Quelle devrait être la réaction de la Chine aux politiques de Donald Trump ?

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par Ji Mo, Stratégie et Recherche économique chez Amundi

Le détail des politiques de D. Trump concernant la Chine reste incertain. Les marchés et les autorités chinoises ne devraient pas sous-estimer les mesures potentielles de l’administration Trump. Ainsi, il est primordial de préparer des réponses adéquates, pour le pays lui-même, pour ses relations avec les États- Unis et pour l’économie mondiale.

60 jours après la nomination de D. Trump, le marché continue à penser que les politiques de D. Trump vis-à-vis de la Chine auront un impact plus fort sur les États-Unis que sur la Chine : 1) l’administration Trump a déjà renoncé à entamer une relation « duale » avec la Chine (et af rmé son soutien à la « politique d’une seule Chine »), puisque cela n’est pas négociable avec les autorités chinoises ; 2) pour l’heure, l’administration Trump n’accuse la Chine de manipuler sa devise et le yuan s’apprécie ; 3) elle n’a pas non plus imposé les tarifs douaniers de 45 % sur les biens exportés par la Chine vers les États-Unis, et le marché anticipe en la matière une faible probabilité, à l’image de la majorité du gouvernement chinois. Les intervenants de marché sont-ils encore en train de se tromper, en particulier sur le 3e point abordé dans ce document, à savoir les négociations commerciales bilatérales ? Ce qui est sûr, c’est que le marché n’a pas vraiment ré échi au sujet, ce qui pourrait créer des risques futurs.

Selon nous, la Chine devrait se préparer de manière proactive aux politiques potentielles de D. Trump. Voici nos suggestions.

La Chine doit montrer l’exemple

L’administration Trump veut imposer des relations commerciales bilatérales et non plus multilatérales, alors qu’il est généralement reconnu que ces dernières génèrent des jeux à somme positive, contrairement aux relations bilatérales. Pour les relations commerciales bilatérales entre la Chine et les États-Unis, la Chine devra faire preuve de vertu morale, même si ce n’est pas le cas de l’administration Trump.

Le marché et le gouvernement chinois doivent prendre conscience que la mondialisation n’explique qu’en partie les pertes d’emplois aux États-Unis. Ces dernières sont dues à l’intensité du capital qui sous-tend les exportations américaines vers la Chine par opposition à l’intensité de main-d’œuvre nécessaire aux importations américaines. Les pertes d’emplois ne devraient pas être la priorité des négociations commerciales, ni pour l’administration Trump ni pour l’ensemble des pays. Il devrait plutôt s’agir des béné ces pour la population. Les consommateurs américains béné cient largement des relations commerciales entre les deux pays, avec des biens de consommation à faibles coûts.

Même si aucune institution internationale n’est parfaite, l’OMC s’efforce de mettre tous les pays sur un pied d’égalité. Les règles de droit établies par l’OMC doivent être respectées et la Chine devrait assumer un rôle moteur en la matière. L’administration Trump ne peut en aucun cas réécrire ces nouvelles règles.

La Chine doit se fixer une stratégie pertinente en matière de négociation

Les autorités chinoises doivent s’efforcer de comprendre la vraie nature de l’administration Trump et surtout de Donald Trump lui-même. Par exemple, quel est leur degré de rationalité et combien de temps vont-ils respecter leurs engagements? À chaque négociation, le mieux à faire pour la Chine serait de s’accorder du temps. Lorsque la Chine ré échit à sa manière de répondre, elle doit tenir compte du risque de volte-face de D. Trump. De fait, la Chine ne doit pas s’impliquer excessivement dans les négociations, sinon elle en sortira perdante et en pâtira sur le long terme.

La Chine doit se préparer au scénario du pire sur le front des négociations commerciales

Selon le consensus, les États-Unis ne devraient pas imposer à court terme une taxe de 45 % sur les produits chinois, et pourraient même ne jamais le faire. L’administration Trump insiste toutefois sur sa fermeté en matière de négociation. Selon les marchés et le gouvernement chinois, l’administration Trump pourrait commencer par imposer une taxe douanière anti-dumping aux divers secteurs d’activité chinois. Depuis peu, l’administration Trump parle en revanche, de plus en plus du secteur automobile chinois, alors que les exportations de voitures de la Chine vers les États-Unis sont insigni antes. Le gouvernement américain a choisi le mauvais secteur et il ne gagnera rien dans cette négociation.

Toutefois, ils se montreront assez durs sur les négociations liées aux secteurs en surcapacité, comme l’acier chinois. La meilleure façon dont la Chine pourrait gérer cette situation est de solliciter l’OMC. La Chine prendrait alors les rênes du sujet en respectant la primauté du droit, alors que l’OMC met généralement 3 à 5 ans pour traiter ce genre de cas. À notre avis, c’est la meilleure manière de traiter avec l’administration Trump, qui souhaite des résultats rapides.

La Chine pourrait imposer une taxe à l’exportation et non lever une taxe à l’importation comme les États-Unis

Il est selon nous très peu probable que le Congrès américain vote en faveur d’une taxe à l’importation (border adjustment tax). Toutefois, tous les pays, y compris la Chine, doivent préparer leur réponse. Selon nous, la meilleure stratégie pour la Chine serait de lever une taxe sur les exportations, ce qui lui permettrait de collecter la taxe lorsque les biens et les services exportés passent la frontière chinoise, et non de laisser les revenus pro ter aux États-Unis via le projet de taxe à l’importation de D. Trump.

La Chine doit faire preuve de bienveillance vis-à-vis de l’administration Trump sur ce qui a déjà été fait

Il faut bien cerner la nature de l’administration Trump, qui a à cœur de parvenir à des résultats malgré ses nombreux échecs depuis son entrée en fonction il y a une soixantaine de jours. La prochaine réunion entre les présidents Xi Jinping et D. Trump en avril sera l’occasion pour la Chine de rassurer l’administration américaine.

Selon nous, le geste le plus pragmatique que la Chine peut faire serait de continuer à ne pas manipuler sa devise. C’est d’ailleurs une tendance réelle puisque les autorités chinoises ont stabilisé leur devise, qui s’est même appréciée face à un dollar en repli. La Chine peut aussi fournir des emplois supplémentaires à la reprise économique américaine, en nançant et menant à bien des projets de construction, si les États-Unis acceptent qu’elle y participe.

Conclusion

Selon nous, en réponse aux politiques de D. Trump: 1. La Chine devrait montrer l’exemple; 2. La Chine devrait définir une stratégie pertinente en matière de négociation de façon mesurée et en tenant compte d’un risque de changement brutal dans les politiques américaines; 3. La Chine devrait se préparer au scénario du pire sur le front des négociations commerciales et l’OMC est l’interlocuteur idéal ; 4. La Chine pourrait imposer une taxe à l’exportation pour collecter les revenus correspondants, et non lever une taxe sur les importations, comme l’envisagent (l’envisageaient?) les États-Unis. 5. La Chine devrait faire preuve de bienveillance à l’égard de l’administration Trump sur ce qui a déjà été fait, en s’engageant à ne pas manipuler sa devise et en contribuant aux créations d’emplois.

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