BCE : le testament de Mario Draghi

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par Andrea Delitala, Head of Multi Asset Euro chez Pictet AM

La conférence de presse de Mario Draghi le 12 septembre a marqué le début d'une nouvelle ère. Au nom de l’ensemble du conseil, le patron de la BCE a réclamé aux gouvernements européens des mesures de relance budgétaire énergiques et sans délai. Selon de nombreux observateurs, et nous souscrivons à cette analyse, les taux d'intérêt sont désormais proches du niveau en dessous duquel les conséquences négatives l’emporteront sur les conséquences positives1. En outre, le nouvel assouplissement quantitatif ne peut être augmenté sans modification des clés de répartition des achats entre émetteurs et la limite par émission unique, deux sujets âprement négociés auparavant.

Au fond, il semble que les dernières décisions de la BCE soient là pour gagner du temps, dans l’attente d’autres mesures de relance.

Malheureusement, la météo économique s’obscurcit. La guerre commerciale, le Brexit, les confrontations géopolitiques et la montée des populistes inquiètent les entreprises. Et si l'on veut que la demande mondiale se maintienne, des mesures budgétaires devront être prises bientôt. Sinon, la consommation risque de faiblir, entraînant l’économie mondiale dans une spirale négative. Une coordination avec des initiatives monétaires non conventionnelles permettra par ailleurs à l’investissement privé de participer à la relance. Hélas, les relances budgétaires restent controversées en Europe et risquent de ne pas être mises en œuvre à temps, d’autant qu’il y a toujours un délai entre la décision et la mise en œuvre. En somme, plus d'une décennie après le début de la Grande récession en 2008, les politiques des principales autorités monétaires sont encore loin d'être normalisées.

Seule banque centrale à s'être engagée sur cette voie, la Réserve fédérale a dû rebrousser chemin et reprendre une politique d’assouplissement. Force est de constater que les politiques monétaires ultra accommodantes sont dans une impasse et qu’il est difficile d’en sortir : malgré les hausses de salaire, l’inflation reste atone. Mondialisation ? Innovation technologique ? Extrême gravité de la crise de 2008 ? Il est difficile de départager les causes. Mais quoiqu’il en soit, l’inflation semble collée au plancher pour longtemps.

Dans ce contexte, les épargnants font face à deux alternatives peu attrayantes : s'habituer à un rendement faible ou accepter une plus grande volatilité en augmentant leur exposition aux actifs à risque.

Cette dernière option nous semble préférable à long terme. L’approche d’investissement du fonds Pictet-Multi Asset Global Opportunities vise ainsi à atteindre un rapport rendement/risque équilibré - ratio de Sharpe autour de 1 -, en maintenant une part d’actions en moyenne entre 20 et 30%. Les gérants s’efforcent par ailleurs de maintenir la volatilité du fonds en dessous de 5%, grâce à une allocation d’actifs flexible, à l’attention portée à l’évolution des corrélations et à l'utilisation de sources d’alpha non directionnelles comme les stratégies neutres au marché2.

Depuis sa création le 21 août 2013, Pictet-Multi Asset Global Opportunities affiche une performance de 3,93%, avec une volatilité de 3,63%3.

En 2019, l'exposition du fonds aux obligations a été limitée, avec une duration totale autour d’un an. Le portefeuille a été investi en obligations américaines indexées sur l’inflation, moins sensibles aux hausses de taux que les obligations à taux fixe, et en obligations des pays émergents, aux rendements attrayants. En août, nous avons augmenté notre exposition aux obligations d’Etat italiennes à long terme afin de bénéficier de la stabilité accrue de la politique intérieure, du renforcement des liens avec les institutions européennes et de l’assouplissement quantitatif de la BCE. En ce qui concerne les taux fixes de la zone euro, nous avons axé le fonds sur des obligations à maturité courte.

Afin de couvrir le portefeuille contre la montée des risques économiques et géopolitiques, nous gérons tactiquement des positions sur l’or, dans une fourchette généralement comprise entre 1 et 5%. Nous avons d’ailleurs pris au cours des dernières semaines des bénéfices après l’accélération au-dessus du niveau de 1550 dollars l’once. L'exposition au risque de change est gérée activement afin d’apporter protection ou rendement. Tout au long de 2019, le yen a été maintenu à un niveau élevé, au-dessus de 6%4. L'exposition au dollar a de son côté récemment été réduite de 2%, à 8%4.

La répartition des actions oscille autour de 25% et a été accrue récemment par l’investissement dans des secteurs cycliques ou « value » : banques américaines, valeurs industrielles, petites capitalisations américaines et biens d'équipement. Dans le même temps, nous avons réduit des secteurs défensifs tels que la santé. Nous maintenons enfin notre exposition aux entreprises de croissance, portées par des mégatendances structurelles.

SOURCES

  1. Les rendements baissant, les épargnants peuvent sentir le besoin d’économiser plus pour maintenir leur objectif d’épargne à la retraite, et donc consommer moins. De plus, les gains en capital générés par une politique de taux bas bénéficient essentiellement aux ménages ayant constitué une épargne importante et leur impact direct est faible pour une grande partie de la population.
  2. Ces contraintes d’investissement décrites dans ce message sont des règles internes susceptibles de changer à tout moment et sans préavis dans les limites du prospectus qui seul fait foi.
  3. Pictet-Multi Asset Global Opportunities-I EUR, du 21.08.2013 au 30.09.2019, performances en euros nettes de frais.
  4. Source Pictet Asset Management
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