Inde : une position plus favorable aux investisseurs

par Avinash Vazirani, gérant du fonds Jupiter India chez Jupiter AM

Bien que je pense que l’impact direct sur les investissements étrangers sera limité, notamment à cause des taxes d’enregistrement requises pour les investisseurs participants, la décision du gouvernement indique une position plus favorable aux investisseurs et c’est cela qui va probablement stimuler la confiance

Plus significativement, en 2012 la publication des données PMI (Purchasing Managers Index) pour décembre, à un niveau de 54.2, indique une croissance économique supérieure aux attentes. Je pense que la baisse de l’indice des actions en 2011 (plus de 20% en monnaie locale) – en plus de la dépréciation de la roupie (baisse de 19% face au dollar américain sur l’année) – maintient actuellement les valorisations des actions à un point d’entrée très attrayant pour les investisseurs.

L’inflation devrait continuer à baisser étant donné que le prix de l’énergie et des denrées alimentaires baisse. Ceci pourrait permettre à la Banque Centrale Indienne de baisser ses taux significativement cette année. L’inflation sur les denrées alimentaires est déjà à son plus bas niveau depuis quatre ans et devrait diminuer davantage dans les semaines à venir. Nous pensons que le niveau global de l’inflation baissera de 250 points de base supplémentaires entre aujourd’hui et la fin du mois de mars 2012 pour atteindre un taux avoisinant 6.5%.

Au regard des conditions économiques actuelles, la Banque Centrale Indienne n’aura d’autre choix que de baisser ses taux d’intérêt, rapidement et drastiquement, bien qu’elle se soit plutôt montré réfractaire jusqu’à présent. Nous pensons que les taux baisseront d’environ 200 points de base cette année. Les taux pourraient diminuer plus que cela si les bouleversements de l’économie mondiale perdurent. L’année dernière, l’effondrement de la roupie s’est avéré être principalement dû à une braderie générale des monnaies des marchés émergents, et a été aggravé par la politique de la Banque Centrale Indienne, si souvent répétée, de non-intervention dans les marchés de change. L’absence de confiance est exploitée par les marchés.

Il y a une crainte que la profitabilité des entreprises soit substantiellement affectée par la baisse de la roupie, imputable à des emprunts en devises étrangères par les entreprises indiennes et des prix de matières premières plus élevés, car libellés en dollar. Les entreprises indiennes étaient pour la plupart capables de supporter les 10% de dévaluation de la monnaie au cours du 3ème trimestre 2011 sans souffrir d’un impact négatif significatif. Mais manifestement, certaines entreprises d’infrastructures et d’autres ayant emprunté des dollars américains ont été affectées.

Cependant, ceci n’est que petite partie de l’ensemble du marché des actions indiennes. Et malgré l’impact négatif de la devise, les bénéfices ont augmenté d’environ 10% d’une année à l’autre sur le 3ème trimestre. Ainsi, une répétition des pertes de la devise comme au troisième trimestre, ou même une croissance atone, voire négative, des résultats trimestriels ne devrait pas être un désastre. On devrait aussi garder à l’esprit que les entreprises ayant largement emprunté des dollars ont généralement des actifs significatifs à l’étranger (e.g. Tata Motors détenant JLR) et sont généralement couvertes par leurs ventes ou par des créances recouvrables à l’étranger sur une période plus longue. Historiquement, la banque centrale avait gardé un contrôle rigoureux sur les emprunts étrangers par les entreprises locales. Une préoccupation significative apparaît, si on se laisse guider par les valorisations : les banques indiennes pourraient souffrir de pertes insoutenables du fait du ralentissement économique. Ceci paraît hautement improbable. Les bilans des banques en Inde sont raisonnablement robustes comparés à la plupart des systèmes bancaires dans le monde aujourd’hui. Les banques ont un ratio d’adéquation des fonds propres supérieur à 9% ; un ratio investissement/dépôt supérieur à 30% et un ratio crédit/dépôt de 74%1. Il pourrait y avoir une recrudescence des créances douteuses, mais ceci ne devrait pas affecter leur valeur comptable de manière négative d’une année sur l’autre, bien que cela puisse réduire leurs bénéfices pour cette année. Selon nous, les banques représentent peut-être l’opportunité d’investissement la plus intéressante en Inde pour le moment.

Dans le même temps, Moody’s a récemment rehaussé la dette domestique indienne. C’est un signe plutôt intéressant étant donné toute la presse négative autour la dette prétendument insoutenable du gouvernement indien. Mais ceci n’a pas été une surprise pour nous, la dette du gouvernement indien étant détenue localement, et par ailleurs, avec une participation étrangère très faible sur ce marché étant donné qu’il est restreint.

Les prévisions de croissance du PIB pour l’année financière, qui se clôt en mars 2012, ont été rabaissées d’un consensus de 8% au début de l’année 2011 à approximativement 7% aujourd’hui. Il y a eu un net ralentissement de la croissance indienne, la banque centrale augmentant de manière répétitive les taux d’intérêt, s’efforçant de s’attaquer à une inflation grandissante. Ceci a eu pour conséquence une diminution des investissements en capital, causant une baisse de la croissance du PIB. Néanmoins, la production agricole a atteint un niveau record et les dépenses des consommateurs dans la majorité du pays, en dehors des grandes métropoles, augmentent. L’augmentation des dépenses des consommateurs est financée par des gains, et non des emprunts, et est par conséquent durable. Les pauvres s’enrichissant, l’argent est détenu par des gens ayant une plus grande propension à dépenser.

La politique a été le point faible de l’Inde au cours de ces derniers mois. L’actualité a été dominée par des scandales de corruption et un grand nombre de personnes considérées comme « intouchables » se sont retrouvées en prison. Ces affaires ont été amplifiées par un mouvement apolitique qui exige des changements constitutionnels pour renforcer les mesures anti-corruption.

Le gouvernement de coalition a été incapable de rassembler un appui suffisant pour faire adopter des projets de lois en souffrance au Parlement depuis un certain temps et a dû renoncer à des engagements politiques qui auraient pu permettre plus d’investissements directs étrangers dans la distribution, l’assurance etc. La présidente du parti du Congrès, Madame Sonia Gandhi, qui exerce le pouvoir de facto, a été apparemment très malade, ce qui n’a pas aidé la situation. De mon point de vue, c’est ce facteur, la faiblesse du gouvernement, qui a été la principale raison de l’animosité récente des investisseurs à l’égard des marchés indiens des actions et des changes.

NOTE

  1. Source: Banque Centrale Indienne