Etats-Unis : L’espoir fait vivre

par Hélène Baudchon et Laure Nguyen, économistes au Crédit Agricole

  • Les faibles chiffres de la production industrielle (+0,1%) et des ventes au détail (-0,2%) masquent des détails meilleurs.
  • Hausse ralentie des prix à la consommation sur le mois de mai (+0,2%).
  • Des enquêtes préoccupantes.

 

La production industrielle a à peine progressé en mai (+0,1% sur le mois) après avoir stagné en avril. Ce chiffre est pénalisé par la baisse de la production de gaz et d’électricité (-2,7%) en lien avec la météo et masque le rebond de 0,4% de l’activité manufacturière (après son recul de 0,5% en avril).

Cette progression est notable car elle s’est faite en dépit d’une nouvelle baisse de la production de voitures due aux ruptures d’approvisionnement en provenance du Japon. Ces perturbations se sont aussi matérialisées du côté de la demande par une baisse des ventes de véhicules (-2,9% sur le mois de mai), qui a largement contribué à la baisse des ventes au détail totales (-0,2%), la première depuis juin 2010. Les ventes sous-jacentes (hors autos, essence et alimentation) ont progressé de 0,5% et leur dynamique de court terme est bonne. En effet, leur moyenne sur les trois derniers mois est supérieure de 8% (rythme annualisé) à leur moyenne sur les trois mois d’avant. En février, avant l’envolée du pétrole, ce même calcul donnait 5,5%. Cette bonne tenue des ventes jusqu’ici suggère que les craintes des entreprises d’une chute de la demande (visibles dans le décrochage des enquêtes) ne sont pas fondées.

A la faveur d’une baisse du prix de l’énergie (-1%) aidée par une CVS avantageuse, l’inflation a ralenti en mai (+0,2% sur le mois après +0,5% en moyenne par mois depuis décembre). En glissement annuel, l’inflation poursuit son accélération, atteignant 3,6%. Hors énergie et alimentation, les prix ont augmenté de 0,3% sur le mois, un rythme élevé par rapport au 0,2% tendanciel, porté par une forte hausse de la composante ‘logement hors domicile’ (2,9%), en vue probablement des locations d’été, et de l’habillement (1,2%), une progression dans les limites de la normale. La hausse du prix des voitures (+1%) est soutenue par la demande alors que l’offre est restreinte par les répercussions des catastrophes qui ont frappé le Japon. Le caractère transitoire de ces hausses de prix permet de relativiser cette poussée de l’inflation sous-jacente. En glissement annuel, elle reste sur des rythmes lents (1,5%). Son accélération depuis octobre n’en est pas moins importante. A ce rythme, la zone de confort de la Fed (inférieure mais proche de 2%) pourrait être atteinte d’ici la fin de l’année, et la remise en cause de sa politique monétaire, adaptée à la lutte contre la déflation, ne devrait pas tarder à se faire plus pressante.

L’enquête NFIB sur le moral des PME pour le mois de mai a accusé une baisse limitée (de 91,2 à 90,9) mais alimentée par l’ensemble de ses composantes (emploi, investissement, perspectives, crédit). La baisse du moral des ménages selon l’estimation préliminaire à la mi-juin de l’enquête de l’Université du Michigan (de 74,3 à 71,8) n’est pas spécialement inquiétante puisqu’elle fait suite à deux mois de hausse. Bien plus préoccupants sont les résultats des premières enquêtes régionales sur le climat des affaires dans le secteur manufacturier au mois de juin, avec un effondrement de l’enquête de la Fed de New York (de 3,9 à -7,7) et de celle de Philadelphie (de 11,88 à -7,79). Toutes deux sont de retour en territoire récessif, ce qui est de mauvais augure pour l’enquête nationale ISM et l’activité dans le secteur manufacturier. Or, celui-ci a été le moteur de la reprise jusqu’ici. Un ralentissement n’est pas étonnant en soi, c’est sa brutalité qui l’est, sachant qu’on ne peut la mettre intégralement sur le compte de l’effet « Japon ».

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