Chroniques de William Emmanuel

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Peut-on réindustrialiser la France ?

La question préoccupe les dirigeants politiques et la population alors que le taux de chômage ne cesse de monter : face à la globalisation de l’économie, peut-on stopper la désindustrialisation de la France voire entamer une ré-industrialisation ? La réponse est affirmative mais elle nécessite des réformes structurelles et du temps.

 
Traditionnellement dans ce pays, les gouvernants, de droite comme de gauche, dépensent leur énergie essentiellement à essayer de limiter les plans de suppressions d’emplois et l’accent est très peu mis sur l’environnement nécessaire aux créations d’emplois. 
 
Une certaine logique malthusienne imprègne encore les esprits, ce qui fait qu’en dehors des chefs d’entreprise personne ne parvient à combattre efficacement le déclinisme.
 
La France et l’Europe sont actuellement en récession et personne ne voit le bout du tunnel. Or, le continent dispose de solides atouts pour sortir de la crise.
 
Le président de Michelin, Jean-Dominique Sénard, dont le plan de restructuration a permis au fabricant de pneumatiques de sortir renforcé de la crise, expliquait récemment qu’il n’y avait « pas de fatalité à la désindustrialisation du monde occidental ».
 
Début juin, devant l’Association des journalistes économiques et financiers (AJEF), il assurait : « L’Europe peut retrouver le sens de l’industrie ». Mais il mettait comme première condition la nécessité de comprendre que nous traversons une période de mutation. 
 
Après plusieurs années de délocalisation vers des zones à faible coût de main d’œuvre, les entreprises constatent une « convergence des coûts des facteurs »
 
Selon Jean-Dominique Sénard, les coûts du travail sont ainsi en train de se « relativiser », en raison notamment des hausses de salaires dans les pays émergents, tandis que les ingénieurs se font rares sur certains segments. A tel point que le retour sur investissement d’une usine Michelin construite aux Etats-Unis est aujourd’hui similaire à celui d’un site en Chine.
 
La conclusion s’impose : seules les entreprises réellement globalisées, avec des implantations dans les principales zones, peuvent s’en sortir dans les prochaines années.
 
Michelin illustre très bien cette situation : le groupe affiche de bonnes performances opérationnelles en dépit du marasme du marché de l’automobile en Europe alors que Renault et PSA (Peugeot Citroen) par exemple, souffrent terriblement.
 
Mais cela ne signifie pas que les groupes industriels à dominante européenne sont condamnés. Ils doivent s’adapter, en investissant davantage dans l’innovation pour se différencier de la concurrence extérieure et aussi prendre de bonnes décisions stratégiques.
 
Plus globalement que faut-il aux yeux d’un dirigeant d’une grande entreprise industrielle pour favoriser la réindustrialisation de la France ? Pour Jean-Dominique Sénard, l’Etat doit donner une perspective de « forte stabilité réglementaire et fiscale » car les investissements se font sur plusieurs années voire décennies ; il doit aussi y avoir une meilleure compréhension de ce qu’un actionnaire peut faire pour une entreprise alors que l’image des actionnaires est particulièrement négative en France ; enfin, la question du dialogue social doit être traitée à froid et de ce point de vue l’accord de janvier dernier sur la sécurisation de l'emploi est considéré comme positif.
 
Après son élection à la présidence de la République, François Hollande, a adressé le signal qu’il croyait à la réindustrialisation du pays en créant un ministère du « Redressement productif ». Hélas, le titulaire du poste, Arnaud Montebourg, s’est focalisé sur les entreprises en  difficulté, avec parfois un discours très agressif, au détriment d’une vision prospective. Or, il s’agit avant tout de créer un environnement favorable à l’investissement.
 
La France a fait un grand pas avec l’accord social de janvier. Il s’agit désormais d’offrir de la visibilité à ceux qui veulent investir dans ce pays. Une fois le cadre établi, les entreprises devront faire leur part, en innovant, en investissant et en trouvant les moyens de commercialiser leurs produits. Mais imaginer que l’on pourrait faire l’inverse c’est faire fausse route.

La bourse, les arbres et le ciel

Dans le sillage des marchés américains et japonais, les indices boursiers européens ne cessent de monter depuis quelques semaines alors que la récession s’installe. Le mouvement haussier peut-il continuer ? D’une part, les arbres ne montent pas jusqu’au ciel.

Europe : tout faire pour éviter la déflation !

La Banque centrale européenne (BCE) a donc baissé son principal taux directeur afin de soutenir une économie qui est sur le point de s’enfoncer dans la récession. Est-ce suffisant ? Ce n’est pas certain car le vrai risque aujourd’hui est celui d’une déflation et le devoir des dirigeants européens est de tout faire pour l’éviter.

 
Le président de la BCE, Mario Draghi, a souligné que l'institution monétaire restait « prête à agir » et poursuivrait sa politique accommodante « aussi longtemps que nécessaire ».
 
Pour le moment, si le taux de refinancement a été réduit de 25 points de base à 0,50%, le taux marginal d'emprunt, utilisé pour le financement des banques au jour le jour, a été réduit à 1 %, au lieu de 1,5 %. L’objectif est d’inciter les banques à venir chercher des liquidités afin de pouvoir prêter davantage aux ménages et aux entreprises.
 
Mais la distribution de crédit dans la zone euro reste désespérément plate. Certains accusent les banques de fixer des critères trop sévères et la France a décidé de se doter d’un nouvel établissement – la Banque Publique d’Investissement (BPI) pour soutenir certaines entreprises. Les banques assurent que c’est la demande qui est faible.
 
On est plutôt tenté de croire les banques. L'indice composite PMI Markit de la zone euro, qui mesure l’activité dans les services et l’industrie manufacturière, est ressorti en 46,9 en avril contre 46,5 en mars. Il reste nettement en dessous de la barre des 50, qui sépare contraction et expansion de l'activité. De nombreux économistes pensent que ces chiffres correspondent à une contraction trimestrielle du PIB de 0,4 à 0,5 point.
 
La zone euro est clairement en récession. Conséquence, le taux de chômage continue de monter. Il était en mars à 12,1% contre 12% en février (dont 24% pour les jeunes de 16 à 25 ans !). Au total, 19,2 millions de personnes sont privées d’emploi dans la région.
 
Pour compléter le tableau, l’inflation est tombée à 1,2% en rythme annuel en avril alors que les économistes tablaient en moyenne sur 1,6%. Il ne fait guère de doute que la BCE a été très sensible à cet indicateur pour prendre sa décision de baisser son taux directeur car son mandat lui demande de faire en sorte que le taux d’inflation soit inférieur mais proche de 2%.
 
Si l’activité continue de sombrer, si l’inflation de chuter et si le chômage de monter, nous sommes clairement face à un risque de déflation. On peut se demander si une baisse d’un quart de point du taux d’intérêt sera suffisante pour redresser la barre. La réponse est unanime : non. La BCE devra trouver autre chose pour écarter ce risque.
 
D’ores et déjà, sur les marchés financiers, on évoque un risque de « japonisation » de l’Europe. Le Japon a sombré dans la déflation au début des années 1990. Les autorités ont eu beau baisser les taux et ouvrir le robinet de liquidités, rien n’y a fait.
 
Du moins jusqu’à l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Shinzo Abe fin 2012. Il a imposé sa volonté à la Banque du Japon, lui demandant de favoriser l’inflation (avec un objectif de 2%) et de faire marcher la planche à billets pour financer les dépenses publiques et, corollairement, faire baisser le yen. Cette stratégie est pertinente car si la dette du pays représente plus de 2,2 fois le PIB, elle est détenue essentiellement par les résidents.
 
Conséquence : l’euro est au plus haut contre la monnaie japonaise de janvier 2010 et le dollar au plus haut depuis mai 2009. Cette évolution va favoriser les exportations japonaises, au détriment notamment des produits allemands. La Bourse de Tokyo est en nette progression : l’indice Nikkei 225 affiche un gain de 37% depuis le début de l’année contre 5,6% seulement pour l’Euro Stoxx 50.
 
Les investisseurs du monde entier redécouvrent le Japon. La zone euro n’est encore vraiment pénalisée car il y a une abondance de liquidités dans le monde, beaucoup plus que d’instruments d’investissement. C’est ce qui explique que certains sont prêts à perdre de l’argent en achetant des obligations d’Etat allemandes voire françaises.
 
Mais ne nous y trompons pas : cela ne pourra pas durer. Si la BCE et les autorités politiques ne parviennent pas à redresser la situation et à empêcher une déflation, les investisseurs fuiront la zone euro et nous pourrions bien nous engager dans une période sombre.
 
Pour l’éviter, la BCE peut intervenir avec des outils non conventionnels, en rachetant par exemple directement la dette de certains pays. Une telle décision nécessite un accord de l’Allemagne. Pour rassurer celle-ci, les autres gouvernements doivent donc continuer à assainir les finances publiques, surtout dans des pays comme la France où la classe politique ne sait pas gérer, et stimuler la croissance de manière intelligente. 
 
Ce n’est pas en créant des emplois publics qu’on résoudra le problème de compétitivité de l’économie française. On soutiendra la consommation mais cela favorisera les importations. Il convient aujourd’hui de soutenir la production afin que l’Europe puisse exporter vers les régions en forte croissance (Asie, Amérique latine et aussi Afrique). Et il est nécessaire d’investir massivement dans les infrastructures, notamment les technologies. 
 
La zone euro est au bord du précipice. Les dirigeants politiques, aveuglés par les taux d’intérêt bas, n’en ont pas encore conscience. S’ils veulent éviter une catastrophe, ils doivent prendre la mesure de la situation et agir en conséquence. Et vite.
 
 
 
 
Bourse : coup d’arrêt définitif à la hausse ?
 
 
La crise chypriote a provoqué une baisse générale des marchés financiers lundi 18 mars. Peut-elle stopper la hausse des indices boursiers constatée depuis quelques mois ? Pas sûr car les investisseurs semblent avoir retrouvé le goût du risque.
 
Suivant les indices américains, qui ont battu dernièrement les records historiques atteints fin 2007, avant la crise financière, les places boursières européennes ont fortement progressé ces dernières semaines. A  VERIFIER A la clôture du 15 mars, le Dax allemand était en hausse de 36% depuis le début de l’année, l’Eurostoxx 50 de 17%, le FTSE britannique de 16%, le BEL 20 belge de 26%, le SMI suisse de 32% et le CAC 40 de 22%.
 
Si la bourse allemande s’est rapprochée de son niveau de fin 2007, seul l’indice britannique est revenu en territoire positif par rapport à cette date. Alors que de l’autre coté de l’Atlantique, le Dow Jones a dépassé de 17% son niveau d’il y a un peu plus de cinq ans, le Nasdaq Composite de 22,5% et le S&P 500 de 6%.
 
Ce décalage est lié à la dynamique de croissance entre les Etats-Unis, où les indicateurs sont bien orientés, et l’Europe, où le risque de récession demeure à moyen terme.
 
Pour autant, le fait que les marchés d’actions européens sont en nette hausse montrent que les investisseurs veulent  
 
La crise financière est peut-être en train de s’estomper mais les pays de la zone euro mettront de très nombreuses années pour rétablir leurs finances publiques, ce qui va peser sur la rentabilité des placements obligataires. Le moment est sans doute venu de miser sur les actions cotées, européennes mais aussi issues des pays émergents.

L’Europe, « l’homme malade » de l’économie mondiale

Que faire face à une crise économique majeure ? Les Etats-Unis puis le Japon ont apporté une réponse de bon sens : soutenir l’activité afin de relancer la croissance et l’emploi. L’Europe préfère insister sur l’assainissement des finances publiques au risque de mourir guérie.

La Réserve fédérale américaine a clairement indiqué qu’elle maintiendrait ses taux d’intérêt bas jusqu’à ce que le taux de chômage retombe à 6,5% contre 7,6% actuellement. Selon diverses projections, cela conduirait jusqu’à la mi-2015 environ. Malgré ce qui pourrait être considéré comme du laxisme par les très orthodoxes dirigeants de la Banque centrale européenne (BCE), les Etats-Unis parviennent à placer leur dette sans difficulté.
 
L’objectif est de distribuer le crédit aux agents économiques afin qu’ils investissent et consomment. Comme en parallèle le pays bénéficie de la manne des énergies non conventionnelles (gaz et huile de schiste), la ré-industrialisation est en marche même si l’économie américaine fonctionne avec moins de travailleurs qu’avant la crise.
 
Pas étonnant que les indices boursiers (Dow Jones, S&P 500 et Nasdaq) battent record sur record depuis quelques semaines et cela ne semble pas terminé.
 
Longtemps frappé d’atonie, en proie à la déflation, le Japon a décidé, sous la conduite du nouveau Premier ministre Shinzo Abe, de mettre en œuvre un vaste plan de relance : budget supplémentaire de 13.100 milliards de yens (106 milliards d'euros) pour l'exercice 2012, clos le 31 mars, afin de doper l’investissement et l’innovation. Dans le même temps, le nouveau gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, a opté pour l’assouplissement monétaire avec l’objectif de porter le taux d’inflation à 2% d’ici deux ans alors que les prix ont reculé de 0,3% sur une base annuelle en février.
 
Les deux plus grandes économies développées montrent donc une volonté résolue de s’attaquer à la crise économique. Que fait l’Europe ? Rien.
 
Ne dites pas aux responsables de la BCE que les Etats-Unis et le Japon font tout pour relancer l’activité. Ils vous répondront que les premiers sont dans une situation unique et que le second ne fait que suivre l’exemple de la BCE en se fixant un objectif d’inflation ! 
 
Quant aux dirigeants politiques européens, ils n’ont pas été en mesure de résoudre la crise grecque ces dernières années et se sont ridiculisés avec leur gestion calamiteuse de la crise chypriote il y a quelques semaines, allant jusqu’à remettre en cause la garantie bancaire accordée aux dépôts inférieurs à 100.000 euros mise en place il y a seulement deux ans.
 
De fait, les marchés financiers demeurent inquiets. A la lumière de ce que l’on a vu à Chypre, « que se passerait-il si un secteur bancaire plus important, comme celui de l’Espagne, avait des difficultés ? », demandait récemment Frédéric Rollin, Investment Advisor chez Pictet.
 
Philippe d’Arvisenet, Chef économiste de BNP Paribas, souligne que la BCE a pris des mesures positives, notamment l’OMT (Outright monetary transactions permettant d’acheter des obligations souveraines), mais il souligne que « depuis quelques années, l’Europe est dans une situation bien pire qu’au Japon ».
 
Et cela ne risque pas de s’arranger car voilà donc ce Japon que l’on présentait comme incapable de se redresser qui lance des réformes structurelles, investit dans l’avenir et mène une politique monétaire très accommodante.
 
L’Europe est en train de se marginaliser. Sa contribution à la croissance du commerce mondial ne cesse de décroître. Elle n’est plus un relais pour ses partenaires. 
 
Comme le dit Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis Asset Management, « l’Europe pénalise l’économie mondiale ».
 
Les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le Brésil pour ne citer que les principales puissances risquent de tenir de moins en moins compte de l’Europe.
 
Pour Philippe Waechter, « l’Europe continue d’être un acteur et un partenaire majeur pour l’économie globale. Elle doit cependant réinventer son modèle de croissance et son modèle institutionnel ».
 
Les dirigeants européens, qui se croient encore au centre du monde alors que le centre de gravité de l’économie mondiale a basculé vers le Pacifique, doivent donc d’urgence élaborer des plans pour continuer à peser dans l’économie globale. En seront-ils capables ?

L’investissement responsable s’impose

Plus de 17,3 milliards d’euros : c’est le montant des encours gérés par Groupama AM (sur un total de 91 milliards) en fonction des critères d’investissement responsable. Cela montre que la thématique s’impose mais cela nécessite un travail de fond.

Risque bancaire et risque souverain : le retour

La crise chypriote a remis au centre des débats le dossier sensible de la situation des banques en Europe. En taxant les dépôts des habitants de cette île, les dirigeants européens semblent préparer les esprits à de nouvelles crises bancaires dans d’autres Etats membres.

La France n’est pas en faillite mais…

La France est-elle en faillite ? Techniquement, ce n’est pas le cas.

Télécoms : comment affaiblir un secteur crucial

Les opérateurs français de téléphonie seront-ils contraints prochainement d’accepter d’être rachetés par des concurrents étrangers pour une somme modique ?

Europe : la crise n’est pas finie

C’est un tableau plutôt sombre que Coface a présenté lors de son colloque annuel : si la crise financière dans la zone euro est en passe d’être résolue, la crise économique se poursuit et cela se traduit par une fragilisation des entreprises. 

Bourse : la France entre deux eaux

Tout le monde a poussé un petit cocorico avec l’annonce d’une hausse de 15% de la Bourse de Paris sur l’année 2012. Mais, à y regarder de plus près, l’indice CAC 40 accumule un retard inquiétant depuis cinq ans. De quoi fragiliser les grandes entreprises françaises.

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