Principales implications de l’élection présidentielle américaine

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par Alexandre Hezez, Stratégiste & Allocataire chez Groupe Richelieu

Ce qui est certain à ce stade c’est qu’avec ses 60 000 voix, Kanye West n'a pas gagné. Il paraît par ailleurs probable que Joe Biden va sur la ligne, emporter la présidence. SportsBet aurait déjà payé ceux qui donnaient Joe Biden gagnant en Asie.

L’autre information quasi certaine en ce qui concerne le congrès est que la Chambre des Représentants restera bleue tandis que le Sénat restera rouge. C’est une information importante pour les marchés qui explique en partie la forte hausse des marchés financiers.

En ce qui concerne le Sénat, l’équilibre y est actuellement à 48 sièges de chaque côté mais dans trois des quatre sièges restants, le candidat républicain dispose d’une avance confortable (y compris dans l’élection « spéciale » de Géorgie dont le résultat ne sera connu que début janvier suite à un 2ème tour). Les démocrates pourraient conserver la Chambre des Représentants compte tenu de l’évolution du dépouillement ces dernières heures, mais la majorité restera faible.

En effet, la vague bleue comportait des risques pour l’ensemble des marchés, qu’ils soient de taux de change ou d’actions. Il est raisonnable dorénavant de penser que les grands changements politiques démocrates devant être portés par ce 'tsunami bleu' annoncé sont à remettre en question. Les marges de manœuvre du futur président, notamment sur le plan budgétaire, seront très limitées du fait du Congrès divisé qui se dessine.

Concernant les marchés obligataires, enterrer le « grand chelem bleu » correspond à la fin des paris « inflationnistes » qui s’étaient renforcés ces dernières semaines dans le sillage de la relance massive anticipée.

Concrètement, cela signifie aussi :

  • Hausses des taxes
  • Green deal
  • Agressivité vis-à-vis des Big Tech & Santé

Cela limitera l’ampleur des accords budgétaires à venir, même si Mitch McConnell, le responsable républicain de l’actuel Sénat (réélu), a confirmé la nécessité de valider ces prochaines semaines, une relance en lien avec la crise sanitaire.

Au niveau des actifs financiers, cela signifie qu’une forte hausse des taux longs qui aurait déstabilisé d‘une part les actifs obligataires et les actions de croissance à duration longue et d’autre part une baisse rapide du dollar qui aurait été négatif pour les pays européens et émergents, n’est plus à l’ordre du jour pour l’instant même si des tendances de fonds existent.

Le secteur de la pharmacie et de la santé était considéré comme l’un des plus menacé du point de vue fiscal et réglementaire par une éventuelle large victoire des démocrates américains.

Les réactions hier étaient assez symptomatiques lorsque le marché « mimait » la victoire de Donald Trump avec un dollar qui se renforçait significativement. Le retour de Biden dans les sondages en fin de journée a permis à l’euro de remonter au niveau de certains niveaux techniques.

Nous conservons une vue négative sur le billet vert compte tenu de fondamentaux que nous avons évoqué à maintes reprises. Cette baisse est tendancielle parce que l'on a, plus aux Etats-Unis qu'ailleurs, une politique à la fois monétaire et budgétaire dans la durée qui historiquement a toujours mené à un affaiblissement de la monnaie. En plus de cela, si Trump a eu tendance à utiliser la monnaie comme une arme presque diplomatique, Biden mettra aussi en place des déficits budgétaires importants s’il est élu. Même s’ils seront moins importants que prévu...

La thématique des « twin deficit » sera sur le devant de la scène en 2021. Bref , un congrès face à un Congrès divisé, un scénario de plus en plus probable.

Quid d’une contestation de Donald Trump ?

C’est potentiellement un risque à court terme mais quel que soit le résultat, nous resterons dans une situation de statu quo soit une situation de division d’un congrès qui n’a été que rarement négative pour le marché comme le montre le graphique ci- dessous.

Performance médiane du S&P 500 la première année du gouvernement fédéral depuis 1928

Source: Bloomberg & Richelieu Gestion

La hausse des marchés actions alors que la probabilité que Joe Biden soit élu, n’est pas de nature à rassurer psychologiquement Donald Trump qui prédisait un effondrement en cas de victoire de son adversaire.

Le graphique ci-dessous montre que le S&P 500 a monté les 2 jours alors que la probabilité de victoire avait changé de camp.

Source: Bloomberg & Richelieu Gestion

Il est à noter que maintenant que les postures électorales sont derrière nous, il s’agira de voir comment les élus réagiront face à l’accélération très rapide des contagions aux Etats-Unis, ce qui devrait accélérer les processus d’entente sur les plans de soutien. Des lockdowns devraient intervenir en cette fin d’année et l’arrivée probable de Joe Biden le 20 janvier pourrait renforcer une position plus dure encore dans le courant 2021.

Nombre de cas quotidien de contamination aux Etats-Unis

Source: Bloomberg & Richelieu Gestion

A noter, la réaction à la possible victoire du candidat du YUAN qui s'est apprécié à son plus haut niveau par rapport au dollar américain depuis juillet 2018, un autre preuve ou du moins autre signe d’une absence ou d’une moindre d’escalade dans la guerre commerciale dans les prochains mois.

Les élections sont venues quelque peu éclipser des chiffres économiques en dégradation.

Aux Etats-Unis, l’enquête mensuelle ADP sur l’emploi privé suggère un ralentissement du marché du travail en octobre et l’indice ISM des services une décélération de l’activité dans les services.

Cela est confirmé par la faiblesse persistante des @GoogleTrends dans les recherches d'emploi qui sont tombées nettement en dessous des prévisions en octobre.

Sources : Google Trends & Richelieu Gestion

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