par Johann Plé, AXA IM Senior Portfolio Manager chez BNP Paribas Asset Management
- Les obligations vertes, sociales et durables (Green, Social, Sustainable – GSS) entrent dans une nouvelle phase plus mature qui pourrait résulter en des émissions plus stables pour 2026, les records d’émissions étant probablement derrière nous.
- Les obligations vertes devraient rester le principal moteur de la croissance des émissions, toujours dominées par les émetteurs européens et, plus largement, par les émissions en euros, tandis que les normes européennes devraient continuer à améliorer la transparence ainsi que la crédibilité de ces obligations.
- En 2026, la proportion d’obligations vertes arrivant à échéance devrait croître de 30 % par rapport à 2025, pour atteindre environ 170 milliards de dollars1. Ces remboursements devraient provenir principalement d’émissions bancaires et quasi-souveraines, contribuant ainsi à soutenir le marché à l’avenir. Toutefois, rien ne garantit que ces montants arrivant à échéances soient tous refinancés via de nouvelles obligations vertes.
- L’année 2026 pourrait voir un recentrage progressif du marché des obligations vertes sur ses émetteurs historiques, naturellement mieux alignés et disposant d’une part plus importante d’actifs éligibles et facilement mobilisables, reflet des segments de marché qui concentrent le plus d’investissements et de besoins de refinancement. D’autres émetteurs pourraient choisir de se retirer du marché.
- Les investissements massifs devraient se poursuivre dans les énergies renouvelables, les réseaux électriques, ainsi que les bâtiments verts. Bien que des thèmes comme l’adaptation au changement climatique et l’eau (obligations bleues) montrent des tendances émergentes susceptibles de susciter davantage d’intérêt, les allocations devraient toutefois croître lentement à court terme, en partie en raison de facteurs structurels.
- Les obligations durables devraient continuer à croître et bénéficier d’une préférence de la part des émetteurs non européens, en particulier dans la région APAC où les taxonomies durables pourraient offrir un soutien supplémentaire, tandis que le marché des obligations sociales devrait rester concentré sur les mêmes secteurs et émetteurs, avec des émissions probablement à nouveau modérées.
- Les discussions autour de l’éligibilité des projets, notamment concernant les investissements dans l’énergie nucléaire, devraient se poursuivre et pourraient influencer l’évolution du marché.
Contexte du marché en 2025
2025 s’est avérée résiliente pour le marché des obligations vertes, sociales et durables :
- Forte impulsion des normes : l’introduction de la norme européenne des obligations vertes a permis d’améliorer leur transparence et leur crédibilité, représentant 5 % des émissions totales d’obligations vertes en 2025, incluant à la fois des émissions d’entreprises et une obligation souveraine danoise.
- Les émetteurs d’obligations vertes décarbonent plus rapidement : les études2 confirment que les émetteurs d’obligation vertes décarbonent plus vite attirant ainsi les investisseurs vers cette classe d’actifs.
- Le marché a atteint un rythme soutenu en termes de volumes annuels d’émissions : le total des émissions GSS s’élevait à 726 milliards de dollars, frôlant le record de 2024, avec 84 nouveaux émetteurs, illustrant un marché plus mature.
- Les obligations vertes comme instrument de prédilection : les obligations vertes sont restées le principal moteur de la croissance des GSS (environ 61 % du total des émissions de GSS) et la principale source de nouveaux émetteurs (près de 4 émetteurs sur 5 sur le marché ont adopté un label vert).
- Des obligations durables dynamiques : la croissance s’est maintenue avec 203 milliards de dollars émis, au-delà du record d’émissions de 2024 grâce à une forte contribution des émissions en dollar représentant près de 50% du volume d’émission total. Cela rend ce label particulièrement complémentaire aux obligations vertes en tant que source de diversification hors euro alors même que le marché des obligation vertes a vu la contribution des émissions en euro augmenter en 2025 à 71 %.
- La fidélité des émetteurs de crédit : en termes de classes d’actifs, les émetteurs corporate ont représenté une part encore plus importante des émissions d’obligations vertes en 2025, passant de 51 % à 55 % du total des émissions, ce qui montre que les émetteurs historiques ont tendances à revenir sur le marché et à construire une courbe.
- Le Greenium a presque disparu, restant autour de 0 point de base depuis plus d’un an.
Malgré une tendance positive, 2025 a aussi connu des difficultés importantes :
- Disparation des émetteurs américains : les émissions aux Etats-Unis ont décliné de 40 % comparées à 2024, représentant seulement 2,5 % du total des émissions d’obligations GSS, représentant une opportunité de croissance manquée pour le marché des obligations GSS.
- Les émissions non-européennes ont peiné à décoller : la contribution des émissions vertes dans la région APAC est passée de 13 % en 2024 à 11 %, tandis que la part des marchés émergents a légèrement augmenté de 6 % en 2024 à 9 % en 2025.
- La progression des obligations sociales est restée limitée : alors que le marché atteignait 560 milliards de dollars à la fin de 2025, représentant près de 20 % de l’univers des obligations GSS, elles peinent à prendre de l’élan ces dernières années, avec un déclin des émissions de 20 % l’année dernière par rapport à 2024.
- Ralentissement des émissions souveraines : la baisse des émissions d’obligations vertes souveraines en 2025 est presque entièrement responsable du fait que le record d’émissions de 2024 n’ait pas été atteint.
- L’absence de Greenium est une bonne nouvelle pour les investisseurs, mais peut soulever des questions chez certains émetteurs quant à l’intérêt pour eux de continuer de recourir à cet instrument. Il est probable que cela élimine naturellement des émetteurs autrefois opportunistes.
NOTES
1Source : BNP PAM Europe, Bloomberg (hors CNY, hors CCC, hors encours inférieurs à 300 millions de dollars) au 31/12/2025.
2Source : https://www.bis.org/publ/qtrpdf/r_qt2503d.htm / https://www.lseg.com/content/dam/lseg/en_us/documents/sustainability/lseg-decarbonisation-portfolio-benchmarks-report-2025.pdf
