par Marie-Pierre Ripert, économiste chez Natixis
Cinq ans après le début de la crise grecque et trois ans après le fameux « whatever it takes » de Mario Draghi visant à mettre fin à la crise des dettes souveraines, les perspectives économiques de la zone euro s’améliorent significativement. La zone euro bénéficie de la conjonction de plusieurs facteurs favorables, la baisse du prix du pétrole et l’assouplissement du policy-mix.
D’une part, les politiques budgétaires deviennent un peu moins restrictives et d’autre part la BCE a lancé un vaste programme de politique quantitative provoquant une dépréciation de l’euro et une baisse des taux d’intérêt. Vont également s’ajouter à partir de fin 2015 les effets positifs de la mise en place du plan d’investissement Juncker. En conséquence, la demande des ménages est repartie et on voit les premiers signes de reprise de l’investissement. Au premier trimestre 2015, la croissance de la zone euro a accéléré (0,4% T/T). Les économistes ont revu leurs projections pour 2015 et 2016 à la hausse. Par ailleurs, après un bref passage en territoire négatif, l’inflation est redevenue positive et les crédits aux agents privés ont progressé. Avec le redémarrage de la demande, le risque de déflation s’atténue quelque peu (cf Zone euro : le risque de déflation a-t-il disparu ?).
Au-delà de cette embellie conjoncturelle, la situation structurelle des pays de la zone euro s’est également améliorée ces dernières années, les pays périphériques procédant à un certain nombre d’ajustements macroéconomiques. Contraints par la crise des dettes souveraines, les pays périphériques ont fait des efforts importants pour rétablir leurs comptes publics et courants. Ils ont également mené des politiques visant à restaurer leur compétitivité via un ralentissement des coûts salariaux unitaires. La plupart d’entre eux enregistre désormais une balance courante excédentaire. Toutefois, cette amélioration des comptes courants a été obtenue en grande partie par un recul de la demande et dans une moindre mesure par une amélioration de la compétitivité. Après leur forte baisse lors de la dernière décennie, les parts de marché ont été stabilisées ces dernières années. Il persiste cependant d’importantes hétérogénéités en fonction des pays avec notamment une amélioration de la compétitivité en Espagne.
Les finances publiques restent une source de divergence entre les pays. Des efforts ont été faits ces dernières années mais des ajustements restent à accomplir. Alors que l’Allemagne enregistre un excédent public, les autres pays ont des difficultés à réduire davantage leur déficit et les taux d’endettement publics continuent de progresser en France, en Italie et en Espagne. A court terme, les pays vont bénéficier du retour de la croissance ce qui va leur permettre d’afficher une réduction de leur déficit public principalement grâce au solde conjoncturel. De plus, ils vont également profiter de la faiblesse des taux d’intérêt qui réduit significativement la charge de leur dette et rend leur endettement plus soutenable. Les pays se financent désormais à des taux d’intérêt très bas.
Pourtant il persiste de nombreuses interrogations sur le futur de la zone euro et plusieurs risques pèsent sur les perspectives à moyen terme.
La reprise du cycle d’investissement est encore incertaine. Certes, la plupart des indicateurs suggèrent une accélération des investissements : redémarrage de la demande anticipée, amélioration de la situation financière des entreprises, taux d’utilisation des capacités proches de leur moyenne de long terme, assouplissement des conditions de crédit. Mais, elle nécessitera une amélioration de la confiance des entreprises.
L’affaiblissement de la croissance potentielle dans les pays de la zone euro est une problématique très importante car elle soulève celle de la persistance d’un taux de chômage élevé et en corollaire des conséquences sociales et politiques potentiellement négatives. Cette faiblesse de la croissance potentielle rend également le désendettement compliqué. A court terme, la BCE permet aux Etats de se financer très peu cher mais la solvabilité de certains états à moyen terme reste posée.
D’un point de vue politique, la gestion de la crise grecque et le potentiel risque de sortie de la Grèce montrent à quel point la zone euro reste fragile (cf GREXIT : le pari perdant – perdant). Par ailleurs, Si l’union bancaire constitue l’avancée institutionnelle la plus marquante de ces dernières années, les autres chantiers vers davantage de fédéralisme n’ont guère avancé.