Élection présidentielle américaine : tous les regards tournés vers le 3 novembre

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par Anne-Laure Frischlander-Jacobson, Directrice Générale de BNY Mellon Investment Management en France

Alors que l’élection présidentielle américaine approche à grands pas, nous tentons d’évaluer ses potentielles répercussions sur les marchés. L’élection présidentielle de novembre est inhabituelle à bien des égards. Citons notamment son déroulement presque entièrement virtuel, pandémie oblige. Elle constitue également un moment décisif pour le pays après une longue période de controverses politiques.

Dans l'état actuel des choses, le démocrate Joe Biden ne devrait selon nous effectuer qu’un seul mandat s'il sort victorieux, mandat susceptible d'être vu par certains comme une transition vers un parti démocrate potentiellement plus radical dans quatre ans.

La politique étrangère à la croisée des chemins ?

Si les démocrates l’emportent, nous pourrions assister à un affaiblissement de la posture isolationniste adoptée ces quatre dernières années avec l’abandon partiel du principe de l’« Amérique d’abord » cher à Donald Trump. Toutefois, si le choix électoral peut ressembler à une croisée des chemins pour la politique étrangère, cela ne signifie pas pour autant qu’un Joe Biden victorieux abandonnerait toutes les politiques mises en place. Il pourrait en effet en conserver quelques-unes, notamment celles concernant la Chine, dès lors que l’hostilité à l’égard de l’Empire du Milieu semble jouir du large soutien de l’électorat américain.

Concernant les marchés, il nous semble probable que la préférence ira globalement à une victoire de Donald Trump, dans le sens où un raz-de-marée rouge (de la couleur du parti républicain) serait largement considéré comme une continuité de politiques favorables aux entreprises et pourrait également entraîner un durcissement de la politique anti-Chine.

Inversement, une déferlante « bleue », à savoir la victoire de Joe Biden combinée à une majorité démocrate de la Chambre des représentants, serait moins bien accueillie par les marchés en raison des difficultés que rencontrerait Donald Trump pour faire passer des lois et de l’accroissement de l’incertitude politique que cela pourrait engendrer.

Satisfaction des revendications sociales

En cas de victoire, Joe Biden aura bien des difficultés à satisfaire l’aspiration au changement de sa base politique en matière de politiques sociales, compte tenu de la grande précarité financière dans laquelle la lutte contre la pandémie a plongé les comptes publics. Faut-il augmenter les impôts ou les dépenses publiques ? Ce dilemme pourrait s’avérer un véritable casse-tête pour les démocrates. Les quatre années à venir s’annoncent très difficiles, quel que soit le vainqueur, et les promesses faites par le parti démocrate sur le plan de la santé et du social pourraient être bien difficiles à concrétiser.

Selon nous, le marché devrait également être préoccupé par l’impact d’une victoire démocrate totale sur le prix des médicaments. Le secteur de la santé pourrait être mis à mal dès lors que le parti cherchera assurément à faire baisser les prix. Les critiques à l’égard des grandes sociétés technologiques et de leur domination de la vente de détail pourraient également revenir sur le devant de la scène, mais ni Donald Trump ni Joe Biden ne devraient être tentés par une confrontation directe compte tenu du soulagement apporté par le commerce en ligne pendant et après le confinement.

Nous suivons la situation de très près, mais compte tenu des vicissitudes du système électoral américain, où un petit nombre d’États clés peut faire basculer une élection, il nous semble prudent de ne pas opérer de changements significatifs au sein de nos portefeuilles pour le moment. Il est tout à fait possible que Donald Trump soit réélu avec un pourcentage de votes inférieur et les probabilités d’un basculement des sondages restent élevées.

Des propositions floues

Joe Biden devra préciser ses propositions politiques, notoirement floues, dans les six semaines à venir. L’équipe de Donald Trump ne manquera pas de s’engouffrer dans la brèche et d’attaquer tant ce manque de clarté que son aptitude mentale, tout en faisant attention de ne pas se mettre à dos les électeurs les plus âgés. Dans le même temps, les interventions intempestives et souvent controversées de Donald Trump sur les réseaux sociaux continueront de donner du grain à moudre à ses opposants.

Si la nomination d’Amy Coney Barrett à la Cour suprême soutenue par Donald Trump est approuvée par le Sénat américain le 3 novembre, les juges conservateurs l’emporteraient nettement sur les progressistes (6 contre 3) en amont des élections, ce qui pourrait inciter Donald Trump à contester le résultat des élections s’il devait perdre. Un tel scénario engendrerait une période d’instabilité politique qui pourrait avoir de graves répercussions sur les marchés financiers.

NOTE

  1.   Le projet de loi Internal Market Bill vise à maintenir le marché intérieur afin d’éviter que les quatre nations du Royaume-Uni ne soient limitées par des réglementations fixées par les gouvernements décentralisés. Source : Sky News Brexit: What is the Internal Market Bill and why is it controversial? 15 septembre 2020.
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