Interventions de change : le retour de la BoJ

par Luca Silipo, économiste chez Natixis

Finalement, la Banque du Japon est intervenue mercredi 15 septembre pour acheter des dollars dans le but de freiner les pressions à l’appréciation du yen qui se sont intensifiées ces derniers mois.

Même si l’intervention de mercredi pourrait être suivie par des actions similaires dans le court terme, nous pensons que le grand saut de la parité USD/JPY de 83,00 à 85,86 actuellement n’est pas le précurseur d’un rebond significatif du dollar contre yen dans les prochaines semaines et prochains mois pour plusieurs raisons :

  • Les interventions de ce type ont un impact uniquement lorsqu’elles sont mises en œuvre dans un environnement favorable. Cela signifie soit une intervention coordonnée, dans ce cas la Banque du Japon avec d’autres banques centrales, soit au moins des interventions bien reçues par les autres pays. L’intervention de ces derniers jours ne semble posséder aucune de ces caractéristiques. L’intervention a probablement été mise en œuvre par la seule Banque du Japon. De plus, même si Monsieur Noda a confirmé que la BoJ avait averti les autres pays de cette intervention, il n’a pas donné davantage de détails. Les autres banques centrales n’ont vraisemblablement pas participé à l’action de la BoJ : si cela avait été le cas, cela aurait probablement été statué car les interventions coordonnées offrent un message beaucoup plus fort au marché et ont une probabilité de marcher beaucoup plus importante.
  • Non seulement l’intervention n’a pas été coordonnée mais elle pourrait en plus arriver à un “mauvais” moment pour obtenir un consensus parmi les autres banques centrales. En premier lieu, elle intervient alors que l’administration américaine a levé le ton contre la manipulation des cours de change (en particulier contre la Chine). Après la concession de la Chine en juin dernier de retirer le “peg” sur le dollar; il serait gênant pour la Réserve fédérale de supporter une action de la BoJ visant à déprécier le yen. Deuxièmement, le ralentissement économique global risque de rendre les pays plus soucieux des mouvements de leur taux de change qui impacte leur compétitivité. En conséquence, une dépréciation généralisée du yen ne devrait pas être appréciée par les autres pays.
  • Techniquement, les interventions ont un impact plus important – dans une perspective de moyen terme – si elles sont mises en œuvre lorsque le mouvement de correction a déjà commencé. L’intervention de la BCE de novembre 2000, qui a réussi à soutenir l’euro dans le moyen terme, a eu lieu à 0,88 EUR/USD, au dessus du plus bas atteint en octobre 2000 à 0,84. L’intervention de mercredi a été menée quelques minutes après que la parité USD/JPY ait atteint un plus bas à 82.88. Typiquement, cela peut sembler vain alors que les forces qui ont poussé à l’appréciation du yen n’ont pas disparu. En effet, comme nous pensons que les achats de yens de ces derniers mois ont été en partie liés au changement de régime de change de la Chine, conduire une intervention à ce stade n’était probablement pas une bonne idée, alors que l’accumulation de yens par la Chine n’est pas terminée. Notons également que l’intervention se produit à un mauvais moment pour les relations sino-japonaises (un capitaine chinois a été retenu par les autorités japonaises car son navire avait été intercepté dans les eaux des îles Diaoyu. Un officiel chinois a remis sa visite au Japon pour cette raison).

Nous pensons donc que l’action actuelle de la BoJ n’arrivera pas à arrêter la tendance à l’appréciation du yen. Il est possible que l’action de mercredi soit suivie par d’autres interventions, d’ailleurs Monsieur Noda continue à défendre sa décision d’intervention aujourd’hui. Il pourrait donc y avoir une volatilité accrue sur le change. Cependant, nous continuons d’anticiper une poursuite de l’appréciation du yen qui pourrait atteindre 80 dans les mois qui viennent.

Retrouvez les études économiques de Natixis