Quand les Banques centrales inquiètent…

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Les turbulences boursières de ce début février 2018 ont donné lieu à de multiples explications : le retour de l’inflation, de la volatilité, la crainte d’une remontée rapide des taux d’intérêt. Tout ceci est vrai mais les marchés financiers s’inquiètent surtout de la stratégie des banques centrales.
 
Le Dow Jones a perdu 4,6%, le Nasdaq 3,8% et le S&P 500 4,1% lundi 5 février. La volatilité, mesurée par l’indice Vix, était tombée sous la barre de 10 points en début d’année sous la pression d’investisseurs spéculant à la baisse. Le débouclage forcé de ces positions vendeuses a provoqué une petite panique. Depuis ce fameux « indice de la peur » a bondi au-dessus de 50 points avant de redescendre sous les 40 points. 
 
C’est encore loin du plus haut historique de 80,86 points à la clôture du 20 novembre 2008 (89,53 points en séance le 24 octobre 2008) mais les mouvements erratiques des derniers jours témoignent d’une nervosité des acteurs des marchés financiers qui ne devrait pas disparaître de sitôt.
 
Les indicateurs macro-économiques américains seront particulièrement scrutés dans les prochaines semaines notamment pour savoir si les craintes d’un retour de l’inflation, du fait des tensions salariales, sont avérées. Car cela conditionnera la politique de la Réserve fédérale.
 
Le « flash crash » du 5 février a eu lieu le jour de la prise de fonction du nouveau président de la Fed, Jerome Powell. S’il a promis « d’expliquer » ses futures décisions, on ignore dans quelle direction il compte inscrire son action. Les investisseurs ont-ils voulu le tester ?
 
Nommé par le président Donald Trump en remplacement de Janet Yellen -  dont le tort était d’avoir été désignée par Barack Obama -, Jerome Powell suscite des interrogations notamment parce qu’il n’est pas économiste : c’est un juriste diplômé de l’université de Georgetown qui a travaillé dans diverses banques d’investissement avant de devenir, en 2012, membre du conseil des gouverneurs de l’institut monétaire.
 
Sa tâche est immense : comment « normaliser » la politique monétaire après des années de « Quantitative Easing » alors que le cycle actuel d’expansion économique dure depuis 2009, soit le plus long de l’après guerre.
 
Suite à la crise de 2008, les banques centrales ont ouvert le robinet des liquidités et acheté massivement des titres de sorte que leurs bilans ont explosé et représentent 4.500 milliards dollars pour chacune des trois principales (Fed, BCE et Banque du Japon).
 
La Fed a commencé à réduire ses achats et à remonter ses taux directeurs. Ce programme doit se poursuivre cette année. Que se passera-t-il si l’inflation dépasse les objectifs (en moyenne 2%) et si les taux de marché remontent en flèche ? Pour David Lafferty, Global Chief Strategist, et Esty Dwek Roditi, Investment Specialist chez Natixis Investment Managers, “Les marches ne s’inquiètent pas des taux plus élevés en tant que tells. Ils s’inquiètent de taux plus élevés, d’une inflation plus élevée et d’une Fed plus aggressive qui pourrait étouffer la forte expansion économique.”
 
Jean-Marie Mercadal, Directeur Général Délégué en charge des Gestions chez OFI AM, maintient ses cibles inchangées pour les taux d’intérêt (3% pour le 10 ans américain et 0,8% pour le 10 allemand). « A noter, qu’en cas de dérapage fort des taux d’intérêt, nous verrions très probablement les Banques Centrales inverser leur discours en revenant à une tonalité plus accommodante de façon à éviter des mouvements de taux auto-réalisateurs », explique-t-il dans une note.