L’attractivité des actions va bien au-delà des questions de confiance

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par Marc-Ali Ben Abdallah, stratégiste chez Amundi Asset Management

L’année 2010 se clôture, effet calendaire oblige, l’heure est au bilan mais aussi au prospectif. Sur le plan rétrospectif, les actifs risqués enregistrent des performances plus que décentes alors qu’on anticipait en début d’année une passe assez difficile dans l’attente des stratégies de retrait des stimuli monétaires et fiscaux. Au final, le bilan s’avère positif avec un solde de performances des marchés actions d’un peu plus de 9% dividendes inclus en dollar soit environ 17% en euro et 0% en yen. Parmi les autres performances qui méritent d’être signalées est celle de la dette souveraine émergente qui, toutefois, ne progresse plus depuis le mois de novembre mais qui affiche un solde de 13% en dollar soit 21% en euro et 3% en yen. Enfin, l’or s’est offert le luxe d’une hausse de près de 26% en dollar (34% en euro et 16% en yen).

Le risque souverain aura finalement été un invité de marque

L’abandon des normalisations des politiques monétaires au sein des économies matures a-t-il été une véritable surprise en 2010 ? Certes mais seulement dans une certaine mesure. Le puissant mouvement de revalorisation des actifs risqués laissait présager que les investisseurs anticipaient une évacuation rapide du risque de déflation. Cependant les investisseurs se sont révélés finalement beaucoup plus discriminants sur les tendances en jeu. En effet, les évaluations de marché du risque corporate ont constamment été revues à la baisse que ce soit via les CDS1, ou bien la volatilité implicite des actions. A contrario, les primes de risque des contrats CDS se sont envolées sur les dettes périphériques européennes. L’émergence d’un risque souverain d’une façon aussi violente et aussi rapide, associée aux répliques que nous avons récemment traversées, constitue l’inattendu de 2010.

Les épargnants sont toujours à l’Est

Cette convocation brutale des marchés sur le sujet du risque souverain mérite que l’on s’y attarde. Elle prend une toute autre saveur si on la replace dans son contexte. Les économies à surplus, celles qui accumulent des réserves, essentiellement au sein de la zone émergente – à l’exception de l’Allemagne et du Japon, se gardent bien d’engloutir l’ensemble de leurs revenus dans un investissement effréné – les stigmates de la crise asiatique sont encore dans les esprits. Cette discipline n’est motivée que par la prise de conscience qu’il leur faudra tôt ou tard se reposer sur leur propre demande domestique, autrement dit réduire leur dépendance à leur demande externe. Ceci ne se fera pas sans augmentation de la dette publique de ces Etats. En attendant ce jour, il faut accumuler....le défi de l’année 2010 était de savoir sur quel support ? Jusqu’à présent, la sécurité était associée aux emprunts d’Etat. Rien d’étonnant à ce que la performance du métal jaune en tant qu’actif de réserve le plus liquide ait été à nouveau aussi remarquable.

Il ne faut pas s’y tromper, les investisseurs sont lucides

Les réflexes épidermiques au sujet de la dette publique ne disparaîtront pas dans l’immédiat. Les marchés financiers seront, à coup sûr, traversés par des interrogations de fond sur le caractère soutenable des déficits primaires qui peinent à se stabiliser en Europe, au Japon ou aux Etats-Unis. Les institutions européennes, en particulier la Banque Centrale Européenne, défendent la voie de la vertu : l’austérité budgétaire. Les Etats-Unis ont quant à eux opté pour les prolongations. Il est probable que dans les mois à venir ceci bénéficie aux actifs risqués outre-Atlantique sur la première partie de l’année 2011...mais ensuite les questions de discipline budgétaire referont surface, transférant tout le poids de la reprise sur la stratégie de la Réserve fédérale. Les tensions sur les actifs de dette émises par les Etats et les collectivités ne sont pas terminées, elles ne font que commencer. Les investisseurs sont bien conscients du problème. L’annonce de prolongation des mesures fiscales de l’Administration Bush par le président Obama s’est traduite par la hausse des marchés actions et...une hausse des taux longs. Si l’on en juge par les anticipations de volatilité, l’instabilité se situe du côté des emprunts d’Etat.

La prise de risque reste la meilleure option

La différence entre les actions ou obligations de crédit et les emprunts d’Etat se décline de moins en moins via le clivage basique d’actifs risqués contre actifs dits sans risque. Elle réside plutôt dans le fossé qui sépare les risques identifiés et non identifiés. Les bilans des entreprises, notamment pour les plus internationales, ont une robustesse méthodiquement suivie mais quid des bilans publics surtout pour des petites économies dont les systèmes financiers ont été fragilisés par la crise ? On peut être raisonnablement confiant dans le fait que des mécanismes de stabilisations seront activés....au prix d’encore un peu plus de dette publique. Dans un tel environnement, le maintien d’une sous-exposition aux emprunts d’Etat est un acte salutaire. Par ailleurs, les actions sont aujourd’hui les actifs risqués les plus attractifs grâce à une politique de versement de dividendes toujours généreuse et une liquidité supérieure. En somme, il n’y a pas besoin d’être « bull » pour vouloir détenir des actions...Pour les investisseurs qui le seraient autant que nous le sommes, nous recommandons la prise d’exposition aux valeurs de croissance, au secteur bancaire européen à titre de prise de risque, au crédit haut-rendement et à la volatilité des devises émergentes.

NOTES

  1. CDS : credit default swap, contrat remboursant, en cas de défaut, à son détenteur la différence entre les fonds recouvrés et le nominal de l’emprunt moyennant versement par le détenteur du contrat d’une prime sur base régulière. Ce type de contrat s’apparente à une assurance. Les primes versées peuvent être appréhendées comme des indicateurs de niveau de risque tels que perçus par les investisseurs.
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