par Michaël Nizard, Head of Multi-Asset & Overlay, et Nabil Milali, Gérant de portefeuille Multi-Asset & Overlay chez Edmond de Rothschild
Le mouvement de balancier était probablement allé trop loin. Depuis la dernière réunion de la Fed, les investisseurs n’ont cessé d’intégrer davantage de durcissement monétaire si bien qu’ils anticipaient près de 3 hausses de taux directeurs cette année il y a encore quelques jours. Si la prise de parole de K. Warsh hier avait déjà légèrement détendu ces anticipations, les chiffres de l’emploi du jour devraient définitivement les convaincre de tempérer leurs attentes. Les créations d’emploi sont en effet ressorties nettement en dessous de la prévision du consensus (57k vs 113k), tandis que le mois précédent qui avait surpris par sa vigueur a été révisé à la baisse (129k vs 172k en première lecture). De son côté, le taux de chômage a modérément diminué (à 4.2%), en lien notamment avec un recul de la participation au marché du travail qui pourrait témoigner d’un découragement d’une partie de la population à trouver un emploi. Enfin, la progression salaires est restée globalement en ligne (+0.3% en glissement mensuel et +3,5% en annuel), signe que les tensions sur le marché de l’emploi restent faibles à ce stade. L’ensemble des indicateurs publiés aujourd’hui semble d’ailleurs confirmer que celui-ci évolue toujours autour de son point d’équilibre, avec suffisamment de créations d’emploi pour éviter une remontée du taux de chômage et continuer à soutenir la consommation des ménages mais pas assez pour générer des pressions salariales qui pourraient se traduire par une remontée additionnelle de l’inflation. Nous estimons que ces statistiques seront un argument de poids pour les membres les plus dovish de la Fed pour maintenir le statu quo et écarter le risque de relèvement des taux directeurs dès la réunion de juillet comme l’anticipaient une partie des investisseurs. Les prochaines statistiques d’inflation seront certes déterminantes pour définitivement trancher ce débat mais nous estimons que la prudence finira par l’emporter, d’autant plus le pic d’inflation est sans doute sur le point d’être dépassé et que ces prochains mois devraient être marqués par une lente rechute de l’inflation. En effet, plusieurs facteurs désinflationnistes devraient y contribuer : 1/ la baisse des cours de l’énergie ; 2/ la dissipation de l’effet des tarifs douaniers ; 3/ la poursuite de la modération sur les loyers et 4/ l’absence de boucle prix-salaires et l’ancrage des anticipations d’inflation.
À mesure que ces éléments se matérialiseront, ils devraient conforter la Fed dans l’idée qu’un relèvement des taux directeurs n’est pas nécessaire, ce qui devrait être un puissant catalyseur positif pour les actifs risqués et en particulier l’or. Ce dernier devrait notamment profiter de la faiblesse du dollar, sur lequel nous avons adopté une vue négative, tandis que nous restons positifs sur les marchés d’actions, lesquels seront soutenus de manière additionnelle par la prochaine saison de publication des résultats. Enfin, nous sommes acheteurs de taux réels et considérons que le marché du crédit devrait rester bien orienté, aussi bien le segment Investment Grade que High Yield.
