par Eric Bertrand, Directeur Général, Ofi Invest AM
L’Iran et les États-Unis sont toujours en négociation mais la situation de blocage du détroit d’Ormuz perdure. Le constat est que chaque jour qui passe voit un scénario plus défavorable prendre de l’ampleur, du moins pour l’économie européenne. Certes, le cessez-le-feu a été globalement respecté et les dernières fuites feraient état d’un accord assez avancé entre les belligérants, provoquant un net rebond des marchés risqués témoignant de leur capacité de rebond. Toutefois, l’économie iranienne ne se limite pas au pétrole et la capacité de résilience du pays ces dernières années doit être mise en regard d’un calendrier qui se resserre pour Donald Trump, avec un prix du pétrole élevé pour le consommateur américain et sa future rencontre avec Xi Jinping. L’incertitude demeure donc élevée.
En mars et en avril, la hausse inévitable de l’inflation est restée circonscrite au secteur de l’énergie, sans pour autant épargner les Banques Centrales, mises sous pression. Face à une économie toujours robuste et à une inflation élevée, la Réserve fédérale américaine (Fed) ne pourra que maintenir ses taux stables dans les prochains mois, malgré l’arrivée de Kevin Warsh à la présidence, tandis que Jerome Powell restera présent pour défendre l’indépendance de la Banque Centrale. Quant à la Banque Centrale Européenne (BCE), consciente des erreurs du passé, elle n’a pas pris d’engagement sur une hausse des taux en juin, mais elle a néanmoins bien préparé le terrain pour le faire. Seul un déblocage du détroit d’Ormuz et une normalisation rapide des prix de l’énergie pourraient modifier cet état de fait. Le statu quo des Banques Centrales ne doit pas être interprété comme un signal de confort. Il traduit plutôt une contrainte : celle de devoir arbitrer entre inflation énergétique, ralentissement de la croissance et risque de second tour.
Dans ce contexte, les marchés de taux questionnent le caractère transitoire du choc énergétique et intègrent une prime d’inflation visible tant sur les taux nominaux que dans les breakeven d’inflation. Les marchés semblent ainsi parier sur le caractère transitoire du choc énergétique, là où la position de Téhéran – qui n’a pas confirmé l’imminence d’un accord – invite à davantage de prudence. Le taux 10 ans allemand s’installe ainsi autour de 3% et le T-note américain autour de 4,40%. Des niveaux qui justifient, selon nous, une
légère surpondération tactique. Toutefois, notre vue directionnelle à moyen terme dépendra de la réouverture rapide ou non du détroit d’Ormuz.
Ce qui est particulièrement notable, c’est que les marchés plus risqués, actions et crédit, n’intègrent que très partiellement ces risques. Les spreads de crédit sont revenus sur les niveaux de février et les marchés actions américains sont sur les plus hauts de l’année, portés par des fondamentaux robustes et une thématique « Technologie/Intelligence Artificielle » qui a toujours le vent en poupe.
Dans cet environnement, il ne s’agit pas de prendre un grand pari directionnel, mais de piloter activement la duration, le crédit et la convexité. Nous conservons pour le moment une légère surpondération du crédit « High Yield » européen et des actions, compte tenu de perspectives de rendement encore positives à horizon de fin d’année. Cette position reste toutefois tactique : elle demeure soumise à une dégradation géopolitique majeure ou à une diffusion du choc énergétique à l’inflation sous-jacente. La rechute de la volatilité peut notamment être mise à profit pour initier des positions de couverture en cas de poursuite du rebond des actifs risqués.
