Portugal : les enjeux des élections législatives du 27 septembre 2009

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par Jésus Castillo, économiste chez Natixis

Le résultat des élections législatives du 27 septembre prochain semble pour l’heure très ouvert entre d’un côté le Premier ministre sortant, le socialiste Jose Socrates et la candidate socio-démocrate, Manuela Ferreira Leite. Si les deux partis semblent partager le même diagnostic sur les faiblesses du pays, lessolutions proposées diffèrent principalement sur le rôle économique de l’Etat : d’un côté, la relance de l’investissement public, de l’autre la réduction du poids l’Etat pour favoriser l’initiative privée. Au final, les deux principaux concurrents semblent s’accorder pour reconnaître la nécessité de la consolidation budgétaire. Seul le calendrier pourrait différer.

Les Portugais sont appelés à élire leurs 230 députés pour un nouveau mandat de 4 ans le dimanche 27 septembre prochain.

Actuellement, le gouvernement dirigé par le socialiste Jose Socrates dispose de la majorité absolue avec 121 représentants. Celui-ci brigue un second mandat après avoir repris la direction du pays en 2005 à la suite de Jose Manuel Barroso du parti de centre droit PSD (Partido Social Democrata). Les derniers sondages début septembre donnaient des intentions de votes assez voisines entre les deux principaux partis de gouvernement. L’issue du scrutin s’annonce relativement incertaine1, même si le PS semble bénéficier pour l’heure d’une légère avance. Dans tous les cas, le vainqueur devra forcément fonder une alliance avec d’autres formations politiques car il est peu probable qu’une majorité absolue se dégage.

Quels sont les principaux enjeux en termes de politiques économiques ?

Le Portugal souffre depuis sa dernière récession en 2002 d’une croissance relativement molle et bien en-deçà de celle des principaux pays de la zone euro. Il n’a pas profité dans la même mesure du dernier cycle de croissance.

Les raisons sont bien connues :

  • faible compétitivité ;
  • mauvaise spécialisation sur des produits à faible valeur ajoutée (habillement et textile) et intensifs en main d’œuvre qui subissent ainsi la concurrence des pays à bas coût, d’où des pertes de part de marché ;
  • un manque de diversification géographique des exportations qui se traduit par une grande dépendance aux cycles des principaux partenaires commerciaux (Espagne, Allemagne et France reçoivent plus de 50% des exportations portugaises) ;
  • une mauvaise gestion des finances publiques (procédures pour déficit excessif en 2002, 2005 et 2008) qui finissent par des cures d’austérité pesant sur la croissance pour satisfaire au contrat européen ;
  • une sous qualification de la main d’œuvre : 25% des jeunes quittent le système scolaire sans réelle formation.

Les programmes électoraux : consensus sur le diagnostic.

Les deux principaux candidats, Jose Socrates (PS) et Manuela Ferreira Leite (PSD) s’accordent pour identifier les faiblesses du pays que nous venons de rappeler. Ainsi, il se dégage un tronc commun de mesures assez proches en ce qui concerne :

  • les faiblesses du système éducatif ;
  • la nécessité de diversifier les exportations en termes de produits et de destinations et de soutenir les PME exportatrices, notamment par des incitations fiscales ;
  • le développement et le soutien de la R&D (incitations fiscales) ;
  • la simplification des démarches administratives ;
  • la rationalisation du coût des services publics.

Les principales différences se trouvent dans les moyens de relancer l’économie dans la phase actuelle de récession et de lutter contre le chômage.

Le programme du PS table avant tout sur la poursuite des dépenses d’investissements publics notamment en matière d’infrastructures : création de deux nouvelles lignes de train à grande vitesse (de Lisbonne vers Vigo et vers Madrid), construction d’un aéroport, réhabilitation d’un certains nombre d’écoles, d’immeubles de services publics, etc...
Le PSD propose quant à lui de geler ces dépenses afin de rééquilibrer les comptes publics en réduisant les dépenses publiques et le poids des activités publiques marchandes dans l’économie (développement des partenariats publics privés). Concernant le chômage, le programme du PSD s’appuie sur une vision plus libérale qui passe par la libération de l’initiative privée via l’allègement des contraintes qui pèse sur les entreprises.

Néanmoins, un consensus existe sur la nécessité de consolider les comptes publics. Toutefois, le programme du candidat de gauche place cette priorité au second plan contrairement à celui du PSD pour qui la résorption du déficit et la réduction de la dette sont essentiels.

Quelles sont réellement les marges de manœuvre ?

Du côté du financement de la dette, malgré la hausse de l’endettement et le creusement du déficit, le spread de taux vis-à-vis de l’Allemagne s’est jusqu’à présent maintenu proche de celui de pays présentant des évolutions comparables en termes de finances publiques. Si comme nous le pensons, la réduction des tensions sur les marchés de dettes publiques européennes se poursuit, les titres portugais ne devraient pas être affectés outre mesure par la trajectoire attendue du déficit, de la dette publique et de l’économie.

Enfin, après la panique financière du début de l’année, le retour des CDS vers des niveaux nettement inférieurs montre que les risques estimés par les marchés se sont modérés. Quel que soit le résultat des élections, le consensus sur la nécessité d’une consolidation des comptes publics ne fait peser que peu de risques à moyen terme sur les titres portugais, même si le retour à l’équilibre pourra être long.

Au final, les efforts passés de consolidation budgétaire devraient porter leurs fruits en permettant au Portugal d’avoir moins de déficit que la France ou l’Allemagne au cours des deux prochaines années. Par ailleurs, si le programme du PS pourrait être plus couteux que celui du PSD (qui vise une réduction du déficit budgétaire), il pourrait générer plus de croissance. Le résultat en termes de dette publique serait à peu près neutre dans les deux cas. La baisse des CDS portugais pourrait alors se poursuivre.

NOTES

  1. Le PSD est arrivée en tête aux élections européennes.

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