Euro : intégration ou désintégration ?

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Les dirigeants européens sont-ils prêts à accepter des abandons de souveraineté ? De leur réponse à cette question simple mais aux implications évidemment importantes dépend l’avenir de la zone euro.

A l’heure où certains se demandent si la Grèce ne doit pas sortir, de gré ou de force, de l’Union monétaire, il est bon de rappeler que la solution à la crise est politique. 
 
Précisons tout de suite qu’une sortie de la Grèce aurait plus d’inconvénients que d’avantages pour la zone euro car nous serions confrontés à un effet domino qui pourrait emporter plusieurs pays rapidement : le Portugal, l’Espagne et peut-être même l’Italie. 
 
La création de la monnaie unique a été une avancée majeure dans l’histoire de la construction européenne mais ses concepteurs ont négligé la coordination politique car une union monétaire ne peut fonctionner que si les transferts sont possibles entre différentes zones et que les règles sont respectées par toutes les composantes.
 
La mise en œuvre de l’euro a permis à tous les pays de la zone euro de bénéficier pendant pratiquement une décennie d’une convergence des taux d’intérêt vers le bas : la Grèce payait pratiquement les mêmes taux d’intérêt que l’Allemagne avant la crise.
 
Cette situation ne pouvait pas durer d’autant que le Pacte de stabilité et de croissance (PSC) supposé imposer l’harmonisation budgétaire n’était plus respecté par aucun pays.
 
Est-il possible aujourd’hui de créer une nouvelle forme de coordination ? Deux approches s’affrontent : l’Allemagne souhaite que les pays assainissent immédiatement leurs finances publiques tandis que la France souhaite l’émission d’eurobonds permettant à une structure européenne de lever des fonds sur les marchés financiers à des taux raisonnables afin de pouvoir financer des pays qui subissent une forte hausse des taux d’intérêt.
 
Les deux approches posent problème : l’austérité a pour effet de peser fortement sur l’activité, plongeant plusieurs pays dans une spirale meurtrière : baisse du Produit intérieur brut (PIB), hausse du chômage, baisse des recettes fiscales, nouvelles mesures d’austérité et ainsi de suite. In fine, cela revient à mourir guéri en quelque sorte. La position de la chancelière allemande Angela Merkel est d’autant plus incompréhensible que les excédents de son pays sont pour l’essentiel la résultante des déficits des autres pays européens. 
 
La mise en place d’eurobonds conduirait à une sortie de déresponsabilisation de certains pays. Si la Grèce peut de nouveau avoir des taux d’intérêt bas, quel intérêt aurait son gouvernement à imposer des réformes structurelles et à lutter contre l’évasion fiscale ? Les eurobonds ne peuvent être proposés que si tous les pays, y compris la France, montrent une volonté réelle de réduire les déficits et d’améliorer la compétitivité de leur économie.
 
Comment sortir de la crise ? Andreas Höfert, Chef économiste de UBS Wealth Management, expliquait la semaine dernière que dans des pays fédéraux ayant une union monétaire, comme les Etats-Unis ou la Suisse, les transferts étaient développés. Par exemple, ajoutait-il, outre-Atlantique, personne ne remet en cause le fait que l’Etat du Massachusetts, qui est riche, puisse financer l’Etat de Louisiane, qui est très pauvre. « Mais, il y a une coordination fiscale, ce qui suppose un abandon de souveraineté, et donc un Etat fédéral », indiquait-il.
 
Les dirigeants européens sont-ils prêts à faire ce saut vers le fédéralisme ? On peut en douter à court et moyen terme. Toutefois, on peut envisager qu’ils se mettent d’accord sur des règles de base : des plans d’assainissement des finances publiques crédibles avec un contrôle systématique par des organismes extérieurs, comme la Banque centrale européenne (BCE) voire le Fonds monétaire international (FMI). Les Parlements nationaux pourront toujours examiner les projets de budgets mais ils devront accepter des règles strictes.
 
Dans l’immédiat, l’urgence est la mise en place d’une union bancaire afin de couper le lien entre dettes souveraines et établissements financiers. Les banques européennes sont fragilisées en raison de la présence dans leur bilan d’obligations de pays affaiblis. Elles ont eu beau passer des provisions massives et se recapitaliser, le risque est toujours présent. Compte tenu de l’interconnexion financière extrêmement poussée en Europe, la moindre défaillance bancaire aurait des conséquences négatives particulièrement importantes. On l’observe du reste en Espagne avec les difficultés actuelles de Bankia, quatrième banque du pays.
 
Michel Barnier, commissaire européen au marché unique et aux services, a déclaré qu’il proposerait des mesures lors du sommet du 27 juin. Il a souligné qu’il fallait passer d’une supervision nationale du secteur à une supervision européenne. Cette approche va dans le bon sens mais il faut aller vite pour rassurer les investisseurs et les citoyens.
 
Les dirigeants politiques n’ont donc pas le choix : s’ils veulent sauver leurs pays et l’idée européenne, ils doivent prendre des mesures favorisant l’intégration. Il s’agit avant tout d’une question de volonté politique.