La pandémie, accélérateur de changements pour les États et les entreprises

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par Vincent Hamelink, Directeur des investissements, Membre du comité stratégique et exécutif de Candriam

De rebondissements en rebondissements, l’année 2020 se termine de manière aussi particulière qu’elle avait commencé. Début novembre, en l’espace de quelques jours à peine, deux événements majeurs – la victoire de Joe Biden dans la campagne présidentielle américaine et la découverte de vaccins anti-Covid présentant de très forts taux d’efficacité selon les tests cliniques – ont offert de nouvelles perspectives pour notre monde et notre économie. D’autres changements, plus profonds, sont désormais à l’œuvre, qui impacteront notre Etat et les modèles des entreprises pour les 5 à 10 années à venir.

Du côté des Etats, d’abord, les politiques monétaires menées par les banques centrales – certes nécessaires – montrent chaque jour davantage leurs limites. Le déploiement de nouveaux moyens de support à l’économie devra passer par plus d’activisme fiscal, appelant le grand retour de l’Etat dans l’économie… mais pas seulement. L’Etat est en effet appelé à revenir dans d’autres aspects de l’organisation de nos vies ; pour mieux protéger notre santé, notre sécurité, notre planète, pour soutenir les acteurs porteurs de changements positifs, et gérer ce que d’aucuns qualifient paradoxalement d’un « retour à une nouvelle normalité ».

Le retour des Etats-Unis dans le concert des nations n’empêchera pas un certain mouvement de dé-globalisation. De nombreux pays ont vécu cette crise comme un sérieux rappel à l’ordre quant à la nécessité de disposer de réserves stratégiques, de s’assurer une forme d’indépendance sur les biens et services sanitaires ou de première nécessité.

Pour ce faire, les Etats n’attendront pas la prochaine crise pour se réorganiser. Certaines réponses ou absences de réponses sont aujourd’hui considérées par l’opinion publique comme inacceptables. Un seul mot d’ordre désormais : « anticipation ». Anticipation des prochains enjeux, des prochaines crises, avec de véritables instruments de détection, de suivi et de gestion des grands enjeux nationaux et internationaux.

Le climat occupera désormais le cœur de l’attention. Considéré comme la prochaine grande menace de l’Humanité, il fait l’objet de mesures et d’actions de la part des gouvernements, des législateurs, des banques centrales et des entreprises, aux côtés bien sûr des citoyens.

Le déni n’est plus acceptable, ni accepté, et les mesures prises en la matière sont souvent un critère d’appréciation de la qualité d’une politique, d’une stratégie ou d’un projet.

L’Europe a une carte à jouer en la matière, car elle pourrait asseoir un leadership – déjà reconnu – en matière de protection de l’environnement, de lutte contre le réchauffement climatique et d’économie circulaire tout en remédiant à sa principale faiblesse depuis des décennies : sa dépendance énergétique et en matières premières vis-à-vis de puissances ou de pays dont elle ne partage ni la vision, ni les valeurs.

Enfin, les entreprises aussi ont des leçons à tirer de la pandémie.

La digitalisation, mégatendance identifiée bien avant la crise, passe aujourd’hui la vitesse supérieure. Les entreprises devront s’adapter ou mourir, car le e-working comme le e-shopping sont désormais la norme, et font partie des attentes des clients et des collaborateurs.

La robotisation et l’optimisation des processus constituent un défi de taille pour les entreprises qui veulent rester agiles face à la concurrence. C’est aussi un défi pour les autorités, car cette tendance peut accentuer certaines inégalités ; la Fed a d’ailleurs fait de la lutte contre les inégalités un de ses objectifs majeurs, au cœur de sa stratégie.

La durabilité, tirée notamment par les autorités comme nous le mentionnions plus haut, créera des opportunités pour les entreprises qui sauront s’adapter en la matière, et – mieux encore – pour les sociétés porteuses de solutions climatiques ou environnementales. C’est sans doute une des mégatendances les plus puissantes pour les années à venir.

C’est sur cette note porteuse d’espoir que je vous souhaite une très belle année 2021. Une année de renaissance, de meilleure santé, de qualité de vie et – enfin ! – de « (re)vivre ensemble ».

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