OpenAI : quand le leadership vacille, c’est tout l’écosystème de l’IA qui tangue

par Abdoullah Sardi, Gérant du fonds Amplegest Digital Leaders

Alors que le marché s’interroge sur l’existence d’une bulle de l’intelligence artificielle, un bouleversement stratégique majeur est en train de redistribuer les cartes du secteur. OpenAI, longtemps considéré comme le leader incontesté, voit son avance technologique s’éroder face à deux concurrents de poids : Alphabet et Anthropic. Un basculement qui pourrait redéfinir non seulement le marché des grands modèles de langage (LLM), mais également celui des semi-conducteurs.

Gemini 3 : la riposte technologique d’Alphabet

La dernière version de Gemini 3 d’Alphabet a marqué les esprits en démontrant une performance et une précision nettement supérieures au dernier modèle d’OpenAI. Sur les benchmarks de référence, Gemini 3 Pro a établi un score historique de 1501 sur LMArena, devenant le premier modèle à franchir la barre des 1500, surpassant ainsi GPT-5.1. Sur l’ARC-AGI-2, un test de raisonnement visuel abstrait considéré comme un proxy de l’intelligence générale, Gemini 3 Pro atteint 31,1% en mode normal et 45,1% en mode Deep Think, contre seulement 17,6% pour GPT-5.1 – soit une performance presque deux fois supérieure. Cette percée technique relance la course aux modèles frontières et dissipe les doutes récents sur la capacité de ces systèmes à continuer de progresser.

La dynamique commerciale de Gemini témoigne de ce succès technique avec des chiffres impressionnants. L’application Gemini compte désormais 650 millions d’utilisateurs actifs mensuels, contre 450 millions au trimestre précédent, soit une croissance de 44% en trois mois. Plus révélateur encore, Alphabet traite désormais plus de 1,3 quadrillion de tokens par mois – une multiplication par 20 en un an seulement. Les modèles Gemini traitent à eux seuls 7 milliards de tokens par minute via l’API. Ces indicateurs traduisent une adoption réelle et une monétisation en cours qui contrastent avec les interrogations persistantes sur la rentabilité du secteur.

Un mémo interne révélateur chez OpenAI

La situation serait-elle plus préoccupante qu’il n’y paraît pour OpenAI ? Selon un mémo interne qui aurait fuité, Sam Altman aurait demandé à ses équipes de se préparer à une période difficile, le temps de combler leur retard face à la dynamique d’innovation solide d’Alphabet. Un aveu indirect qui en dit long sur la pression ressentie en interne.

Cette prouesse technique, d’ailleurs saluée publiquement par Sam Altman lui-même sur Twitter, redessine également le paysage des semi-conducteurs. Le meilleur modèle frontière actuel a été entraîné sur des TPU basés sur une conception Broadcom, et non sur les GPU dominants de Nvidia. Cette démonstration établit un cas d’usage concret remettant en question l’hégémonie, ou à tout le moins les parts de marché, du géant californien dans l’entraînement de modèles d’IA.

Les marchés réagissent rapidement

Les investisseurs ont rapidement intégré ces développements. Les cours d’Alphabet, Broadcom et Micron, tous trois contributeurs au succès de Gemini, ont fortement réagi. À l’inverse, Nvidia stagne malgré des résultats trimestriels supérieurs aux attentes et des prévisions bénéficiaires révisées à la hausse. Le marché semble anticiper un début de diversification technologique.

Anthropic enfonce le clou

Hier soir, Anthropic a lancé son nouveau modèle Opus 4.5, qui reprend de justesse le leadership à Gemini 3 Pro. OpenAI se retrouve ainsi relégué à la troisième place des modèles frontières, une position inédite pour l’entreprise. Le fait qu’Anthropic souhaite développer ses propres puces ASIC en partenariat avec Broadcom cristallise davantage ce début de dilution de la part de marché de Nvidia.

Le paradoxe des engagements massifs d’OpenAI

Le retard d’OpenAI est d’autant plus problématique que l’entreprise s’est massivement engagée ces derniers mois en termes de déploiement d’infrastructures : 35 GW annoncés avec Broadcom, Nvidia, AMD, SK Hynix, un carnet de commandes de 350 milliards de dollars avec Oracle… Une question cruciale émerge : comment financer tout cela si le leadership technologique s’effrite ?

L’échec ou même un simple ralentissement d’OpenAI ne serait pas sans conséquence. Il entraînerait dans son sillage une partie significative des acteurs qui, aujourd’hui, sont déjà questionnés en raison des problématiques de financement liées à OpenAI.

Et si la bulle de l’IA n’était que la bulle OpenAI ?

Une hypothèse commence à circuler : et si OpenAI, conscient de perdre son avance, avait pris des engagements massifs de capacité de calcul dans le but d’enrayer les avancées de ses concurrents en s’accaparant l’essentiel des ressources disponibles ? Une stratégie qui pourrait s’apparenter à une fuite en avant.

Il apparaît aujourd’hui difficilement concevable que le premier acteur du secteur puisse perdre son leadership sans conséquences systémiques. Un tel scénario ferait voler en éclats l’essentiel des engagements annoncés ces derniers mois, et avec eux, une partie substantielle des valorisations boursières actuelles du secteur de l’intelligence artificielle.

Le marché observe désormais avec attention la capacité d’OpenAI à rebondir technologiquement. Dans cette course aux modèles frontières, chaque trimestre compte, et le prochain cycle d’innovation déterminera si nous assistons à un simple rééquilibrage concurrentiel ou au début d’une reconfiguration profonde de l’écosystème de l’IA.