France : le climat des affaires confirme la faiblesse de la demande intérieure

par Charlotte de Montpellier, Senior Economiste chez ING

En avril, l’industrie amortit le choc, tandis que la consommation cale brutalement. Ce soutien industriel limite le risque immédiat de récession, mais ne suffit pas à empêcher un net ralentissement de la croissance.

Dégradation des perspectives de croissance

Comme attendu, le climat des affaires s’est nettement détérioré en France en avril, perdant trois points sur un mois. La dégradation est particulièrement marquée dans le commerce de détail, où l’indicateur chute de six points, ainsi que dans les services. Dans ces deux secteurs, les perspectives générales se sont fortement assombries : la demande attendue recule et les intentions de commande se contractent nettement. À l’inverse, le climat des affaires est resté stable dans le bâtiment et s’est légèrement amélioré dans l’industrie. Dans ce secteur, les carnets de commandes globaux se redressent, tout comme les perspectives personnelles de production. La même chose s’observe dans les indices PMI dont l’indicateur pour les services s’est nettement dégradé, alors que celui des services s’est amélioré.

La vulnérabilité accrue des concurrents industriels asiatiques à la crise énergétique actuelle (en raison de leur forte dépendance aux approvisionnements transitant par le détroit d’Ormuz) semble jouer en faveur de la compétitivité des entreprises françaises. En outre, les risques de pénuries et de hausses de prix semblent conduire les clients industriels à anticiper leurs commandes. C’est un signal clairement positif pour la conjoncture industrielle française. Sa pérennité reste toutefois incertaine et étroitement liée à l’évolution de la situation géopolitique dans le détroit d’Ormuz. 

Ce soutien à l’industrie aidera l’économie française à limiter le risque d’une entrée en récession. Mais ça ne sera pas suffisant pour compenser la dégradation de la demande intérieure, qui est très visible dans les données d’avril. La hausse des prix de l’énergie semble peser lourdement sur le comportement d’achat des ménages. Elle freine la consommation et fragilise directement l’activité dans le commerce de détail et les services. Cette faiblesse de la demande intérieure limitera nettement la croissance économique cette année. Nous anticipons désormais une croissance de 0,7 % en France en 2026, contre 1 % attendu avant l’éclatement du conflit. Cette prévision pourrait encore être revue à la baisse si le conflit s’enlisait encore davantage.

L’inflation va augmenter dans les prochains mois

Le climat des affaires signale également une remontée des perspectives de prix des entreprises dans l’ensemble des secteurs. Le rebond est particulièrement visible dans l’industrie et le bâtiment. Néanmoins, les prix prévus restent encore largement plus bas qu’en 2022, illustrant encore une fois la différence d’impact de cette crise énergétique par rapport à la précédente. La demande intérieure semble simplement trop faible pour voir des hausses de prix similaires à celles observées à l’époque.

Le risque d’une spirale inflationniste demeure par ailleurs plus contenu en France que dans le reste de la zone euro. Le point de départ de l’inflation y est plus bas que dans la majorité des pays européens. L’économie française se caractérise par une part importante de prix administrés ou négociés de manière centralisée, notamment dans la grande distribution, ce qui ralentit la transmission des hausses de coûts vers les prix à la consommation. Le marché du travail reste en outre fragile. Les intentions d’embauche sont faibles et les créations nettes d’emplois sont négatives depuis plusieurs trimestres. Les négociations salariales en cours n’intègrent pas pleinement ce nouveau choc inflationniste. Dans ce contexte, la progression des salaires devrait rester plus modérée qu’ailleurs en zone euro, limitant les pressions inflationnistes, en particulier dans les services.

Cela ne signifie pas pour autant que l’inflation restera durablement sous contrôle. La hausse des prix de l’énergie, le renchérissement de certains intrants clés (comme les engrais ou les métaux) et la remontée des intentions de prix des entreprises signalent que l’inflation française devrait continuer de progresser et dépasser 2 % pendant plusieurs mois cette année. À ce stade, nous tablons sur une inflation selon l’indice harmonisée moyenne de 2,1 % en 2026, contre 1,3 % dans notre prévision d’avant conflit.