Trump sort l’artillerie lourde

par Eric Bertrand, Directeur Général Délégué, Directeur des gestions, chez OFI Invest AM

Donald Trump a encore mis le monde entier devant le fait accompli en déclenchant l’opération appelée « fureur épique »(1) en Iran. Le début d’année avait déjà été dominé par une succession d’événements géopolitiques : l’opération militaire qui avait conduit à la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro, les revendications américaines sur le Groenland pour des raisons de sécurité nationale et, depuis le 28 février, l’attaque en Iran qui a conduit à l’élimination d’un grand nombre de responsables dont l’ayatollah Ali Khamenei qui dirigeait le pays d’une main de fer depuis 36 ans. Ce conflit constitue désormais la principale source de préoccupation pour les marchés autant sur les buts de guerre du locataire de la Maison-Blanche, que sur la durée du conflit. Alors que ceux-ci étaient restés jusqu’à présent relativement insensibles, la prime de risque géopolitique fait désormais son retour, reléguant au second plan des fondamentaux économiques qui, eux, demeurent positifs.

Au-delà des considérations strictement géopolitiques, les marchés se focalisent sur la situation dans le détroit d’Ormuz, nœud stratégique pour le passage des matières premières (pétrole, gaz, produits raffinés, aluminium, fertilisants et bien d’autres). Un blocage prolongé – pas uniquement physique, mais potentiellement indirect, notamment si les navires ne sont plus assurés – aurait des répercussions importantes : les producteurs de pétrole du Golfe se retrouveraient à court de capacités de stockage et seraient contraints de réduire leur production, ce qui entraînerait une hausse marquée des prix des matières premières ainsi que des perturbations majeures sur les chaînes d’approvisionnement. C’est par ce canal que

la crise pourrait impacter l’économie mondiale, au delà du simple choc de confiance.

Toutefois, l’enlisement du conflit n’est pas dans l’intérêt des États-Unis, car il pourrait peser politiquement pour le président Donald Trump à l’approche des élections de mi-mandat (mid-terms), la hausse des prix du pétrole risquant de réduire le pouvoir d’achat de son électorat, une grande promesse de sa campagne, et par conséquent affaiblir sa popularité.

La durée du conflit et l’accès au détroit d’Ormuz seront donc clés pour les marchés financiers dans les prochains jours.

Les marchés actions, qui s’étaient bien tenus en février, montrent aussi un changement de dynamique avec de fortes rotations : l’Intelligence Artificielle (IA), moteur initial, suscite désormais des doutes, fragilisant plusieurs secteurs. Malgré des valorisations élevées aux États-Unis, les résultats restent solides et Donald Trump devrait soutenir le consommateur américain en prévision des mid-terms. L’Euro Stoxx, qui avait fortement progressé, a quant à lui rendu toute son avance début mars. Dans ce contexte mouvant, nous pensons que des opportunités seront à saisir. Nous maintenons ainsi nos positions sur l’Europe et les États-Unis. Sur les taux, nous réduisons à la marge la duration. Nous estimons en effet que le taux 10 ans américain pourrait revisiter la zone de 4,25 % dans un contexte plus inflationniste. La prudence est donc de mise en attendant d’avoir plus d’éléments sur la poursuite du conflit au Moyen-Orient : le juge de paix sera peut-être le prix du baril !

Sur une note plus positive à moyen-long terme, une chute du régime iranien dans une transition ordonnée, très hypothétique à ce stade, apporterait une stabilité géo-économique dans la région qui serait sans doute très positive pour les marchés.

NOTES

(1) « Fureur épique » (ou « Epic Fury ») : nom choisi par Washington pour désigner l’offensive militaire massive menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran à partir du 28 février 2026.