité permanent la domination des proches de Xi Jinping est peut-être un peu moins forte que ce que l’on pouvait anticiper. En effet, parmi les cinq nouveaux membres du Comité permanent du Bureau politique, seules deux personnes sont explicitement des soutiens de Xi, mais la stratégie de Xi est, nous semble-t-il, plus subtile, puisqu’elle a visé à diviser les pouvoirs entre les autres courants du Parti, éliminant par là-même toute velléité d’opposition. En revanche au sein du Bureau politique, son influence est renforcée. Autre innovation par rapport aux précédents Congrès, aucun successeur potentiel de Xi Jinping n’apparaît. En effet, tous les membres du Comité permanent ont plus de 60 ans, ce qui les empêche a priori de prétendre à la fonction suprême.

Un pouvoir politique renforcé, mais pour quoi faire ?

Dans son « discours de politique générale » ou rapport de travail, M. Xi Jinping a présenté un nouveau modèle de développement pour le pays, qui repose notamment sur un rôle renforcé de l’État au travers des entreprises publiques, plus fortes, plus efficaces, plus grandes dans les secteurs stratégiques. Il remet ainsi au premier plan l’industrie et les infrastructures. Le rôle du marché, même s’il reste décisif, n’arrive plus en tête des objectifs de réforme. L’option retenue est la montée en gamme de l’industrie par l’innovation dans le respect de l’environnement, en incorporant une libéralisation partielle de certains services, des activités commerciales et en élargissant le marché intérieur aux investisseurs étrangers. L’objectif central est maintenant l’amélioration qualitative du contenu de la croissance.

Quelles sont les nouvelles priorités des autorités ?

Du côté des réformes structurelles de l’offre, plusieurs thèmes ont été évoqués dans le discours de politique générale. On relèvera notamment la montée en gamme du secteur manufacturier, le renforcement des infrastructures, la réduction de l’endettement et des capacités de production, l’éducation et la formation. L’innovation, avec en particulier un accent mis sur la recherche fondamentale et une politique d’attraction des scientifiques, reposera sur le rôle central de l’Etat avec l’ambition de renforcer la création, la protection et l’application de la propriété intellectuelle. L’accent sera également mis sur le développement des zones rurales avec un objectif de modernisation, impliquant une réforme du droit de la terre. Les autorités veulent avant tout accélérer le développement d’une « économie socialiste de marché », qui s’articulerait autour d’un Etat plus efficient, une allocation par le marché des facteurs de production, une concurrence juste et ordonnée qui détermine la survie des entreprises et des actifs publics croissants et bien gérés. Tout ceci s’appuyant sur le financement désintermédié, en développant la finance verte. Le rapport met également l’accent sur l’ouverture complète de l’économie chinoise, vue comme une condition nécessaire au progrès, ouverture qui s’entend par l’entrée des investisseurs étrangers, par l’adoption du principe de « liste négative », dans le domaine des services, et la non discrimination des entreprises étrangères. Mais l’accélération de l’internationalisation des entreprises chinoises est également souhaitée. A ce titre, le programme OBOR (« les nouvelles routes de la soie », cf notre article dans Actifs du mois de septembre La politique d'investissement de la Chine : une volonté d'expansion affichée) prend une nouvelle dimension et devient prioritaire : il est maintenant inscrit dans la constitution du Parti.

Y a-t-il ambiguïté entre les différents objectifs ?

On le voit, les axes de développement sont multiples, et les ambitions élevées. Pour autant, on peut s’interroger sur le rôle central dévolu à l’Etat, Etat qui ne peut être dissocié du parti communiste. Ainsi la constitution du parti rappelle que dorénavant, « le parti dirige tout ». Ceci soulève des questions et semble être en conflit avec notamment les objectifs d’innovation et d’attractivité du pays. Pour autant, la recentralisation n’aura pas que des désavantages. En effet, la décentralisation et son corollaire, le pouvoir croissant des politiques locaux, expliquent vraisemblablement le retard pris dans la mise en œuvre de certaines réformes. Un retour aux décisions centralisées pourrait se traduire par une meilleure efficacité de la gestion publique, cruciale en ce qui concerne l’une des priorités chinoises, à savoir la réforme des entreprises publiques.

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