Les vents contraires sur l’économie et la géopolitique favorisent toujours le dollar

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par Norman Villamin, Chief Investment Officer (CIO) Private Banking à l’UBP

La croissance économique globale désynchronisée, combinée à la montée de l’instabilité politique au niveau régional et mondial, devrait continuer à alimenter la volatilité sur les marchés des devises et la vigueur du dollar dans le sillage de 2018.

En 2019, le dollar devrait profiter d’une stabilisation de la croissance économique et de l’écartement des différentiels de taux d’intérêt entre les Etats-Unis et ses principaux partenaires commerciaux.

Alors que les marchés ne retiennent que deux hausses de taux en 2019, le président de la Fed, Jerome Powell, et les membres du Comité de politique monétaire (FOMC) ont adopté un ton plus ferme lors de leurs diverses communications en fin d’année, suggérant un risque de relèvement de taux plus élevé qu’attendu en 2019.

De plus, la transmission de la « normalisation » des taux directeurs aux rendements à 10 ans sur la courbe américaine va accroître les disparités entre les taux d’intérêt à long terme entre pays, jouant ainsi en faveur du dollar.

Sur le front politique, juste après les élections de mi-mandat américaines, les risques sur le dollar pourraient survenir à court terme en raison d’un Congrès politiquement divisé qui pourrait devoir affronter la menace d’une fermeture temporaire des administrations si leur financement n’est pas approuvé le 7 décembre.

En zone euro, la dynamique économique positive avait conduit la BCE à annoncer la fin de son programme d’assouplissement quantitatif (QE), mais nous nous attendons à ce que l’arrêt soit progressif afin d’éviter de faire dérailler une reprise encore fragile au sein de la région. Le dernier trimestre de l’année a vu apparaître des signes d’une modération de l’activité en zone euro. Cette tendance a en outre été amplifiée par le ralentissement de la croissance dans les principaux marchés émergents, qui sont proportionnellement davantage des partenaires de l’Europe que des Etats-Unis.

La hausse de taux de la BCE n’est pas attendue avant le second semestre 2019, au plus tôt, et les différentiels de taux d’intérêt et de croissance devraient peser sur l’euro, qui aura ainsi du mal à rester fort tout au long de l’année. La confrontation de l’Italie avec l’UE sur le budget du pays, fin 2018, devrait selon nous connaître une issue positive dans les mois à venir, et une appréciation tactique de l’euro pourrait donc intervenir avec le dénouement d’une prime de risque italienne début 2019. Néanmoins, les élections européennes de mai laissent présager un retour de l’incertitude politique.

La livre sterling apparaît refléter une activité économique modeste ainsi que le ralentissement du marché du logement au Royaume-Uni. Même si une avancée est à noter dans les négociations autour de la sortie du pays de l’UE, le risque d’un Brexit « dur » en mars 2019 semble modérément sous-valorisé sur les marchés des devises.

Les investisseurs en yen devraient connaître une trajectoire similaire à celle de leurs homologues de l’Europe continentale. L’approche réactive de la Banque centrale du Japon suggère que les différentiels de taux d’intérêt devraient continuer à pénaliser le yen sur l’année à venir. Au niveau domestique, avec l’augmentation des taxes à la consommation en octobre 2019, la politique économique devrait favoriser la faiblesse du yen afin de ne pas peser sur une activité toujours en restauration.

Par ailleurs, à l’instar de l’Europe, la dépendance de l’Archipel à l’égard des exportations signifie que l’affaiblissement des économies émergentes pourrait continuer à accentuer l’écart de croissance entre le Japon et les Etats-Unis.

D’un point de vue tactique, le rôle du yen comme valeur refuge laisse envisager des accès de hausse de la devise en cas d’instabilité géopolitique accrue. Cependant, ces hausses devraient selon nous être temporaires et difficilement implémentables, et nous retenons un biais baissier sur le yen en 2019.

Enfin, le yuan a constamment baissé depuis la mi-2018, atténuant ainsi l’impact des mesures tarifaires imposées par les Etats-Unis sur les importations en provenance de Chine (cf. p. 18). Avec le nouveau volet de tarifs douaniers qui prendra effet l’année prochaine, le renminbi devrait continuer à se déprécier. Même en écartant une escalade rapide des tensions commerciales (cf. p. 20), nous pensons que l’augmentation de la liquidité domestique va accroître la protection relative de l’économie offerte par la poursuite de la dépréciation de la devise chinoise. Cela suggère que le recul observé au second semestre 2018 devrait se modérer en 2019, même si le yuan devrait rester sur une tendance à la baisse.

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