Consensus : ajustement à la baisse pour 2019

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Les craintes de guerre commerciale ne semblent pas inquiéter outre mesure les marchés financiers, qui résistent relativement bien en cette mi-année aux tensions grandissantes entre les Etats-Unis et leurs principaux partenaires. Mais si les prévisions de croissance demeurent stables pour 2018 mais on assiste à un ajustement à la baisse pour 2019.

Le consensus « buy side » de ZoneFinance/Globalix, réalisé auprès des sociétés de gestion européennes, table sur une croissance médiane de 2,1% pour la zone euro cette année (prévision de 2,2% en janvier dernier) et de 1,8% l’an prochain (2,1% en janvier). Les chiffres sont de respectivement 1,8% et de 1,7% pour la France et 2% et 1,9% pour l’Allemagne.

Les investisseurs anticipent 1,3% en 2018 et 1,6% en 2019 pour le Royaume-Uni, ce qui semble signifier que le Brexit, dont les modalités ne sont pas encore totalement arrêtées, n’a pas d’impact. Manifestement, les marchés pensent que le gouvernement britannique parviendra à un accord avec l’Union européenne sur la présence dans le marché unique.

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Globalement, le consensus anticipe une croissance mondiale en hausse : 3,6% pour 2018 (3,4% en janvier) et 3,9% en 2019 (3,6%). Il faut dire que la confiance demeure pour l’économie américaine (2,5% en 2018 et en 2019). La relance proposée par le président Donald Trump, qui passe par des baisses d’impôts massives pour les entreprises en attendant des investissements publics dans les infrastructures, séduit les investisseurs.

Cet optimisme pourrait étonner alors que la perspective d’une guerre commerciale se rapproche chaque jour davantage entre les deux premières puissances économiques mondiales. Léon Cornelissen, Chef économiste de Robeco, jugent que ces tarifs douaniers restent insignifiants sur le plan macroéconomique, soit 0,1 % du PIB pour les deux pays. Il ajoute toutefois que les menaces de représailles de part et d’autre – avec Trump évoquant dernièrement l’extension de droits de douane à quasiment l’ensemble du commerce chinois avec les Etats-Unis – pourrait dégénérer.

Mais nombre d’économistes pensent qu’on n’arrivera pas à ce stade car la Chine, qui demeure une économie exportatrice malgré le rééquilibrage en cours depuis quelques années, ne peut pas gagner un tel conflit commercial. Les deux pays peuvent-ils parvenir à un compromis ? C’est l’anticipation de la plupart des investisseurs, qui notent que la Chine a encore besoin de technologies occidentales et ne peut donc pas se permettre une guerre commerciale avec le pays qui est son premier débouché.

Si le caractère de Donald Trump, qui a montré qu’il était totalement imprévisible et incontrôlable, alimente les doutes, les marchés semblent néanmoins lui faire confiance pour trouver une solution. Le président américain n’a aucun intérêt à casser le cycle actuel d’expansion, qui a débuté en juillet 2009, ce qui en fait l’un des plus longs depuis le début du XXème siècle. De fait, la politique de l’administration américaine est perçue comme « pro-business. » Elle explique l’envolée des bénéfices des entreprises, ce qui se traduit par des records des indices boursiers.

En outre, malgré le début de la normalisation entamée par la Réserve fédérale, la politique monétaire demeure accommodante.

Quid de l’Europe ? En dehors du feuilleton du Brexit, avec un gouvernement britannique qui ne sait pas comment aborder les négociations avec l’Union européenne, le continent renoue avec le risque politique.

L’Espagne a subi un changement brutal de gouvernement et l’Italie a porté au pouvoir une coalition regroupant des nationalistes de droite extrême et des populistes. Que veulent les Italiens ? A priori, ils ne souhaitent plus sortir de la zone euro mais ils pourraient être tentés par une politique plus redistributive alors que le taux de chômage est de 11% et que le taux de pauvreté ne cesse de progresser. Est-ce inquiétant ? Le pays est en situation d’excédent budgétaire primaire – une situation que la France n’a plus connue depuis plus de 40 ans – mais la dette dépasse 130% du PIB.

Enfin, les pays émergents ont subi un renforcement du dollar et une hausse des matières premières, en particulier du pétrole.

Au total, l’environnement économique, tel que perçu par les investisseurs, demeure positif mais des risques existent dans diverses parties du monde. Toute la question est de savoir s’ils se matérialiseront ou non…