France : vers une hausse des impôts…

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Emmanuel Macron a remporté l’élection présidentielle de 2017 grâce à un message : le dépassement des clivages politiques traditionnels pour une meilleure efficacité économique. Un an et demi plus tard, le gouvernement est confronté à un ralentissement de la croissance et doit sortir le rabot pour faire des économies en attendant, probablement, une hausse des impôts.
 
Le PIB n’a augmenté que de 0,2% au deuxième trimestre. En cause ? la faiblesse de la consommation alors que le pouvoir d’achat des ménages a été impacté par la hausse de la CSG, du tabac et du pétrole.
 
Après un taux de 2,2% en 2017, la croissance n’est plus attendue pour 2018 qu’à 1,7% par l’Insee et à 1,8% par les investisseurs financiers (consensus « buy side » ZoneFinance). Le gouvernement, qui tablait encore sur 2%, a dû réviser en baisse sa prévision et table désormais sur 1,8%. Le Premier ministre Edouard Philippe a indiqué que le budget 2019 était bâti sur une hypothèse de croissance de 1,7% contre 1,9% précédemment.
 
Qu’en est-il du déficit public ? En avril, le gouvernement promettait à la Commission européenne de le contenir à 2,3% du PIB cette année et ne pas dépasser 2,4% en 2019. Cette prévision est-elle tenable alors que l’on ne voit pas de signes d’amélioration de la conjoncture ? 
 
Les raisons avancées par le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, pour expliquer le coup de mou du deuxième trimestre demeurent : le prix du pétrole (autour de 75 dollars le baril pour le Brent) n’a aucune raison de baisser dans les prochains mois dans un contexte de tensions internationales (Iran, Moyen-Orient, Venezuela). De même, on ne voit pas signe d’accalmie sur le front de la guerre commerciale déclenchée par le président américain Donald Trump.
 
Alors le président Macron s’est-il trompé de politique économique ? Sa stratégie consistant à alléger la fiscalité des plus riches – « les premiers de cordée » - pour favoriser l’investissement n’a pas fonctionné jusqu’à présent. Une politique de l’offre, comme celle initiée sous la contrainte par son prédécesseur François Hollande, met du temps à produire ses effets. 
 
Pour doper la croissance à court et moyen terme, il faut donc miser sur la consommation. Après avoir augmenté la fiscalité des classes moyennes en 2017, le gouvernement promet désormais de redonner du pouvoir d’achat avec l’élimination des cotisations sociales sur les heures supplémentaires et la suppression progressive de la taxe d’habitation. Mais parallèlement, le Premier ministre a annoncé que l'aide personnalisée au logement, les allocations familiales et les pensions de retraite augmenteraient moins vite que l’inflation et que le nombre de contrats aidés diminuerait. 
 
Cette politique peut paraître surprenante. Le chef de l’Etat a beau marteler qu’il faut « garder le cap », on ne sait pas s’il y en a un en dehors de la nécessité absolue de contenir le déficit public dans un pays vivant avec une dette représentant 100% du PIB annuel !
 
Emmanuel Macron aurait pu être novateur en mettant en œuvre, dès juin 2017, une vraie politique de réduction des dépenses publiques. Il existe des gisements d’économies énormes dans le fonctionnement de l’Etat et des collectivités sans remettre en cause les missions essentielles (éducation, santé, sécurité). Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait ? On l’ignore. 
 
Ce qui est certain, c’est que la situation va tenir intenable en 2019 si la conjoncture ne s’améliore pas. Le gouvernement va-t-il enfin faire des choix alors que le capital politique est entamé après un an et demi de pouvoir ?
 
Edouard Philippe a annoncé que 4.500 postes seraient supprimés dans la fonction publique en 2019 ! La France compte 5,45 millions de fonctionnaires, dont 2,39 millions dans la fonction publique d’État et 1,89 million dans la fonction publique territoriale. Au niveau de l’Etat, 41.000 partent à la retraite chaque année. 
 
Faute d’une transformation de l’Etat avec une vraie stratégie de réduction des dépenses publiques, on peut craindre un accroissement de la pression fiscale. Traditionnellement en France, les dirigeants politiques n’ont qu’une solution en cas de difficulté budgétaire : l’impôt.