Pays émergents : vers un « choc » ?

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La crise qui frappe la Turquie et l’Argentine peut-elle s’étendre à l’ensemble des pays émergents ? Si la croissance dans ces économies reste soutenue, le resserrement de la politique monétaire américaine et la hausse du dollar suscitent des interrogations qui pourraient se transformer en inquiétudes si la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine devait s’aggraver.
 
Le président américain Donald Trump, qui accuse Pékin de pratiques « déloyales », a évoqué une augmentation des droits de douane de 10% à 25% sur 200 milliards de dollars de produits chinois dès le mois de septembre, n’excluant pas de taxer 264 milliards de dollars de biens supplémentaires. La Chine a déjà prévu des représailles. 
 
Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), estime que l’escalade entre deux super puissances économiques pourrait créer un « choc » pour les pays émergents. Dans un entretien au Financial Times (11/09), elle explique qu’elle ne voit pas de contagion pour le moment mais que les choses pourraient changer rapidement, l’incertitude pesant sur les pays en voie de développement.
 
Les économistes font remarquer que tous les pays émergents ne sont pas sous pression. Au-delà de la Turquie et de l’Argentine, on peut citer la Russie, le Brésil et l’Afrique du Sud. Et si leurs difficultés sont liées à l’affaiblissement de leurs devises contre le dollar, ils n’ont pas tous réagi en augmentant les taux d’intérêt, rappelle Jean-Luc Proutat, de BNP Paribas, Ainsi, le Brésil ne s’y est pas résolu pour le moment mais il faudra attendre les élections du mois d’octobre pour savoir dans quelle direction ira son économie.
 
Comme l’explique Laetitia Baldeschi, responsable des études et de la stratégie chez CPR AM, la croissance dans les pays émergents reste globalement soutenue. Pour elle, la baisse des devises se concentre sur les pays affichant de forts déséquilibres extérieurs ou une situation politique un peu exceptionnelle. Elle reconnaît que le relèvement des taux de la Réserve fédérale, la hausse du dollar et du pétrole ainsi que les tensions commerciales créent « un climat délétère pour les pays émergents. »
 
Les marchés financiers n’anticipent pas une crise émergente de grande ampleur comme celle de la fin des années 1990. Il faut dire que les pays concernés ont réalisé de gros efforts pour assainir leurs finances publiques et pour solidifier leurs économies. 
 
En outre, la Chine, qui est toujours bizarrement classée parmi les pays émergents, est devenue la deuxième économie mondiale. Surtout, les autorités chinoises réagissent extrêmement vite en cas de difficulté. Leur objectif est maintenir une croissance suffisante pour créer des emplois et empêcher des troubles sociaux, grande hantise du Parti communiste, qui a peur de perdre le contrôle de cet immense pays.
 
Dans ce contexte, il est évident que la Chine ne va pas se laisser faire face aux mesures protectionnistes de Donald Trump, d’autant qu’elle a les moyens de sa riposte. Elle est le premier marché de nombreuses entreprises américaines et elle est le premier détenteur de la dette américaine. Pour les investisseurs, les deux premières économies mondiales vont finir par trouver un compromis.
 
Pour François-Xavier Chauchat, économiste et membre du comité d’investissement de Dorval AM, « Nous ne sommes pas au début d’une crise émergente. » Mais il reconnaît qu’il peut y avoir une « réplique. » 
 
Même si les fondamentaux de nombreux pays émergents demeurent solides, il ne faut toutefois pas négliger l’aspect psychologique. Les soubresauts ont provoqué le retrait des investisseurs internationaux de certains pays. En cas d’aggravation de la crise commerciale, il est probable que d’autres subiront le même sort. En ce sens, la crainte d’un « choc », formulée par Christine Lagarde, va rester dans tous les esprits.