La croissance, du discours aux actes

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C’est le printemps et les annonces de plans pour relancer la croissance en Europe se multiplient. Cette agitation est évidemment liée à la possible victoire d’un candidat socialiste lors du second tour de l’élection présidentielle en France. Les dirigeants doivent montrer désormais qu’ils sont sérieux et doivent passer aux actes.

Angela Merkel vient de déclarer qu’elle travaillait sur un « un agenda croissance » en vue du Sommet européen des 28 et 29 juin. La chancelière allemande, qui a fait campagne pour le président sortant Nicolas Sarkozy avant de se mettre en retrait, semble considérer comme acquise la victoire de François Hollande, qui a exigé la renégociation du traité budgétaire européen pour intégrer un chapitre sur la croissance.

Elle ne veut pas entendre parler de renégociation mais essaie de donner des gages car il apparaît clairement aujourd’hui que son absence de leadership depuis deux ans a contribué à aggraver la crise de la dette dans la zone euro. Elle sait qu’elle a besoin de la France pour piloter une Europe qui inquiète le reste du monde.

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, qui défend lui aussi l’orthodoxie, a expliqué qu’il fallait un « Pacte de croissance ».

Enfin, les dirigeants de la Commission européenne, qui roupillaient depuis deux ans, font savoir qu’ils travaillent sur une initiative mais ont démenti préparer une sorte de « Plan Marshal » européen en vue de mobiliser jusqu’à 200 milliards d’euros d’investissements publics et privés dans des projets d’infrastructures, les énergies renouvelables et les nouvelles technologies. xxxxxxxxxxxxxxxxxxx Il est clair que la perspective d’une victoire de François Hollande affole certains gouvernements européens, qui voient en lui un dépensier qui pourrait aggraver la situation des finances publiques en France et donc aggraver la crise en Europe. Ils veulent donc montrer qu’ils ne se soucient pas que d’orthodoxie financière.

Mais on peut imaginer aussi qu’Angela Merkel, Mario Draghi et les eurocrates de Bruxelles ont constaté que les plans d’austérité successifs en Grèce, en Italie et en Espagne n’ont eu pour effet que d’enfoncer encore plus ces pays.

Comme expliqué ici récemment, les Etats-Unis ont fait le choix de miser sur la croissance pour résoudre assainir les finances publiques et non d’assainir les finances publiques pour relancer la croissance. Ils se donnent une dizaine d’années alors que les Européens se croient capables de résoudre tous les problèmes en trois ans.

Il faut espérer que les dirigeants européens sont sérieux dans leur volonté de miser sur la croissance et qu’il ne s’agit pas d’une simple opération de communication.

A la fin des années 1990, un gouvernement socialiste français, celui de Lionel Jospin, avait exigé que le « Pacte de stabilité » européen rédigé en vue de la mise en œuvre de l’euro et qui prévoyait des amendes très élevées (entre 0,2% et 0,5% du PIB) en cas de violation des règles soit renégocié. Après des résistances, les partenaires de la France avaient accepté de rebaptiser ce document « Pacte de stabilité et de croissance ».

A la fin, nous n’avons eu ni la discipline budgétaire – puisque l’Allemagne et la France s’en sont affranchis dans les années 2000 – ni la croissance puisque le coût très faible de l’argent a permis de vivre à crédit sans réformer en profondeur le système. 

L’Europe a besoin de discipline financière mais elle a aussi besoin d’une vraie initiative de croissance pour éviter une stagnation prolongée alors que le monde bouge très vite. Le Vieux continent a besoin d’infrastructures : des réseaux électriques, des réseaux ferroviaires, des réseaux de communication à très haut débit, etc. Il doit investir massivement dans l’innovation pour ne pas se laisser distancer par le reste du monde.

Ces dépenses doivent être assumées par le secteur public et les entreprises mais cela suppose un juste retour sur investissement pour les uns et pour les autres. Pour y parvenir, les gouvernements doivent forcer la Commission européenne à abandonner son approche idéologique de la concurrence afin de soutenir davantage les entreprises européennes confrontées à la compétition internationale. 

S’ils n’y parviennent pas, ils doivent exiger la démission des membres de la Commission et nommer des politiques conscients que l’Europe ne peut pas être seulement un marché ouvert à tous vents. L’Europe doit imposer la réciprocité dans les échanges avec le reste du monde.

Le chantier de la croissance prendra des années. Si Angela Merkel et les dirigeants européens sont sérieux, ils doivent présenter dès à présent les solutions pouvant relancer l’activité et redonner espoir aux Européens.