Économie mondiale et négociations diplomatiques

par Loïc Bécue, Gérant Gestion Diversifiée & Allocation d’Actifs, Actifs cotés, chez Sienna IM

Après plus d’un mois de trêve entre les deux belligérants, l’incertitude domine sur l’accord entre l’Iran et les États-Unis. Les points de divergence comme le dossier nucléaire ou le contrôle du détroit d’Ormuz, bloquent encore. Mais les deux parties semblent progressivement s’approcher d’un accord.

 Avant la guerre d’Iran, la conjoncture mondiale était robuste avec une croissance autour de 3 %, l’inflation était stabilisée au même niveau, avec l’amorce de quelques pressions baissières. Le conflit au Moyen-Orient a fragilisé cette reprise. Le choc d’offre négatif sur l’énergie est de nature stagflationniste (plus d’inflation et moins de croissance) : la hausse du prix des intrants (énergie principalement) entraîne une baisse du pouvoir d’achat des ménages et des marges des entreprises. Les délais d’approvisionnement s’allongent, les prix augmentent, les perspectives de production sont moroses, ce qui pèse sur la confiance des chefs d’entreprises.

Et pourtant, sur les marchés financiers, au cours du mois, les indices mondiaux ont peu ou prou récupéré la totalité de leur baisse, voire dépassent leur niveau d’avant le conflit. Le S&P 500 gagne plus de 5 %, le Nasdaq environ 8 % (après +15 % en avril) et l’indice Euro Stoxx 50 plus de 3 %. Les investisseurs n’anticipent pas un blocage durable du détroit d’Ormuz, malgré les incertitudes entourant les négociations. Ce comportement reflète un scénario de normalisation progressive des flux énergétiques, dans lequel les perturbations actuelles seraient transitoires. Le sentiment de marché a été aussi soutenu par les bonnes publications de résultats du premier trimestre. 

Nous continuons de tabler sur une réouverture du détroit d’Ormuz avant l’été, ce qui permettrait à la BCE de se limiter à une seule hausse de taux en juin, afin de ramener la rémunération des dépôts à un niveau que nous considérons neutre, autour de 2,25 %. Nous pensons que le pétrole a atteint un plus haut et devrait revenir vers 75 dollars fin 2026. Le pic d’inflation mondiale serait atteint au début de l’été avant une stabilisation puis une décrue. 

Malgré tout, le cycle économique reste tributaire de la trajectoire des événements. Les fondamentaux sont globalement favorables, mais l’équilibre des risques est plus complexe, ce qui impose une certaine prudence. Dans ce contexte, nous restons neutres sur la classe d’actifs actions afin de préserver la flexibilité nécessaire pour nous repositionner sur des niveaux plus attractifs quand ils se présenteront. Au niveau géographique, nous continuons de privilégier l’Europe aux États-Unis. L’économie américaine étant moins affectée que l’Europe par la guerre d’Iran. 

Face aux inquiétudes persistantes sur l’impact inflationniste des prix du pétrole, les économistes anticipent toujours des hausses de taux de la part des principales banques centrales, même après la confirmation de Kevin Warsh à la tête de la Fed. Nous estimons d’ailleurs que la Fed est plus susceptible de baisser ses taux que de les augmenter, ce qui rend les rendements actuels des obligations d’État de plus en plus attractifs, tant à court qu’à long terme. Du côté des matières premières, la correction de l’or s’explique par la forte remontée des taux obligataires, qui renchérit le coût de détention d’un actif non-rémunérateur comme l’or.