Chine : inflexion

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par Sylvain Laclias, Economiste au Crédit Agricole

A quelques rares exceptions près, comme l’investissement dans l’immobilier, tous les indicateurs d’activité publiés chaque mois par le bureau national des statistiques chinois se sont inscrits en baisse en avril.

Ils donnent ainsi le la pour les mois à venir. Que ce soit dès le deuxième trimestre ou après, la croissance devrait marquer le pas d’ici la fin de l’année, après avoir accéléré à 6,9% au premier trimestre.

Ce ralentissement se ferait le plus probablement de façon très modeste. Les conditions monétaires restent encore assez favorables dans l’ensemble. Et surtout, Pékin veille à ce que la croissance demeure aux alentours de 6,5% et a les moyens de cet objectif.

Mais les mesures prises ces derniers temps pour calmer le marché de l’immobilier et reprendre la main sur le développement du shadow banking l’annoncent.

Fléchissement de l’activité

La production industrielle a progressé de 6,5% sur un an en avril, après avoir crû de 7,6% en mars. Les ventes au détail et l’investissement ont également marqué le pas le mois dernier, même si c’est de façon un peu moins marquée. Les premières ont augmenté de 10,7%, toujours sur un an, le second de 8,9%. Ils avaient progressé respectivement de 10,9% et de 9,2% le mois d’avant.

Côté immobilier, on retrouve la même orientation pour les nouvelles mises en chantier et les ventes. Avec des hausses en avril de 17,5% pour les premières et de 13% pour les secondes, comparé aux augmentations respectives de 18,1% et de 16,9% en mars. L’investissement, en revanche, s’est montré un peu plus vigoureux, en progressant de 9,3% le mois dernier, soit de 0,2 point de pourcentage de plus qu’au mois précédent.

Bref, des indicateurs en ralentissement. C'est la tendance générale de l'activité économique chinoise en ce début de deuxième trimestre 2017. Les indices PMI (manufacturier et des services) publiés en début de mois par le bureau national des statistiques chinois l'avaient laissé entendre. Cela se précise. Après avoir accéléré au cours des deux précédents trimestres, la croissance pourrait marquer le pas en ce deuxième quart de l'année.

Cela reste bien sûr à confirmer, mais les mesures prises ces derniers mois par Pékin et les municipalités pour calmer le marché de l'immobilier, si elles ont tardé à produire leurs effets et si ceux-là sont encore modestes, ne sont néanmoins pas de nature à favoriser un regain de dynamisme dans le secteur dans un futur proche ; sachant que l’immobilier est une clé de la vigueur récente de l'économie chinoise.

De même, les directives émises par la CBRC, la commission de régulation bancaire chinoise, depuis l'arrivée de M. Guo Shuqing à sa tête fin février, ne prédisposent pas à une accélération plus avant de la croissance au cours des mois à venir. Le fait est qu’elles visent en grande partie à endiguer et mieux contrôler le développement des wealth management products (WMP) ou autrement dit le développement de produits financiers qui ont permis de drainer pas mal de liquidité vers un bon nombre d’agents économiques au cours du passé récent, mais souvent par le biais de chaînes de financement longues, comprenant de nombreux acteurs, complexes et donc indéniablement opaques et risquées.

Des conditions monétaires encore assez favorables

Il convient certes de nuancer les répercussions de ce durcissement annoncé de la réglementation bancaire et financière. D’abord, parce que se pose la question de l’application de ces directives. Rigoureuse ou pas ? Ce qui n’est d’ailleurs pas sans risque dans un cas comme dans l’autre : ne rien faire reviendrait à laisser le shadow banking se développer de façon débridée au détriment de la stabilité financière, mais agir expose au risque d’erreur de manœuvre, erreur qui pourrait provoquer un événement de crédit avec des répercussions en chaîne, tant la situation est d’ores et déjà critique.

Ensuite, parce que si les taux interbancaires et obligataires ont augmenté ces derniers mois, aussi sous l’effet d’injections de liquidité moindres de la part de la Banque centrale (via ses opérations d’open market), il faut également regarder cette évolution à l’aune de celle des prix, et plus particulièrement des prix à la production (en baisse pendant quatre ans et demi, ils sont repartis à la hausse en septembre dernier et ont progressé d’un peu plus de 7% en moyenne depuis le début de l’année). Puis, encore constater que le taux prêteur (nominal) consenti par les neuf premières banques commerciales du pays à leurs meilleurs clients est demeuré inchangé jusqu’à présent.

Les conditions monétaires restent ainsi assez favorables dans l’ensemble. Ce dont témoigne la dynamique des nouveaux crédits et des nouveaux financements totaux (social financing) accordés depuis le début de l’année, en hausse respective de 28,6% et de 26,1% en moyenne, comparé à des progressions moyennes de 11% et de 15,8% l’an passé. Disant au passage que l’endettement domestique, passé de 209,6% du PIB fin 2016 à 213,3% du PIB fin mars, n’a sans doute pas encore fini d’augmenter et, avec lui, le risque d’instabilité financière (en dépit des efforts de Pékin pour le contenir, comme évoqué plus haut).

Mais globalement, ces deux éléments (perte de vitesse du marché de l’immobilier et autorités monétaires plus fermement décidées « sur le papier » à mieux contrôler le shadow banking) bornent le scénario de croissance central d’ici la fin de l’année : vers un ralentissement, que celui-ci s’exprime dès le deuxième trimestre ou après.

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