La BoJ s’affiche hawkish mais la pause pourrait se prolonger…

par Jean-Thomas Heissat, Stratégiste chez CPR AM

Comme attendu, la BoJ a prolongé la pause et laissé son taux directeur inchangé à 0.75%. Votée à 8 contre 1, la décision a été quasi-unanime et l’on n’observe pas davantage de dissension entre les membres que lors du précédent comité. Seul Hajime Takata, certainement le membre le plus hawkish, a de nouveau plaidé pour une hausse de taux. 

Le contexte géopolitique plaide en faveur d’un prolongement de la pause, et la banque centrale a souligné le niveau d’incertitude élevé lié aux évènements récents au Moyen-Orient. Kazuo Ueda a appuyé sur ce point en conférence de presse, en notant que la situation restait instable et susceptible d’évoluer au jour le jour (« developments are changing daily »). L’impact du confit reste difficile à appréhender à ce stade, et le gouverneur a laissé entendre que l’inflation sous-jacente pourrait fluctuer à la hausse comme à la baisse. 

La banque centrale cherche toujours à ancrer les anticipations, et la tonalité reste globalement hawkish. Le gouverneur a notamment déclaré que les membres du board semblaient à ce stade, plus préoccupés par les risques sur l’inflation que sur la croissance (« more members who were more mindful of upside price risk than downside risks to growth »). Ueda a d’ailleurs de nouveau mis en avant l’impact plus important de la devise sur l’évolution des prix et le fait que les entreprises avaient plus tendance à répercuter les hausses de coûts par rapport à la situation lors de l’invasion de l’Ukraine. Il a également souligné l’amélioration conjoncturelle qui prévalait en amont du conflit iranien, portée notamment par le nouveau gouvernement, et qu’un choc transitoire ne remettrait donc pas en question le processus de normalisation de la politique monétaire. 

Ueda a surtout tenté de laisser la porte ouverte pour le CPM d’avril, en déclarant que les révisions économiques réalisées à cette occasion seraient parmi les déterminants du calendrier de la banque centrale. Si la BoJ disposera alors de davantage d’éléments concernant l’économie japonaise, et notamment les premiers résultats du Shunto, il se pourrait néanmoins que la visibilité reste faible concernant la nature transitoire ou non du choc actuel. La pause de la BoJ pourrait être plus longue que prévue, et continuer de peser sur le yen.