par Benjamin Melman, Global Chief Investment Officer, Asset Management, chez Edmond de Rothschild AM
Depuis le début de l’année, le thème du broadening s’impose sur le marché américain. Les performances des « 7 magnifiques » sont inférieures à celles du S&P500, lesquelles sont nettement inférieures à celles de l’indice de Small Caps Russell 2000. Il s’agit d’un profond retournement par rapport à la hiérarchie des performances enregistrées ces derniers trimestres.
Il est vrai que le cycle boursier de l’IA a gagné récemment en maturité et n’est plus univoque. Les annonces de plans d’investissement en 2026 largement supérieurs aux attentes d’Alphabet et d’Amazon ont été sanctionnées en bourse – c’est une première – et n’ont pas eu l’effet de traction sur les titres censés en bénéficier. Les free cash flows de nombreux hyperscalers devraient être négatifs cette année, les obligeant à recourir à la dette ou à des émissions d’actions pour financer leurs investissements – là encore, une première. Ces entreprises, jusque-là perçues comme « asset light » et donc favorisées en bourse, le sont de moins en moins, et le marché commence désormais à s’interroger sur la rentabilité de ces investissements toujours plus massifs.
Toutefois, s’il y a une thématique qui ne varie pas depuis des mois, c’est bien la recherche des « victimes de l’IA ». Les entreprises de logiciels ont récemment violemment décroché en bourse, perdant près de 20 % en quelques semaines, sans réelle discrimination, sur la base de l’idée que les clients pourront demain s’adresser directement à l’IA pour développer les logiciels dont ils ont besoin. Ce mouvement occulte pourtant la diversité des modèles au sein du
secteur, entre logiciels à intégration horizontale et verticale, dont la sensibilité à l’IA diffère fortement. Il fait également abstraction du paradoxe de Jevons : en principe, l’amélioration de l’efficacité des logiciels et la baisse des coûts liées à l’IA devraient conduire à une augmentation – et non à une contraction – de la demande de logiciels. S’il n’est pas choquant que le marché exagère du fait de l’incertitude engendrée par l’évolution à redéfinir des business models des entreprises de logiciels à cause de l’IA, sa réaction nous semble très excessive.
L’annonce de la nomination (qui reste à confirmer par le Congrès) de Kevin Warsh à la tête de la Fed ne constitue pas une révolution, même si l’or et les métaux ont très mal réagi à la nouvelle. Kevin Warsh est en effet partisan d’un bilan de la Fed réduit au strict minimum. Toutefois, pour aller plus loin dans cette direction, il faudrait un cadre réglementaire différent pour les banques commerciales ; cet objectif n’est donc envisageable qu’à long terme. En revanche, sa conviction que les gains de productivité générés par l’IA permettront de réduire l’inflation, ouvrant la voie à une politique monétaire plus laxiste, reste toujours d’actualité. À la marge, la nomination de M. Warsh apparaît donc plutôt favorable aux marchés obligataires, aux actions et, probablement, à l’or.
Dans ce contexte, nous relevons nos expositions aux actions émergentes. Après des années de sous-performance, elles semblent bien placées pour bénéficier à la fois de la repondération vers d’autres zones que les États-Unis, alors que le cycle de l’IA arrive à maturité, de la recherche de nouvelles valeurs liées à l’IA (notamment en Chine), des perspectives de baisse des taux de la Fed et de la hausse des prix des métaux (en Amérique latine).
Au Japon, la victoire écrasante du LDP aux élections législatives anticipées donne les pleins pouvoirs à la Première ministre Sanae Takaichi pour mener une politique reflationniste, ce qui nous conduit à maintenir notre surpondération sur les actions japonaises.
Nous continuons ainsi à privilégier la thématique du broadening, considérant que le thème de l’IA est surjoué du côté des producteurs, mais encore insuffisamment valorisé du côté des utilisateurs.
Sur les marchés obligataires, nous privilégions les obligations financières et les hybrides d’entreprise (qui relèvent d’un univers d’émetteurs essentiellement investment grade), ainsi que les obligations émergentes. Les spreads restent faibles, mais les obligations du secteur privé nous paraissent moins exposées à la dérive des déficits publics. Nous privilégions par ailleurs les maturités courtes et intermédiaires, plus sensibles à la politique monétaire qu’à la politique fiscale.
