par Jean-François Becu, Head of Private Equity chez Degroof Petercam Bank et Nicholas Greenwood, Investor Relations Private Equity au sein de CFM Indosuez
L’infrastructure englobe les réseaux électriques, les lignes ferroviaires, les systèmes d’approvisionnement en eau, les antennes relais et les centres de données qui assurent le bon fonctionnement de notre quotidien et permettent à nos sociétés de prospérer. L’infrastructure privée met en lumière ces structures physiques, installations et systèmes essentiels.
Les fondations de l’économie réelle
Les marchés privés sont devenus une composante importante de l’investissement mondial. Contrairement aux marchés publics, ils impliquent des investissements réalisés en dehors des marchés boursiers et couvrent des domaines tels que le capital-investissement, le crédit privé, l’immobilier et les infrastructures. Les marchés privés offrent aux investisseurs un accès à des actifs généralement inaccessibles via les canaux publics traditionnels, leur permettant de diversifier leur portefeuille, de générer des rendements à long terme et d’obtenir une exposition directe à l’économie réelle.
Au sein de ce vaste univers, les infrastructures se sont imposées comme un segment significatif et de plus en plus reconnu. Les infrastructures privées ont une présence tangible dans notre vie quotidienne. Elles englobent les systèmes et structures qui permettent aux sociétés de fonctionner et de se développer. Les routes, ponts, réseaux électriques, câbles à haut débit, ports, stations de traitement des eaux, hôpitaux et écoles entrent tous dans cette catégorie. Ces actifs soutiennent l’activité économique et sociale, ainsi que le cadre opérationnel des économies modernes à travers le monde.
Historiquement, les gouvernements étaient les principaux investisseurs en infrastructures. À mesure que les besoins se sont accrus à la fin du XXe siècle et que les budgets publics se sont resserrés, les gouvernements ont commencé à collaborer davantage avec les investisseurs privés. Cela a conduit à l’essor des partenariats public-privé, puis à la création de fonds dédiés, appelés fonds d’infrastructure. Beaucoup de ces fonds opèrent sur les marchés privés, offrant aux investisseurs un accès à des projets de long terme avec des profils de rendement définis par une demande sous-jacente stable.
Pour les investisseurs privés, les infrastructures offrent une exposition différente de celle des actions ou des obligations cotées. Elles donnent accès à des services essentiels dotés de caractéristiques économiques distinctes. Ces spécificités ont contribué à renforcer leur attrait auprès des institutions et, de plus en plus, auprès des investisseurs privés en quête de diversification.
La structure du marché des infrastructures
Les investissements dans les infrastructures couvrent un large éventail de secteurs. Certains domaines attirent davantage de capitaux privés que d’autres, en fonction de leur taille, de leur maturité et de leurs cadres réglementaires.
- L’énergie représente environ 30 à 40 % des investissements privés en infrastructures. Cela inclut les projets d’énergies renouvelables, les réseaux électriques et les systèmes de stockage. Au cours de la dernière décennie, la transition vers des sources d’énergie plus propres a fortement dynamisé ce secteur.
- Les transports représentent environ 20 à 30 %, incluant les routes, les aéroports, les chemins de fer et autres actifs facilitant la mobilité des personnes et des marchandises.
- Les services publics représentent environ 15 à 25 %, couvrant les systèmes d’eau, la gestion des déchets et la distribution d’énergie.
- Les infrastructures numériques représentent environ 10 à 20 %, en raison de la dépendance croissante aux centres de données, aux réseaux de fibre optique et aux installations liées au cloud.
- Les infrastructures sociales comptent pour environ 5 à 10 %, incluant les écoles, les hôpitaux et les infrastructures communautaires.
Bien que ces secteurs diffèrent opérationnellement, ils partagent plusieurs caractéristiques fondamentales qui distinguent les infrastructures au sein des marchés privés.
Piliers de la croissance
Les actifs d’infrastructure fournissent des services essentiels dont les individus et les entreprises dépendent quotidiennement. La demande en électricité, eau potable, liaisons de transport et connectivité Internet ne disparaît pas en période de ralentissement économique. Cette demande constante confère une certaine résilience, précieuse en période d’incertitude financière.
Ces actifs sont conçus pour rester opérationnels pendant de longues périodes. Nombre d’entre eux fonctionnent pendant plusieurs décennies, voire davantage. Cela offre aux investisseurs une visibilité et une planification à long terme.
La demande pour les services d’infrastructure reste généralement stable, même en cas de fluctuations économiques. Cette demande inélastique reflète le fait que les ménages et les entreprises ne peuvent pas facilement réduire leur consommation de services de base tels que l’énergie ou l’eau. Cette stabilité se traduit par des revenus prévisibles pour les opérateurs.
Les projets d’infrastructure présentent d’importantes barrières à l’entrée. Ils nécessitent des engagements financiers importants, une expertise spécialisée et diverses autorisations réglementaires. Ces facteurs limitent le nombre d’opérateurs potentiels. Dans certains cas, un opérateur unique peut occuper une position dominante, car dupliquer l’actif serait inefficace ou impossible. De telles structures de marché peuvent favoriser la stabilité opérationnelle et des performances financières constantes.
En plus de ces caractéristiques défensives, les infrastructures privées contribuent à des objectifs de portefeuille plus larges. Les flux de trésorerie liés aux infrastructures tendent à être prévisibles et stables, souvent régis par des contrats à long terme. Ces contrats peuvent être indexés sur l’inflation ou soumis à des tarifs réglementés, offrant ainsi une transparence et une meilleure visibilité des rendements attendus. De nombreux actifs peuvent également gagner en valeur au fil du temps grâce à des améliorations opérationnelles, une augmentation de la demande ou leur rareté. Cela introduit une composante d’appréciation du capital qui complète le profil de revenu.
La corrélation avec les actions et obligations est généralement faible, ce qui améliore la diversification et contribue à réduire la volatilité globale du portefeuille. En outre, les infrastructures privées sont moins sensibles aux risques systémiques et, par extension, aux effets de contagion de marché qui affectent les marchés publics. L’exposition à des actifs physiques réels donne également aux investisseurs une perception plus concrète de leurs investissements, comparée aux instruments purement financiers.
Enfin, de nombreux projets d’infrastructure répondent à des priorités environnementales et sociales. Les plateformes de transition énergétique, les réseaux de mobilité propre, les infrastructures hydrauliques et les initiatives d’inclusion numérique en sont des exemples courants. Ces projets permettent aux investisseurs d’aligner leurs allocations sur des objectifs ESG tout en contribuant à la résilience économique à long terme.
Consolider le cas d’investissement
Pour les investisseurs privés, les infrastructures représentent une opportunité de diversifier leurs portefeuilles avec des actifs qui se comportent différemment des actions cotées ou des obligations traditionnelles. Leur orientation à long terme peut séduire ceux qui recherchent la stabilité et un profil de rendement plus régulier. La nature essentielle des services concernés peut réduire la sensibilité aux mouvements de marché à court terme. De plus, les infrastructures jouent un rôle clé dans les priorités économiques et sociales. La transition énergétique, le développement des réseaux numériques et les améliorations des transports et des services publics nécessitent des investissements à long terme. Le capital privé contribue à combler les déficits de financement et soutient des projets bénéfiques pour les communautés et les entreprises.
