Un scénario à l’italienne ?

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La France fera-t-elle face à de fortes turbulences à la rentrée ? L’affirmer risque de provoquer des ricanements au sein du nouveau pouvoir car les prévisions de tensions sur les taux d’intérêt avant l’élection présidentielle ne sont pas vérifiées. Pourtant, il faut le dire : le pays a rarement été aussi fragile économiquement…

La décision de l’agence de notation Moody’s de placer la perspective de la note de l’Allemagne sous surveillance devrait provoquer une prise de conscience avant qu’il ne soit trop tard. Car, ce qui guette aussi la France, c’est un scénario à l’italienne.
 
L’Italie, sous la conduite du chef du gouvernement Mario Monti, a engagé des réformes structurelles avec à la clé de substantielles économies. La gestion des finances publiques est plutôt rigoureuse avec un retour prochain à un solde budgétaire primaire positif, les exportations sont bien orientées grâce à une compétitivité reconnue dans certains secteurs. 
 
Seul point faible de l’Italie : l’instabilité politique. Des élections générales sont prévues l’année prochaine et l’ancien Premier ministre Silvio Berlusconi pourrait bien revenir aux affaires, ce qui pourrait provoquer de nouvelles tensions sur les marchés financiers.
 
La France n’a jamais engagé de réformes structurelles depuis 30 ans. Elle n’a jamais pu présenter un budget équilibré. Sa compétitivité se dégrade régulièrement comme le montrent les déficits de la balance commerciale et de la balance des paiements. 
 
Seul point fort de la France : sa stabilité politique. François Hollande vient d’être élu président de la République pour cinq ans et il dispose d’une majorité parlementaire large.
 
L’instabilité politique fait peur car elle empêche l’adoption de mesures impopulaires. Les investisseurs redoutent toujours des blocages politiques. Mais il ne faut pas croire qu’ils sont prêts à faire confiance à un pays au motif que le pouvoir politique est stable.
 
De ce point de vue, la situation de la France est un cas d’école. Le nouveau gouvernement a promis de respecter les engagements de réduction des déficits publics, qui doivent être ramenés à 3% du Produit intérieur brut (PIB) fin 2013. Toutefois, il s’est limité pour le moment à augmenter les impôts (7,2 milliards d’euros dans le collectif budgétaire), ne fournissant aucune information sur les éventuelles économies à venir. 
 
En outre, la question de la compétitivité n’a pas été abordée alors que la balance commerciale continue de se dégrader et que nombre d’entreprises suppriment des emplois.
 
Ajoutons la détérioration de la conjoncture : tout ralentissement de la croissance – sans même parler d’une récession – oblige à trouver des recettes et des économies nouvelles. Tout atermoiement risque de provoquer de remettre en cause les objectifs de réduction des déficits.
 
Tous ces éléments sont scrutés par les agences de notation. Si celles-ci jugent que la France n’a aucune chance de tenir ses engagements, elles abaisseront la note de crédit. Dans ce cas, les investisseurs se retireraient très rapidement et les taux d’intérêt monteraient en flèche. C’est exactement ce qui s’est passé en Italie et le pays est une dans une spirale infernale.
 
La France, qui emprunte actuellement à un peu de plus de 2% sur 10 ans, est épargnée pour le moment parce que les placements obligataires allemands sont jugés trop chers – les taux d’intérêt à 10 ans se rapprochent de 1% alors que l’inflation est à 2%, ce qui signifie que le taux réel est négatif. Dans ce contexte, le couple risque/rendement de la France est jugé attractif, personne ne pariant sérieusement sur un effondrement de la zone euro.
 
Mais les choses peuvent aller très vite d’autant que les investisseurs ont commencé depuis quelques mois à se retirer de l’Europe pour miser sur les Etats-Unis et sur le Japon en plus de certains pays émergents et de grandes entreprises particulièrement bien gérées.
 
Face à une telle situation, les investisseurs s’inquiètent aussi du discours anti-« riches » du nouveau pouvoir. Renouant avec le discours de 1981, le nouveau président de la République et certains de ses ministres ne ratent pas une occasion de critiquer les « riches », dénonçant des salaires « indécents », prônant la « mesure » en matière de rémunération.
 
Ce discours plaît sans doute à l’opinion mais il est particulièrement surprenant pour deux raisons : 1) dans une économie capitaliste (et la France est, qu’on le veuille ou on, un pays capitaliste) les rémunérations dans les entreprises privées relèvent des seuls actionnaires, l’Etat pouvant « corriger » grâce à l’arme fiscale ; 2) Presque tous les pays du monde veulent attirer les « riches » sur leur territoire, car cela signifie des dépenses importantes sur place et aussi des recettes fiscales bienvenues en ces temps difficiles.
 
Surtout, l’attitude du nouveau pouvoir risque de décourager l’esprit d’entreprise chez les jeunes. Quand on crée une entreprise, on le fait pour développer un projet auquel on tient mais on le fait aussi pour gagner de l’argent. Refuser d’admettre cela revient à s’exposer à de sérieuses déconvenues.
 
Même si l’instabilité politique inquiète, l’Italie n’a jamais commis l’erreur de s’en prendre aux « riches ». Le nouveau pouvoir en France accumule donc en ce moment les handicaps. Est-il en mesure de sortir de son discours de campagne pour rassurer les investisseurs, qui sont ses créanciers ?