Inflation, une opportunité pour 2017 ?

par Christophe Dehondt, Valérie Quesada, Gérants Inflation, et Rodolphe de Saint-Seine, Spécialiste Produits chez CPR AM

Comme attendu, l’inflation accélère en cette fin d’année, une tendance qui devrait se renforcer notamment avec l’élection de Donald Trump.

Après plusieurs années difficiles, 2016 marque enfin une remontée de fond de l’inflation, une hausse qui s’appuie sur une réelle amélioration économique au sein des pays développés, tout particulièrement aux Etats-Unis. Les anticipations d’inflation à 5 ans ou 10 ans ont entamé un mouvement haussier mais restent à des niveaux encore inférieurs aux niveaux ciblés par les banques centrales, aussi la classe d’actif a retrouvé un attrait certain avec de réels perspectives en 2017.

Le pétrole s’est stabilisé

La récente faiblesse de l’inflation était principalement due aux prix des matières premières, et plus particulièrement du pétrole qui est tombé à des niveaux historiquement bas. La remontée vers les 40/50$ du baril a été salutaire pour tout le monde et naturellement propice à une remontée de l’inflation. Toutefois, rappelons que le problème principal reste une offre qui est toujours supérieure à la demande et tant que l’équilibre ne sera pas atteint, il restera des risques de nouvelles tensions baissières. Mais la possibilité d’un pétrole trop bas, avec des plus bas records à 26$ le baril comme en début d’année, semble s’éloigner. En effet, les récentes annonces une limitation de la production, notamment suite à la réunion d’Alger, démontrent le souhait des pays producteurs de stabiliser des prix du baril à des niveaux moins pénalisant. Aussi l’inflation devrait encore profiter d’un effet de base lié à des prix du pétrole plus élevés.

Les Etats-Unis, en avance dans le cycle économique…

Les Etats-Unis sont clairement la zone où le retour de l’inflation est le plus palpable. Selon divers économistes, le pays renoue avec le plein emploi avec un taux de chômage désormais inférieur à 5%. Mais l’inflexion à noter est surtout du côté des salaires où l’on observe enfin une accélération [graphe ci- contre] après des années de stagnation, ce qui confirme les sondages du début d’année où le nombre d’entreprises envisageant une revalorisation des salaires avait significativement augmenté. Cet avancement dans le cycle économique laisse présager que l’inflation suivra de façon plus marquée la tendance haussière, sans parler de l’effet de base lié au pétrole.

… et Trumpflation

La récente élection de Donald Trump au poste de Président des Etats-Unis apporte un certain flou sur les perspectives économiques tant il est difficile de juger de la réalité de son programme. Toutefois, il a annoncé durant sa campagne soutenir la croissance via des réductions des impôts et une augmentation des dépenses gouvernementales, notamment dans les infrastructure. Compte-tenu de l’état du cycle américain, les effets attendus sont une augmentation du PIB, une remontée des taux et surtout une accélération de l’inflation en comparaison au programme d’Hilary Clinton. Ces éléments ne prennent pas en compte d’éventuelles politiques protectionnistes qui auraient pour conséquence une remontée des prix des biens de consommation sur le territoire américain. Sur la base de ces constatations, les Etats-Unis offrent encore un fort potentiel de remontée de l’inflation au cours des prochains mois.

Des opportunités en Europe

Le cas de l’Europe et plus particulièrement de la zone euro diffère de celui des Etats-Unis, tout d’abord en raison d’un retard de cycle économique et des
risques politiques propres à la zone (impacts du
Brexit, élections à venir…). Toutefois, rappelons que la zone a renoué avec la croissance et que les risques de récession restent faibles.

Naturellement, il ne faut pas oublier de souligner le
facteur pétrole qui reste également positif pour
l’économie locale et qui impacte également
l’inflation. Par ailleurs, la BCE continue d’afficher un
soutien sans faille à l’économie et continuera de
promouvoir une politique monétaire propice à l’inflation dans la zone. Enfin, les niveaux d’anticipation d’inflation de la zone euro restent particulièrement bas, notamment face à l’inflation US, ce qui en fait un actif peu cher en absolu et en relatif, tout particulièrement dans un environnement qui commence à esquisser un début de normalisation monétaire.

Conclusion

L’environnement actuel est, de notre point de vue, propice à une remontée de l’inflation qui pourrait même être assez rapide si les grandes craintes actuelles continuaient de s’atténuer significativement, une vision plus claire des actions de Donald Trump et les élections européennes. Géographiquement, les Etats-Unis conserve le meilleur potentiel du fait de son cycle avancé par rapport à l’Europe d’autant que la FED reste accommodante même dans la normalisation de sa politique monétaire. Néanmoins la zone euro n’est pas à exclure en raison de niveaux particulièrement attrayants, outre les effets de base temporaires liés au pétrole.

Quel positionnement choisir ?

Deux solutions s’offrent pour profiter d’une hausse de l’inflation, l’achat de breakevens (inflation pure désensibilisée de l’effet taux) ou les taux réels (position longue sur les obligations indexées sur l’inflation). Sur cette dernière classe d’actif, le potentiel de baisse des taux nous semble désormais très faible tant aux Etats- Unis avec la normalisation progressive de la politique monétaire de la Fed, qu’en Europe où les taux sont à des niveaux planchers, Mario Draghi ayant signifié qu’il n’anticipait plus de nouvelles baisses. A long terme, l’environnement sera plus propice à un cycle de hausses des taux, favorable aux taux réels, aussi nous continuons de privilégier un positionnement sur les breakevens.