L’eau : ennemi public N° 1

-A +A

par Sophie Fiszman, Directeur Général Délégué d’OFI AM en charge du Développement durable

Du 12 au 17 mars s’est tenu à Marseille le 6e forum mondial de l’eau au titre ambitieux « Le temps des solutions ». 20 000 personnes se sont réunies pour cette semaine de réflexion dont les enjeux sont les problèmes d’accès à l’eau, l’assainissement, la raréfaction, le gaspillage... avec, pour objectif, d’imposer l’eau sur la table de Rio+20.

En 2050, la population mondiale sera de 9 milliards d’habitants et la demande en eau dans le monde progresse plus vite que l’augmentation de la population. Si, en un siècle, la population a été multipliée par trois, la consommation en eau a été multipliée par six. En 2008, pour la première fois, le nombre des habitants des villes a dépassé celui des campagnes. La vie moderne et une meilleure hygiène poussent à la hausse les volumes d’eau utilisés. si un Parisien consomme 150 litres d’eau par jour pour ses besoins domestiques, un new Yorkais en consomme 400, un Québécois 800. En revanche, un Haïtien consomme 20 litres par jour, et un habitant d’un bidonville de l’inde 8 litres...

Selon la Bei « Banque européenne d’investissement », l’eau représente 8 % de l’aide publique au développement. Mais cette aide finance surtout des projets d’accès à l’eau, pas sur l’assainissement. Or, faut-il encore donner de l’eau de bonne qualité. D’après les chiffres de l’UNESCO, environ 900 millions de personnes ne bénéficient d’aucune source d’eau potable et 2,6 milliards n’ont pas accès à un assainissement amélioré (toilettes privatives). Les Nations-Unies avancent plutôt 3 à 4 milliards de personnes qui ne disposent pas d’une eau potable exempte de maladies.

La consommation d’eau sur la planète se répartit entre 10 % pour les populations, 20 % pour l’industrie et 70 % pour l’agriculture. Une grande partie de l’eau utilisée est rejetée dans la nature, dépolluée ou pas, sauf pour l’agriculture où l’eau utilisée subit une forte évaporation. Nous pouvons donc considérer qu’en utilisation nette, la part de l’agriculture se situe plutôt entre 90 et 95 % ! Pour obtenir un kilo de blé nous avons besoin de 1 500 litres d’eau, de 5 000 litres d’eau pour un kilo de riz, et 50 à 200 litres d’eau par jour sont nécessaires par tête de gros bétail.

Autre problème, ce sont les personnes défavorisées qui paient le plus cher l’accès à l’eau. N’étant pas raccordés au réseau, ils doivent acheter l’eau dans des circuits parallèles où ils peuvent la payer jusqu’à dix ou vingt fois plus cher. Chacun plaide donc pour une utilisation optimale des « 3 t » : tarif payé par les consommateurs, taxes et transferts de fonds des organisations internationales. Rappelons qu’en 2010 l’ONU a décidé que « le droit à l’eau potable » était devenu un droit fondamental et que l’oms a fixé le minimum vital à 20 litres par jour et par personne.

97,5 % de l’eau présente sur terre est salée. Sur les 2,5 % restants d’eau douce, 70 % est gelée dans les pôles et les glaciers, et les autres 30 % sont en quasi-totalité de l’eau souterraine stockée dans des nappes profondes. L’eau douce théoriquement disponible pour les hommes ne serait que 0,3 % de l’eau de la planète... Ce qui serait largement suffisant au niveau global, mais inégalement réparti dans l’espace et dans le temps.

Est-il normal que l’aide publique au développement soit cinq fois plus importante dans le domaine des télécommunications que dans celui de l’eau ? Dans les bidonvilles, des milliers de personnes ont un téléphone portable mais pas l’eau potable.

Le problème de l’eau est essentiellement politique car le secteur privé occupe moins de 10 % de la distribution d’eau potable dans le monde. Qu’est-il sorti du forum de Marseille ? Plusieurs thèmes ont émergé : « quelle sera la place de l’eau à Rio ? » ; « comment gérer les ressources transfrontalières pour éviter les tensions ? ». En effet, l’eau est une « grande mutuelle » selon Antoine Frérot (PDG de Veolia Environnement). Tous les habitants d’un bassin hydrologique sont interdépendants ; « la prégnance des questions d’allocation d’eau entre les usages ». d’ici 2050, la demande d’eau devrait augmenter de 55 %, tirée par les industries, la production d’énergie et les ménages, laissant moins de place aux agriculteurs. Le thème de l'eau s'articule autour de plusieurs enjeux majeurs et bénéficie d'une dynamique propre. En partenariat avec Water AM, gérant américain spécialisé dans le secteur, OFI AM a lancé en 2010 le fonds Single Select Platform Water AM Equity pour donner accès aux opportunités offertes par les sociétés qui opèrent dans cette industrie, à la fois globale et très locale. Depuis sa création, ce fonds a réalisé une performance de 10,98 % vs 12,93 % pour son indice de référence (du 01/10/10 au 27/03/12).

Innovation & Environnement: