Le principe d’incertitude

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par Lorenzo Ballester, Directeur Général CCR Asset Management

L’une des grandes avancées de la physique moderne a été la découverte par Heisenberg en 1927 du principe d’incertitude selon lequel on ne peut pas connaître simultanément la position d’une particule et sa vitesse. Ce principe d’incertitude ou principe d’indétermination sur lequel se fonde la physique quantique a été la clé du développement de la physique nucléaire, puis des semi-conducteurs si importants aujourd’hui dans nos ordinateurs, télévisions...

Pourquoi cet intérêt pour la physique quantique dans une lettre de gestion ? Parce que je souhaite attirer votre attention sur le fait qu’un principe qui accepte une certaine «ignorance», a constitué l’une des plus grandes avancées de la technologie et a été à l’origine d’une grande partie de la croissance mondiale récente.

La physique classique de Newton affirme qu’une particule est déterminée si nous connaissons sa position et sa quantité de mouvement (sa masse et sa vitesse). La physique quantique d’Heisenberg part du principe que les valeurs physiques telles que la position et la vitesse ne sont pas déterminées tant qu’elles ne sont pas mesurées. Seule la distribution STATISTIQUE de ces valeurs pourrait être déterminée. Pour simplifier, nous pourrions dire qu’un objet quantique est une onde qui se propage dans le temps (imaginons que l’objet est dans plusieurs lieux en même temps). Ce principe est fondé sur une idée fondamentale à mon sens : il s’agit de la notion d’OBSERVABLE. Nous ne pouvons plus observer une particule précise et tout se mesure en termes de PROBABILITE.

Les mêmes concepts se retrouvent dans le domaine de la finance. Il existe tout d’abord un premier principe selon lequel le prix d’une chose ne donne pas une information suffisante. Dans le prolongement de cette idée, Black, Scholes et Markowitz définissent un titre financier comme une fonction de performance et risque (sous forme de volatilité). C’est donc une loi normale de probabilité.

Je suis persuadé que l’évolution de la finance se fera selon un certain principe d’indétermination (tout comme Heisenberg en physique).

Tout d’abord, l’évolution d’un titre sera aussi une fonction probabiliste, et comme en physique, cette fonction sera très loin d’être une loi normale. De plus, cette fonction ne sera ni linéaire ni continue (comme en physique quantique), c’est-à-dire que l’évolution d’un titre dans le temps pourra être très souvent extrême, avec des variations de prix qui enlèvent toute continuité dans la distribution.

Le deuxième point important est la notion d’observable.

Il ne suffit pas d’observer le prix du titre financier ou la santé de l’entreprise qu’il représente, mais les différents acteurs qui agissent pour définir un prix. Or, le principal acteur qui définit le prix d’une entreprise est l’INVESTISSEUR. Je pense donc que les prochains développements pour estimer l’évolution d’un titre donneront lieu à la définition d’une fonction de probabilité de l’aversion au risque de différents types d’investisseurs.

La finance comportementale devrait être la clé du développement futur de la finance. Une totale collaboration entre les économistes, les physiciens et les psychologues sera nécessaire pour le développement de cette science. Toute mésentente entre ces différents acteurs sera un frein.

Je suis convaincu qu’un développement comparable à celui du principe d’incertitude en physique sera le futur de la finance comportementale, et donc de la finance. Chez CCR Asset Management en 2011, nous continuerons d’évoluer en ce sens.

 

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