par Charlotte de Montpellier, Senior Economiste chez ING
Le rebond de l’inflation en février était attendu et les pressions inflationnistes demeurent modérées. Le marché du travail demeure résilient, mais manque cruellement de dynamisme. De légères pertes d’emploi sont encore à prévoir pour la suite.
L’inflation augmente, mais uniquement en raison de l’énergie
Comme attendu, l’inflation française a augmenté en février pour s’établir à 1 % (1,1 % pour l’indice harmonisé), après 0,3 % en janvier (0,4 % en harmonisé). Même si les chiffres sont légèrement supérieurs à ceux anticipés par le consensus, cette hausse était attendue de notre côté, car elle s’explique principalement par des effets de base moins favorables. En février 2025, les tarifs réglementés du gaz avaient en effet diminué de 15 % sur décision du gouvernement. Cette baisse sort désormais du calcul de l’indice des prix, les tarifs réglementés du gaz étant depuis restés stables. Cela contribue mécaniquement à la remontée du taux d’inflation. Par ailleurs, les prix de l’énergie sur les marchés mondiaux ont légèrement rebondi. Au total, l’inflation énergétique ne recule plus que de 3 % en glissement annuel, contre -7,6 % en janvier.
Au-delà de ces effets de base liés à l’énergie, les pressions inflationnistes demeurent modérées. L’inflation des services reste contenue, à 1,8 % en glissement annuel, après 1,7 % en janvier, alors que l’Insee anticipait encore en décembre un taux proche de 2 % pour février. Cette modération des prix des services contribue à limiter la hausse globale de l’inflation. Les prix des produits manufacturés restent en baisse sur un an (-0,3 %), mais le recul est moins marqué qu’en janvier (-1,2 %), notamment en raison d’un calendrier des soldes différent entre les deux années.
Pour les prochains mois, une nouvelle remontée de l’inflation globale est probable, les effets de base sur l’énergie devenant progressivement moins favorables. L’inflation énergétique devrait ainsi repasser en territoire positif. Cela ne signifie toutefois pas un regain marqué des pressions inflationnistes. Au contraire, l’inflation devrait rester globalement modérée en France dans les prochains mois et évoluer dans une fourchette comprise entre 1 % et 1,5 %. La France devrait ainsi demeurer parmi les pays affichant les plus faibles taux d’inflation au sein de la zone euro.
Le marché de l’emploi manque de dynamisme
Par ailleurs, l’Insee a publié aujourd’hui les données de l’emploi pour le quatrième trimestre 2025, qui font état d’une légère baisse de l’emploi salarié (-0,1 % en glissement trimestriel, soit 40 100 emplois détruits), après une stabilité au troisième trimestre. L’emploi salarié recule désormais de 0,2 % sur un an (-45 900 emplois), tout en restant largement supérieur à son niveau d’avant la pandémie (+4,9 %, soit +1,3 million d’emplois). Les données relatives à l’emploi non salarié, généralement plus dynamiques, n’ont pas encore été publiées.
Dans l’ensemble, le marché du travail français demeure donc relativement résilient, avec des pertes d’emplois limitées. Néanmoins, le manque de dynamisme est manifeste, et la possibilité d’un retournement avec des créations nettes d’emplois largement positives reste faible pour les prochains mois. Le climat de l’emploi, mesuré par l’enquête de l’Insee, s’est encore dégradé en février, les chefs d’entreprise affichant une prudence accrue en matière d’embauches. Il est donc probable que la France continue d’enregistrer de légères destructions d’emplois dans les prochains mois, même si nous n’anticipons pas d’effondrement du marché du travail.
Dans l’ensemble, la croissance économique devrait rester positive mais modérée, en l’absence de véritable moteur de dynamisme à court terme. Nous tablons sur une croissance du PIB de 1 % en 2026, après 0,9 % en 2025.
