France, le rendez-vous de l’automne 2014

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La France respectera-t-elle ses engagements de réduction des déficits publics d’ici 2015 ? C’est la question qui va agiter les marchés financiers au cours de l’année 2014. En réalité, les investisseurs ont déjà leur idée : ils pensent que le gouvernement va devoir demander à l’automne un nouveau délai et que cela pourrait affaiblir la zone euro.
 
Paris prévoit pour 2013 un déficit de 3,9% puis de 3,6% en 2014 et de 3% en 2015. Personne n’y croit. Pour les trois années évoquées, les économistes de la Commission européenne tablent par exemple sur 4,1% puis 3,8% et 3,7%.
 
Pourquoi une telle défiance ? Tout simplement parce que la France n’a plus de marges de manœuvres : après les hausses d’impôts conséquentes des derniers mois, il est devenu impossible d’accroître les recettes fiscales d’autant que le croissance économique reste atone. Il faudra donc réduire les dépenses publiques. Or, le gouvernement ne parvient pas à présenter un plan crédible en la matière.
 
Jusqu’à présent, les investisseurs ont décidé de fermer les yeux et ont continué à acheter les obligations d’Etat françaises. Depuis l’élection de François Hollande, en mai 2012, on a même assisté à une détente des taux d’intérêt, le 10 français se traitant autour de 2,5% contre plus de 3% début 2012. Mieux : l’écart de rendement avec l’Allemagne est de 50 points de base alors qu’il se situait plutôt autour de 80 à 100 points de base.
 
La bonne fortune de la France n’est pas liée à sa politique, loin s’en faut. Elle doit tout au président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a rassuré les marchés financiers en juillet 2012 en déclarant qu’il ferait « tout ce qui est possible » (Whatever It Takes ») pour sauver l’euro. Cela a eu pour effet de calmer les fonds spéculatifs anglo-saxons qui jouaient massivement l’éclatement de la zone euro. 
 
Les investisseurs ont pris conscience qu’attaquer la France ne servirait à rien. Le pays est en quelque sorte « Too Big to Fail » : son poids est trop important. Si les taux d’intérêt français montent à 4% ou 5%, c’en est fini de la zone euro car l’Allemagne ne serait plus en mesure d’apporter l’aide nécessaire. Les marchés ont compris le message : la BCE ne peut donc pas laisser tomber un pays comme la France.
 
Cette situation ne peut pas durer. L’indulgence dont bénéficie la France va prendre fin car les investisseurs constatent que, contrairement à d’autres comme l’Espagne, l’Irlande, le Portugal ou même la Grèce, la France ne lance aucune réforme structurelle.
 
Après avoir dénoncé « la finance », le président de la République a certes pris conscience de la nécessité de rassurer ceux qui prêtent de l’argent à son pays. Il a enfin annoncé des mesures en faveur de la compétitivité économique. Il a encouragé un accord assouplissant le marché du travail. Mais comme il ne veut pas assumer cette conversion, il a chaque fois mis en place une usine à gaz et a augmenté les impôts selon le principe cher à la gauche française : « Il faut faire payer les riches ».
 
La communication gouvernementale est au service de cette stratégie de camouflage : on annonce partout qu’il y aura 15 milliards d’euros d’économies en 2014 alors qu’il s’agit seulement d’éviter une dérive mécanique de 15 milliards. L’effort est méritoire mais ce n’est pas une vraie stratégie pour réduire les dépenses publiques.
 
Pour résumer, il n’y a plus de possibilité d’augmenter les impôts, qui atteignent un niveau record, et il n’y a pas de vraies économies. Il n’y a donc aucune chance de réduire les déficits publics au cours des deux prochaines années. D’autant qu’à partir de 2015, François Hollande cherchera par tous les moyens à séduire les Français pour essayer de se faire réélire en 2017.
 
Si, pour des raisons politiques, l’Europe ne peut pas prendre de sanction contre un grand pays incapable de tenir ses engagements, les investisseurs, eux, ne vont pas hésiter. C’est l’opinion la plus répandue aujourd’hui sur les marchés financiers. Après tout, que risquent-ils ? S’ils font monter les taux d’intérêt du 10 ans français à 3% ou 3,5%, ils auront une meilleure rémunération de leur investissement en ayant la certitude que la BCE fera tout pour empêcher un éclatement de la zone euro.
 
Problème, cela compliquera encore plus la donne pour la France, qui aura encore moins de marge de manœuvre pour réduire ses déficits publics.
 
Le rendez-vous de l’automne 2014 est donc particulièrement dangereux. François Hollande est-il en mesure de faire mentir les augures et mettre en œuvre une politique économique efficace ? C’est tout l’enjeu de l’année qui vient.