Les marchés attendent des surprises… Et des bonnes !

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par Sandrine Hallopeau, directeur de la Recherche chez VEGA IM

Pour la cinquième fois d’affilée, la publication des résultats du 4e trimestre en Europe fait à nouveau ressortir une majorité de bonnes surprises par rapport aux attentes. Néanmoins, l’ampleur de celles-ci est plus faible que précédemment. Le différentiel entre surprises positives et négatives atteint 6 % contre plus de 10 % pour les 2e et 3e trimestres de 2016. Ceci se traduit par des bénéfices par actions (BPA) revus à la hausse pour 2016 (- 0,5 % contre - 2,2 % précédemment).

Fait marquant par rapport aux années précédentes : la bonne tenue des anticipations de la croissance des BPA pour 2017. Elle ressort en effet à + 14,3 % sur l’indice STOXX Europe 600, soit même légèrement relevée par rapport aux niveaux de début d’année. C’est la zone euro qui a eu le plus de révisions positives, avec en tête l’Espagne, la France et l’Italie. Par secteur, les matières premières ont continué à voir leurs anticipations révisées significativement à la hausse.

En Bourse, les titres ont montré des réactions contrastées, en fonction notamment de leurs parcours avant publication. Une fois encore, les déceptions ont été plus sévèrement sanctionnées que les bonnes surprises. Si les résultats ont été dans l’ensemble de bonne facture, il ne faut pas ignorer que depuis près de 6 mois, le rebond de certains secteurs a été particulièrement violent, tandis que sur moyenne et longue période, beaucoup de titres ont déjà profité de la baisse des taux d’intérêt, des prix des commodities et surtout du prix de l’énergie…

Si nous prenons l’exemple de Schneider qui flirtait déjà avec ses plus hauts historiques, le titre a perdu plus de 4 % le jour de la présentation de ces résultats, certes en ligne avec les attentes mais l’absence d’indication d’une forte hausse des chiffres en 2017 et l’impact « coût des matières premières » de plus de 200 millions d’euros ont donné prétexte aux investisseurs pour prendre des profits sur la valeur. Cette question de la hausse des matières premières a été au cœur de nombreuses publications ! Si dans le secteur des biens d’équipement, à l’image de Schneider, la hausse paraît difficile à répercuter, en revanche pour d’autres sociétés comme chez les pneumaticiens avec Michelin, le pricing power semble possible pour 2017.

Autre réaction, les marchés ont salué des résultats trimestriels portés par des programmes de réductions de coûts qui devraient continuer de porter pleinement leurs fruits cette année encore. Ainsi, dans le secteur des matières premières, les résultats d’Arcelor en 2016 ont été dopés par des réductions de coûts de 900 millions d’euros ; puis, le groupe a annoncé un nouveau programme de 3 milliards d’euros d’économies d’ici 2020. A l’inverse, dans un tout autre secteur, celui de la consommation, la bonne nouvelle annoncée par Danone d’un programme de réductions de coûts de 1 milliard d’euros d’ici 2020 n’a pas compensé le ralentissement tendanciel du chiffre d’affaires depuis 3 ans.

De bonnes publications dans la plupart des secteurs

Les résultats des banques européennes ont fait ressortir de bonnes performances. Ils ont été principalement soutenus par les revenus hors intérêts et la qualité du crédit, portée par une baisse du coût du risque. Les fondamentaux sur les assurances sont toujours bons, portés par les remontées des taux longs. Pour le secteur des technos, plutôt de bonnes publications aussi, pour ASML, Atos, Cap Gemini, Dassault Systèmes et Ingenico.

On assiste à une inflexion en Europe sur certains secteurs : hôtellerie, luxe, travel retail qui bénéficient du retour des flux touristiques mais aussi la construction qui jouit d’un environnement macroéconomique plus favorable en France (Vinci, Saint Gobain et Bouygues).

Dans les valeurs de la consommation, la croissance est solide surtout grâce à l’Europe de l’Ouest. Quelques exemples emblématiques : L’Oréal, dont la croissance du chiffre d’affaires de + 4,6 % est la plus forte depuis 9 ans ; Hermès a progressé de + 4,4 % ; et même Publicis affiche une croissance décente en Europe à + 5,1 % alors que ses ventes sont en recul en Amérique du Nord et en Asie Pacifique. En Asie, la croissance a été forte aussi dans le secteur de la consommation, notamment sur les boissons telles que Heineken, Pernod Ricard et Remy Cointreau.

Du côté des utilities, la diversité des profils des valeurs, qui varie en fonction de leur exposition aux activités régulées, aux prix de marché, de leur stratégie de développement et de leurs métiers ne fait qu’accentuer les écarts dans leur performance opérationnelle. D’un côté, des titres comme Iberdrola ou Endesa parmi les énergéticiens, affichent des résultats et des perspectives solides, alors qu’EDF voit son environnement se dégrader encore en 2017. Le plan de transformation d’Engie commence à porter ses fruits et relance le groupe sur le chemin de la croissance. Quant aux environnementales, Suez et Veolia, leurs excellentes performances à l’International est grevée par une situation dégradée en Europe, où les volumes et les prix sont faibles, notamment en France.

Les programmes de rachat d’actions et les opérations de M&A ont été soutenus et continueront de soutenir les performances à l’image des dernières opérations : Safran/Zodiac, Luxoticca/Essilor, et les plus récentes lancées Generali/Intesa et Unilever/Kraft, même si celles-ci n’auront finalement pas lieu a priori.

A noter également que globalement, les entreprises ont vu une amélioration de leurs cash-flows. Les marchés ont ainsi apprécié celles qui ont décidé une hausse de leur dividende comme Total et Rio Tinto.

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