Bourse : les cinq fabuleuses

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En mars 2009, quelques mois après la faillite de Lehman Brothers, les marchés boursiers occidentaux étaient au plus bas. En cinq ans, les principaux indices ont affiché un parcours exceptionnel. Ce mouvement peut-il continuer ? Pas évident car le soutien des banques centrales ne peut pas et ne doit pas être éternel.
 
Entre mars 2009 et aujourd’hui, le Dow Jones progresse de 146%, le Nasdaq de 234% et le S&P 500 de 174% aux Etats-Unis. En Europe, le Dax allemand affiche un gain de 154%, le FTSE britannique de 85%, le CAC 40 de 70% comme l’Euro Stoxx 50 qui regroupe les principales valeurs du Vieux continent. On peut parler de « Cinq années fabuleuses » même si la hausse n’a pas été homogène.
 
L’évolution est clairement plus tranchée de l’autre côté de l’Atlantique. Pourquoi ? Parce que les autorités gouvernementales américaines et la Réserve fédérale ont pris des mesures énergiques pour permettre à l’économie de renouer avec la croissance. La question du « transfert » de la dette privée n’a pas vraiment suscité de débat.
 
Pour permettre le fonctionnement de l’économie, les banques centrales ont déversé des sommes astronomiques sur les marchés. C’est surtout le cas de la Fed, « qui voulait redonner confiance », selon la formule de Jean-Marie Mercadal, directeur de la gestion chez OFI AM.
 
Il ne faut pas oublier qu’aux Etats-Unis les foyers détiennent, via les fonds de pension mais aussi directement, massivement des actions. Une hausse des marchés boursiers crée ainsi un « effet richesse » extrêmement bénéfique car les Américains peuvent alors arbitrer et faire de nouveaux achats, y compris dans l’immobilier.
 
En Europe, les Etats ont accepté de voler au secours des banques mais quand certains pays périphériques ont commencé à avoir des difficultés financières sérieuses, les dirigeants de la zone euro se sont divisés. Devant les atermoiements, en particulier de la chancelière allemande Angela Merkel, les investisseurs internationaux ont commencé à se dire que certains pays comme la Grèce et le Portugal pouvaient tomber. 
 
Et c’est ainsi que la crise a duré un peu plus longtemps en Europe. Les Etats-Unis sont en train de repartir avec un taux de croissance de 2,5% à 3% tandis que la zone euro doit se contenter d’un maigre 1%. Evidemment, cela se traduit dans les cours de bourse.
 
La première question que l’on peut se poser aujourd’hui est de savoir si les actions, globalement, ne sont pas trop chères. Car, comme le soulignent les spécialistes, la progression des indices est liée à une expansion des multiples. En clair, après une période où elles ont été « massacrées », on valorise mieux les actions et le ratio cours/bénéfice est revenu à sa moyenne historique.
 
La deuxième question est donc de savoir si la hausse peut continuer. Dans le consensus de ZoneFinance de janvier, les stratèges actions tablaient sur une hausse des marchés de l’ordre de 4% à 6% cette année. Pour l’instant, ils ne se trompent pas beaucoup : Si le Nasdaq affiche un gain de plus de 3% et S&P 500 d’un peu plus de 1% depuis le début de l’année, le Dow Jones Industrials est en recul de 1,5%. En Europe, le CAC 40 est en progression de 1% mais le DAX et le FTSE baissent de 2%.
 
L’évolution montre clairement que l’Europe est sous influence des Etats-Unis. La décision de la Fed de retirer progressivement son soutien pèse car chacun se demande si l’économie peut tenir seule. De l’autre côté de l’Atlantique, cela ne fait guère de toute d’autant que le pays connaît une révolution énergétique avec le gaz et le pétrole de schiste qui va le rendre autonome puis exportateur net dans les prochaines années. Conséquence de ce développement, la relocalisation est réelle.
 
En Europe, il y a toujours le risque d’une déflation dans la zone euro. Que peut fait la Banque centrale européenne (BCE) ? Elle est consciente des problèmes mais elle doit tenir compte des situations contrastées avec une Europe du Nord qui aurait besoin d’un relèvement des taux et d’une Europe du Sud qui aurait besoin d’un nouveau soutien.
 
Avec des taux d’intérêt proches de zéro, la BCE doit trouver de nouvelles solutions et les investisseurs évoquent un « assouplissement quantitatif » impliquant des achats d’actifs sur le modèle ce qui a été fait aux Etats-Unis. Mais l’institution monétaire doit tenir compte des réticences allemandes où l’idée de « sauver » d’autres pays européens hérisse des dirigeants politiques qui ont une vision étriquée de l’Europe.
 
Le statu quo risque de durer et cela plombera la croissance européenne. De fait, les marchés boursiers seront pénalisés. Et cette prévision ne tient évidemment pas compte des risques géopolitiques, comme l’Ukraine ou la Syrie.