La France, grande malade de l’Europe

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Standard & Poor’s a abaissé, le 8 novembre, la note de la France de « AA+ » à « AA ». Elle a relevé, le 29 novembre, la perspective de la note de l’Espagne (BBB-) de « négative » à « stable ». D’un côté, un pays qui ne parvient pas à engager des réformes structurelles. De l’autre, un  pays qui a fait des efforts considérables même si sa situation reste fragile.
 
L’agence de notation américaine ne fait que confirmer ce que les investisseurs internationaux - qui, ne n’oublions pas, prêtent de l’argent à des gouvernements ayant besoin régulièrement de financements – pensent depuis plusieurs mois : deux Etats de la zone euro ont des difficultés à faire face à la réalité, l’Italie et la France.
 
Cette dernière suscite les plus grandes inquiétudes car il s’agit de la deuxième économie de la région après l’Allemagne. Les dirigeants allemands ne cachent plus leurs craintes en privé. Et les investisseurs, qui ont fait preuve de patience voire d’indulgence, commencent à s’interroger sérieusement sur le risque que représente la France. 
 
Peut-on pour autant redouter une crise de la dette de la France ? Les optimistes l’excluent au nom du « Too Big To Fail » : la dette publique française, qui atteint 1.900 milliards d’euros, soit 94% du PIB, serait trop importante. Une crise pénaliserait le pays et ses citoyens en premier lieu mais les investisseurs étrangers, qui détiennent les deux tiers de cette dette, perdraient aussi beaucoup. L’Allemagne ne serait pas épargnée car elle devrait assumer seule les conséquences d’une telle catastrophe. Autant dire que l’Union économique et monétaire européenne éclaterait.
 
Les investisseurs et les autres pays européens ne peuvent donc qu’espérer que le président français François Hollande et son gouvernement se décident enfin à adopter une politique permettant de réduire les déficits et de relancer l’activité.
 
L’opinion sur les marchés aujourd’hui est que la France va replonger en récession avec une contraction du PIB au quatrième trimestre après une baisse de 0,1% au troisième trimestre. Comment réduire les déficits dans ces conditions ? Comme le souligne Standard & Poor’s, « les pouvoirs publics disposent désormais d’une marge de manoeuvre réduite pour augmenter les recettes. » 
 
Après les hausses massives d’impôts depuis 2011, sous la présidence de Nicolas Sarkozy puis sous celle de Hollande, la France constate que « trop d’impôt tue l’impôt », avec des recettes en baisse. Le ras-le-bol fiscal est général et une révolte de grande ampleur n’est pas à exclure alors que des jacqueries d’un nouveau genre se multiplient dans le pays.
 
Il est temps de faire de réduire les dépenses publiques, qui n’ont cessé d’augmenter ces dernières années, et de vendre des actifs pour réduire l’endettement.
 
Mais, au lieu de présenter un vrai programme, le gouvernement biaise. Il cède des participations (Safran, ADP, etc.) au fil de l’eau en espérant que cela ne se verra pas car il n’est pas question pour des socialistes d’opter publiquement pour des privatisations. Pour le budget, c’est la même chose : on annonce qu’il y aura 15 milliards d’économies alors qu’il s’agit seulement d’éviter une dérive naturelle de 15 milliards.
 
La classe politique française, de droite comme de gauche, est issue majoritairement de la haute fonction publique et elle semble incapable de réfléchir au fonctionnement d’un Etat moderne. Chacun préserve sa clientèle électorale sans se soucier d’efficacité.
 
Si les dirigeants politiques se voilent la face, les Français, eux, se rendent compte que rien ne va plus : les services publics se dégradent (éducation, sécurité, hôpitaux, etc.). La France vit au-dessus de ses moyens et elle ne peut plus se le permettre. 
 
Sans réduction de dépenses, la France ne peut pas retrouver les marges de manœuvre nécessaires pour relancer l’activité, réduire le chômage et améliorer les services publics. 
 
Après avoir sous-estimé l’ampleur de la crise, Hollande a engagé quelques réformes, notamment sur le dialogue social et sur la compétitivité. Mais il ne veut pas les assumer franchement afin de maintenir le semblant de cohésion de sa majorité politique.
 
Or, la France doit faire des choix car son modèle social atteint ses limites. Comme le soulignait Patrick Artus, Chef économiste de Natixis, lors d’une conférence de Délits d’opinion le 4 décembre, l’Allemagne a fait le choix d’avoir des travailleurs pauvres plutôt que des chômeurs bien indemnisés et la France a fait l’inverse. Y-a-t-il un juste milieu ? Ce qui est certain c’est que le pays ne peut vivre avec un taux de chômage de 10,9%, un record depuis 1997, avec un taux de 24,5% chez les 15-24 ans !
 
L’exemple de l’Espagne montre qu’il est possible d’améliorer les choses. Le pays, qui a sombré dans une crise sévère après des années de spéculation, a enregistré sur les neuf premiers mois de l’année un excédent de la balance des ses comptes courants de 2,9 milliards d’euros contre un déficit de 15,7 milliards un an plus tôt. C’est le premier excédent depuis 1990. Les pessimistes notent que les importations ont chuté en raison du marasme économique.  Bien sûr, le chômage reste à un niveau extrêmement élevé. Mais la croissance repart et il est bon de regarder parfois les indicateurs positifs.
 
L’Irlande sort aussi de la crise. Seule l’Italie fait pire que la France. Celle-ci pourrait s’inspirer d’autres pays qui ont fait des réformes dans le passé : la Suède il y a 20 ans et l’Allemagne il y a une décennie. Dans ces deux Etats, les dirigeants de l’époque étaient sociaux-démocrates qui ont montré que l’on pouvait réduire les dépenses sans nécessairement démanteler l’Etat providence.
 
Tout l’enjeu pour la France est de restructurer un Etat qui ne fonctionne plus et de montrer à ses partenaires et à ses créanciers que l’on peut lui faire confiance. L’enjeu est énorme car si Hollande ne lance pas encore les réformes nécessaires, la zone euro sera fragilisé alors que les investisseurs estiment que le retour de la croissance est possible.