Fin d’année sous le signe de l’incertitude

par Marie-Pierre Ripert, économiste chez Natixis

Finalement le choc d’octobre sur les marchés financiers, caractérisé, entre autres, par la baisse des marchés actions, la hausse des primes de risque sur les marchés du crédit (high yield), l’ouverture des spreads périphériques euro, s’est avéré de courte durée. Toutefois, la volatilité sur certains marchés est restée importante maintenant l’indice de perception du risque à un niveau très élevé (73% cette semaine). Cette situation pourrait continuer de prévaloir. En effet, les quelques semaines qui nous séparent de la fin de l’année 2014 s’annoncent riches en événements potentiellement importants pour les marchés. Il y a de fortes incertitudes concernant l’issue de certains d’entre eux avec des conséquences non négligeables pour les économies.

• La réunion de l’OPEP le 27 novembre va être déterminante pour mieux appréhender l’évolution à venir du prix du pétrole. Ce dernier s’est effondré de plus de 30% depuis juin dernier (pour le Brent), passant de 115$ le baril à environ 80$ actuellement. Cette chute s’explique en partie par un excès d’offre sur le marché (avec notamment la hausse de la production américaine, la reprise de la production en Libye et la baisse de la demande, corollaire de l’affaiblissement de la croissance chinoise) mais également par un changement de discours de la part de l’Arabie Saoudite. Jusqu’à récemment, l’idée qui prévalait était celle d’un ajustement de la production par cette dernière pour maintenir le prix du pétrole au-dessus de 100$ le baril de façon à permettre l’équilibre des budgets dans différents pays producteurs. Depuis quelque temps, l’Arabie Saoudite semble se satisfaire d’un prix plus faible qui handicape fortement la Russie et l’Iran, entrant dans une guerre des prix. La réunion de l’OPEP permettra d’y voir plus clair sur la stratégie des pays producteurs de façon à déterminer si la baisse récente du prix du pétrole va être durable ou non. La réponse à cette question est loin d’être neutre pour l’économie mondiale puisqu’un prix durablement beaucoup plus faible du pétrole aurait un impact non négligeable sur les pays producteurs et sur les pays importateurs, privant les premiers de sources de revenus et redonnant du pouvoir d’achat aux derniers.

• Dans la zone euro, il y a plusieurs sources d’incertitude. La première concerne le comportement de la BCE lors de son prochain conseil des gouverneurs le 4 décembre. Elle devrait révéler d’importantes révisions en baisse de ses prévisions de croissance et d’inflation. Le discours de Mario Draghi du 21 novembre suggère que cela sera probablement l’occasion de faire de nouvelles annonces d’achats sur des obligations corporate sans attendre le résultat de son deuxième TLTRO qui aura lieu le 11 décembre. Une autre source d’incertitude porte sur les modalités du plan d’investissement européen de 300 Md€ (sur 3 ans) annoncé par J-C Juncker ? Son succès (arrivera-t-il à attirer suffisamment de fonds privés ?) dépendra de la structure proposée. Si l’idée que les risques seront portés par les fonds publics de façon à rendre le projet attractif pour les investisseurs privés est bonne, le montant pour le moment avancé de 30Md€ d’argent public suppose un effet de levier de 10 ce qui semble difficile à réaliser. Pourtant le succès de ce plan pourrait être un facteur positif pour la croissance européenne.

• Au Japon, la dissolution de l’Assemblée décidée par le premier ministre S. Abe va conduire à de nouvelles élections le 14 décembre qui devrait permettre la victoire du LDP (parti de Abe). L’idée est de permettre de redonner des marges de manœuvre au gouvernement pour décider d’un décalage de la hausse de la TVA prévue en octobre 2015 à 2017 et de mettre en place un stimulus de façon à soutenir l’économie japonaise qui est retombée en récession (cf data snap « Japan : Potential Impacts from the New Fiscal Policy »).

• Après la victoire des républicains aux élections de mi-mandat, l’incertitude semble s’être quelque peu atténuée aux Etats-Unis. Toutefois, le comportement de la Fed lors de sa réunion du 17 décembre est également incertain. Pour le moment, l’idée générale est que cette réunion devrait être un non event mais la Fed pourrait cependant se montrer un peu plus hawkish en retirant le fameux « considerable time » pour qualifier la durée entre la fin du QE3 et la première hausse de taux ce qui pourrait provoquer un repricing sur les marchés de taux américains (principalement sur la partie courte de la courbe).

Evidemment, d’autres facteurs déstabilisants pourraient émerger comme la résurgence du conflit russo-ukrainien qui semble être entré dans une phase de statu quo, le retour des craintes sur le risque de propagation de l’Ebola ou encore de mauvaises nouvelles macroéconomiques sur la Chine dont l’ampleur du ralentissement pourrait s’avérer plus forte qu’actuellement anticipé.

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