Le taux d’épargne allemand n’évolue pas en fonction du taux de la BCE

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par Philippe Waechter, Chef économiste chez Ostrum AM

Il y a beaucoup de discussions sur le taux d’épargne des allemands qui progresserait récemment en réponse à la baisse des taux d’intérêt. L’histoire qui est racontée est celle selon laquelle l’inquiétude provoquée par la baisse des taux d’intérêt inciterait les allemands à épargner davantage pour contrecarrer cet environnement incertain. Cela ne fonctionne pas. Les allemands ne votent pas contre la BCE en augmentant leur épargne puisque les taux d’épargne sont stables.

Cette histoire sur le comportement des allemands est censé montrer l’exaspération de nos voisins et l’incapacité de la BCE à gérer la politique monétaire. Des Very Smart People qui sont encore actifs.

Je suis allé voir les séries du taux d’épargne des ménages (épargne sur revenu disponible) et du taux d’épargne global (Revenu global moins consommation privée moins consommation publique en % du revenu global). Ce sont les deux séries pertinentes pour mesurer le taux d’épargne, en Allemagne ou ailleurs.

Ces deux séries, au cours des dernières années sont plates comme le dos de la main. Le taux d’épargne des ménages a oscillé entre 9% et 11.2% depuis le premier trimestre de l’année 2009 et se situe à 10.8% au deuxième trimestre de 2019. On peut même dire que depuis le démarrage de la zone euro, le taux d’épargne des ménages allemands est stable sur ces mêmes niveaux.

Pourtant depuis 2009 le taux de refi a reculé de 250 points de base, idem pour le taux de facilité de dépôts. Il n’y a pas d’incidence du taux de la BCE sur le comportement du taux d’épargne.

On peut regarder aussi le taux d’épargne global, celui de l’ensemble de l’économie allemande. Lui aussi est stable. Depuis 1991, il est un peu supérieur à 25% du PIB. Ce n’est pas un comportement d’épargne supplémentaire qui explique l’accroissement du solde extérieur allemand mais la baisse du taux d’investissement (l’écart entre le taux d’épargne et le taux d’investissement est le solde du compte courant en % du PIB). Là aussi l’incidence du taux de la Bundesbank puis du taux de la BCE semble inexistant.

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